lundi 25 août 2014
Euthúmèma XIII (réflexions) — Révision du 05 novembre 2025
[action] «Le perfectionnement de la société se fonde sur celui que réalise chacun de ses membres: en se comparant les uns avec les autres, ceux-ci viendraient à imaginer une gradation selon les qualités qui sont constitutrices de la perfection et que chacun illustrerait auprès de ses semblables; mais un tel exercice, s’il peut servir à caractériser la valeur respective de chacun, relativement à un critère qui est significatif, extérieur et objectif, ou qui prétend l’être, sous la totalité ou sous l’un ou l’autre de ces rapports, ne saurait en aucun temps appréhender le degré du perfectionnement auquel chacun serait parvenu, lorsque le niveau d’actualisation actuel auquel il est parvenu est considéré à la lumière de celui qu’il aurait atteint, s’il avait pleinement accompli le potentiel qu’il renfermait en lui-même, s’il s’avait par conséquent réalisé l’authenticité de sa personne à l’intérieur de la société, c’est-à-dire autant que sa capacité et son talent véritables lui permettait de l’espérer, chacun s’efforçant en ce sens comme il participait à l’effort d’autrui à se développer pleinement dans la mutualité.» — Plérôme.
[action] «Le manque qui résulte d’une occasion que le sujet moral n’a pas su faire fructifier, soit par l’ignorance de sa possibilité véritable, soit par l’incompétence, c’est-à-dire par défaut de savoir démontrer la capacité ou l’endurance requises pour arriver à la saisir et à en réaliser les possibilités entrevues, soit par l’inadvertance de la conscience, en raison d’avoir succombé à une distraction qui empêcha d’en remarquer et d’en apprécier la diversité de son insertion à l’intérieur de l’actualité, soit simplement par la négligence d’entretenir suffisamment les conditions qui produiraient pour elle un aboutissement heureux, constitue à lui seul un défi important pour la volonté: car le désir, éveillé par la conscience du bien qui aurait pu résulter de se montrer à la hauteur de la promesse qu’une occasion laisse entrevoir, ne permet pas d’oublier la virtualité insérée à même le processus de son accomplissement, voire en entretenant pour elle une nostalgie d’autant plus grande que le bien escompté aurait été appréciable et significatif; par ailleurs, aucun effort de la volonté ne saurait ordonner que l’intelligence puisse se mettre à l’œuvre et effectuer la réalisation d’une occasion manquée et que les circonstances se montrent à nouveau favorables à l’actualisation de cette entreprise, dû à la nature aléatoire de la conjoncture existante que l’on peut certes bonifier, mais dont en définitive l’agent n’a pas été l’initiateur, mais uniquement l’heureux bénéficiaire de l’éventualité qu’elle lui a procurée de l’apporter au niveau le plus élevé de sa possibilité.» — Plérôme.
[action] «La conservation d’un bien ne prend de sens véritable qu’avec l’ampleur du moyen employé afin d’assurer cette fin, un investissement d’autant plus gros que le bien que l’on cherche à préserver est important et que son état actuel est éloigné de l’état idéal qui est imaginé pour lui: et c’est à l’intérieur de cette perspective seulement que la dépense de soi et l’emploi des moyens utilisés à cette fin prennent tout leur sens, puisqu’autrement elle n’est plus qu’un exercice centré sur la perpétuation d’un état existentiel, considéré uniquement sous l’angle d’un bien-en-soi (plutôt qu’en-vue-de-quelque-chose) et d’un vivre-pour-soi (plutôt que pour-une-fin-en-dehors-de soi).» — Plérôme.
[amour] «Une forme alternative, plus subtile et plus insidieuse, sinon plus nouvelle, que peut prendre la relation amoureuse qui n’est intéressée que par le sentiment éprouvé n’est pas centrée sur le plaisir des sens — quoique celui-ci puisse être également présent —, mais de l’ivresse de son expérience d’aimer: ainsi la conscience accueille-t-elle celui-ci, non avec la réciprocité d’un sentiment analogue que partagent deux amants et qui leur permettent d’anticiper vivre ensemble et d’édifier un projet de vie, mais sur l’intensité du sentiment amoureux dont on allume et on attise l’expérience dans la continuité, sans que jamais cependant il n’implique ni l’intention, ni la possibilité de parvenir à une telle mutualité, tout en recueillant pour soi les bénéfices matériels et hylétiques qui peuvent en procéder pour l’amant ou pour l’amante.» — Plérôme.
[apparence] «Lorsque la conscience accepte implicitement que toute impression repose sur l’image et que tout jugement est relatif à l’apparence, elle est loin d’admettre que la valeur réelle d’une chose repose sur son authenticité, c’est-à-dire sur l’extériorisation effective de sa nature profonde et de son essence véridique.» — Plérôme.
[bien] «Peut-on contester que si n’existe aucun bien réel, en dehors de celui que l’on conçoit subjectivement comme en étant matériellement l’illustration (comme certains le prétendent et même le clament avec ferveur de nos jours), alors les individus n’ont plus à s’interroger sur la valeur ultime de leurs choix et de leurs actions. Mais est-il effectivement soutenable qu’aucun idéal, ni aucun critère objectifs n’existent, contre lequel mesurer nos désirs et les actions qui en découlent et contre lequel estimer la désirabilité de l’état actuel des choses — les situations, les circonstances et les événements qui surgissent dans l’existence ? Car si tel est bien le cas, alors aucune perfection ne saurait être envisagée, en dehors de celle que l’on connaît actuellement, comme étant l’accomplissement effectif d’un état potentiel, ni aucune amélioration susceptible d’être apportée, puisque tout est dorénavant considéré comme étant insurpassable, c’est-à-dire illustrant l’adage philosophique que tout soit «pour le mieux dans le meilleur des mondes», comme se plaisait à l’affirmer Leibniz et à railler Voltaire. Mais peut-on réellement et de bonne foi oser appuyer sincèrement une telle proposition, alors que le monde ne cesse de s’efforcer à innover et que les consciences n’ont trêve d’aspirer à une complétude physique et morale ?» — Plérôme.
[brutalité] «Au contraire de la machine, qui par elle-même ne possède aucune autonomie et par conséquent aucun pouvoir de transformer librement et délibérément les choses, l’homme a un pouvoir moral, critique et créateur qui l’autorise à modifier la matière qui l’entoure et à conférer aux choses une forme qui la distingue de l’originale, éventuellement constitutive d’une amélioration apportée à celle-ci, en les perfectionnant conformément à l’idéal qui en inspire l’action, comme il possède aussi un pouvoir destructeur, susceptible autrement d’altérer, de diminuer, de trafiquer et même de détruire ces mêmes choses, dès que la fin qui leur est imposée commande cette action.» — Plérôme.
[christianisme] «Ceux qui décrient avec véhémence le Christianisme n’en connaissent en réalité rien, ou en connaissent trop peu, comme en témoignent par ailleurs leurs propos; par ailleurs, ceux qui prétendent tout connaître à son sujet ont manqué d’investir tout le temps requis pour en estimer adéquatement la profondeur des mystères et l’étendue des secrets, ou encore se sont-ils vu privés de l’inspiration réelle ou de l’enseignement qui les auraient éclairés dans la poursuite de cette initiative.» — Plérôme.
[comédie] «Au théâtre de l’absurde, le scénariste fait de l’insensé un roi, régnant sur une cour d’étourdis, avec à ses côtés le sage comme bouffon, afin de les amuser avec ses prononcements mystérieux et inscrutables,.» — Plérôme.
[communication] «Aucun effort au dialogue ne saurait prévaloir sur une conviction intime ferme et inébranlable, qui fonde ses positions sur une expérience riche en événements et en recherches, génératrice d’enseignements féconds et irréfutables, issus d’une réflexion sérieuse: par ailleurs, nulle conscience, suffisamment aguerrie par l’épreuve d’un vécu intense et divers, ne saurait rester fermée à la possibilité de l’erreur, si infime que puisse lui sembler une telle éventualité, en raison de la capacité intellectuelle et morale défectueuse de l’être humain et de la possibilité toujours présente de pouvoir l’améliorer.» — Plérôme.
[communication] «Le propos qui se dit avec plaisanterie et qui est pris pour telle par un ami peut parfois être perçu comme étant une raillerie, par ceux qui n’éprouvent pas une disposition identique ou analogue à l’endroit du locuteur qui l’émet.» — Plérôme.
[connaissance] «Ou la vérité est, ou elle n’est point encore: si elle est, sans qu’elle n’ait été aperçue par un esprit discernant, elle reste, pour sa part encore inconnue et toujours à découvrir; si elle n’est point encore, puisqu’elle n’a pas été encore réalisée, elle reste, pour sa part, toujours à imaginer et à accomplir; car dès que le concept est posé, comme supposant et désignant quelque chose, c’est l’essence de cette chose qui pose problème, au penseur de bonne foi, puisqu’elle fonde à la fois la distinction que scolastique opère entre l’être de raison, susceptible de constituer une fiction, lorsqu’il ne trouve aucune contrepartie objective, concrète et authentique, dans la réalité, et l’être réel, que l’esprit est susceptible de rencontrer dans l’expérience sensible immédiate du monde.» — Plérôme.
[connaissance] «Ce serait une ironie trrible, pour un individu ou un ensemble d’individus, lorsque, ayant parcouru les chemins de la connaissance et exploré les limites ainsi que les profondeurs du savoir, il en vient à s’apercevoir et à comprendre que la seule importance, accordée par la société à l’initiative entreprise afin d’accomplir ce périple, serait celle qui est associée à la subsomption qu’elle en réalise à l’ignorance qu’elle conserve des réalités ultimes et à l’agnosticisme dont elle témoigne quant aux causalités suprêmes et aux finalités ultérieures de leur raison d’être profonde.» — Plérôme.
[crime] «Le sacrifice du bouc émissaire est souvent le moyen qui est employé afin d’exonérer le groupe d’un crime collectif auquel tous ont, manifestement ou tacitement, apporté leur assentiment, à défaut d’y avoir tous participé, sans que les moyens adéquats aient été mis en place afin d’identifier soit les instigateurs de l’horreur, soit les agents politiques et moraux qui, en droit, seraient passibles d’en assumer la responsabilité de sa commission mais qui se refuseraient obstinément d’en endosser, en aucune manière, soit de fait, soit d’autorité, quelque imputabilité.» — Plérôme.
[crime] «L’agression, qui est dirigée vers la personne, et la privation, qui porte sur les choses, sont les deux formes archétypiques fondamentales que prend le crime: elles sont la contrepartie des deux formes analogues, éventuellement fatales, que prend la maladie pour les corps vivants, à savoir l’infection par un agent étranger nuisible, un microorganisme ou une toxine, et le parasitisme d’un être vivant par un hôte qu’elle épuise en consommant de sa substance vitale.» — Plérôme.
[crime] «Lorsque l’on met fin à la vie d’un homme, c’est à sa disposition fondamentale à exister et à sa manière d’être habituelle auxquels l’on apporte une conclusion, des états qui s’enracinent dans sa nature biologique et qui trouvent leur expression dans sa progéniture, si celle-ci reçoit une éducation adéquate qui le porte à la réaliser, souvent suivant les valeurs et les enseignements de l’expérience du père qui la lui transmet: cette forme que prend la censure génétique peut produire un effet analogue en privant le père de sa progéniture ou en empêchant que celui-ci ne puisse même en contribuer une à la société.» — Plérôme.
[cruauté] «Tels sont ceux qui, apparemment se font un sport, par intérêt ou par simple plaisir, de faire paraître son semblable sous une fausse lumière, parfois sinon souvent avec des conséquences déplorables.» — Plérôme.
[culture] «La culture peut se concevoir comme étant la nature que l’homme façonne à son gré, en utilisant sa créativité, afin d’échapper aux vicissitudes préjudiciables d’une nature brute pré-existante, lorsqu’elle déchaîne ses forces aveugles et funestes et qu’elle occasionne des fatalités et des souffrances chez les victimes vivantes, et aussi afin d’augmenter le plaisir que la conscience peut éprouver de sa beauté inspirante et de sa sublimité édifiante, lorsqu’elle se laisse apprécier dans l’expérience qu’elle occasionne en l’individu, ému par la qualité de son existence.» — Plérôme.
[culture] «Si l’on définit l’instinct comme étant la propension à agir selon la disposition que la nature inscrit en l’être vivant, de penser, de ressentir et d’agir d’une manière habituelle et usuelle qui corresponde à la fois à une réalité vivante spécifique et à une conjoncture typique, c’est la capacité que trouve la personne en elle-même de soumettre intentionnellement cette inclination, de l’orienter en vue d’une fin et d’en contrôler les impulsions désordonnées, en vertu d’une finalité qui la parachève et lui confère un sens, avec pour effet de soustraire l’homme du plan de la condition naturelle de ses prédispositions et de ses inclinations et de l’élever dorénavant à celui de la réalisation culturelle et l’actualisation spirituelle.» — Plérôme.
[cynisme] «Le cynisme est une réaction normale, fondée sur la prise de conscience de celui qui en témoigne, souvent viscéralement, à une situation qui est manifestement aberrante, mais que généralement l’opinion commune et les attitudes de l’ensemble considèrent comme étant acceptable — la disparition apparemment sans justification légitime, d’un bien moral que l’on se plaît, souvent de manière anonyme, arbitrairement et par caprice, à détruire.» — Plérôme.
[destin] «Rien ne ressemble plus à une fatalité qu’une liberté consciente distincte qui s’exerce irrésistiblement à l’endroit du sujet moral dans un sens qui est différent de celui qui dynamise et mobilise son désir profond, mais qui est contraire à son attente réelle, lorsque l’un et l’autre sont naturellement fondés et culturellement légitimés.» — Plérôme.
[Dieu] «La bonté et la générosité de Dieu ne sont ni une justification, ni une excuse à l’ingratitude des hommes: bien plus, elles doivent nourrir leur idéal et inspirer leurs pensées, leurs paroles et leurs actions, étant des qualités et des vertus qui signifient l’accomplissement parfait de la source et la raison de leur être, auquel ils doivent participer dans la volonté de réaliser celui de leur propre nature.» — Plérôme.
[Dieu] «Non satisfaits d’avoir été créés à l’image de Dieu — une reconnaissance qui serait l’aveu d’une forme de dépendance absolue sur le Créateur afin de fonder la possibilité même de leur existence —, les hommes qui sont réfractaires à cette idée cherchent en lieu à renverser les rôles, en se donnant plutôt un Dieu qui serait à leur image: tel semble être le premier mobile de l’idolâtrie païenne, pour laquelle la représentation de la Divinité idéalise la nature humaine avec tous ses vices et le principe fondateur de la notion politique protagoréenne de la souveraineté populaire, laquelle propose que l’homme est la mesure de toutes choses, pourvu qu’il parvienne à exercer un contrôle réel sur la nature de leur possibilité et de leur réalité.» — Plérôme.
[droit] «L’intérêt égoïste, qui rapporte toute considération, réelle ou idéale, à soi d’une manière ui est arbitraire et immanente, est le premier ennemi du droit, lorsqu’il émane d’une Volonté souveraine et suprême et qu’il énonce ses préceptes (ainsi qu’il prononcé ses jugements) en vue de réaliser le meilleur Bien possible.» — Plérôme.
[duplicité] «La scène du théâtre, c’est l’altérité que feint l’acteur de mieux révéler au spectateur la vérité de l’existence qui est représentée alors que la scène de la vie, c’est révéler la sincérité du sujet moral afin d’accorder un efficace au mensonge, en vue de produire une issue qui fasse évoluer l’existence, dans un sens que détermine la l’illusion engendrée.» — Plérôme.
[éducation] «L’Université, ainsi que ses agents, pour ceux-ci d’une manière qui soit souvent isolée et sans concertation formelle, s’érigent institutionnellement en juges ultimes de la validité et de la valeur de la connaissance, en évoquant le principe de la raison inexorable et indéfectible, autant quant à la matière de ses principes que la forme de sa présentation et de sa représentation, sans se préoccuper pourtant ni du problème de l’unité de la connaissance, lorsqu’elle puise à même la source de la Vérité une et indivisible, ni de celui des contradictions — et même des contrariétés — qui sont susceptibles de résulter des points de vue divergents, susceptibles d’être maintenus, enseignés et professés à l’intérieur de ses murs augustes, sauf éventuellement sous l’effet d’un mouvement dialectique immanent, présent dans la démarche par laquelle la connaissance se cherche une validation épistémologique et sociale (telle qu’elle est illustrée par la théorie dialectique de Hegel, comportant les trois moments de l’affirmation, de la négation et de la négation de la négation) ou par la conviction, fondée sur une vérité religieuse qui alimente la conviction que l’Esprit de Dieu préside au triomphe ultime de la vérité sur le mensonge, de la réalité sur l’illusion et ultérieurement du bien sur le mal.» — Plérôme.
[égoïsme] «Lorsque aucun idéal ne vient inspirer la réalisation d’une action, alors le seul mobile qui reste, pour en déterminer l’actualisation, c’est le désir de se servir soi-même, ainsi que les buts qui sont pour l’essentiel accessoires à cette fin (tout en pouvant, à l’insu de l’agent, se révéler être au service d’une fin supérieure et plus élevée, par une ironie intrigante du sort.» — Plérôme.
[épistémologie] «Une question peut-être oiseuse, mais néanmoins intéressante, par la définition préalable des termes qu’elle suppose: serait-il plus difficile de tout savoir au sujet de rien; ou de ne rien savoir au sujet de tout ?» — Plérôme.
[épistémologique] «Un paradoxe épistémologique intrigant: il est souvent possible d’imaginer tout savoir ce qu’il faut savoir, à chaque moment de sa vie, sans éprouver alors le besoin de compléter sa connaissance, afin de susciter les décisions qu’elle interpelle à faire; et en même temps, de ne pas s’étonner pourtant d’en apprendre plus, et de se trouver devant l’obligation d’accomplir cet apprentissage, dès que la vie fournira à la conscience l’occasion de développer et d’approfondir le savoir déjà acquis.» — Plérôme.
[espérance] «La nouveauté, quelle qu’en soit la valeur éventuelle, apparaît presque toujours comme étant provocatrice et suscitant une résistance au changement qu’elle apporte avec elle et qu’elle exige de ceux qui subiront les effets de la transformation qu’elle opère, peut-être en raison d’ébranler des schémas établis qui ont constitué une zone de confort, pour ceux qui les ont reçus et adoptés, et dont l’éloignement ébranlerait le sentiment de sécurité qui accompagnait l’existence tranquille dont ils jouissent, mais peut-être aussi puisqu’elle remet en question les intérêts de ceux qui ont fondé leurs existences sur des schémas qui maintiennent la continuation d’un état qui, sans prétendre que son degré d’accomplissement fût parfait, ni même que l’expérience qu’en font tous ceux qui le vivent fût idéal, assure à ceux qu’ils avantagent la jouissance constante et ininterrompue de ses faveurs.» — Plérôme.
[esprit] «Le télescopage de l’intelligence du présent, que seules la profondeur et la complexité qui ont façonné son actualité préoccupent, au point de nier les antécédents historiques et les réalisations possibles qui peuvent en procéder afin de former l’avenir, lesquels fournissent la perspective et la toile de fond contre lesquelles le penseur puisse apprécier adéquatement l’action épistémologique, est en réalité la manifestation d’une implosion spirituelle grâce à laquelle la conscience tente de capter l’objet de son intérêt, mais uniquement en se concentrant sur l’aboutissement d’un mouvement qui lui semble être définitif, en ignorant cependant quels en seraient les fondements éternels, des fondements qui seraient aptes à éclairer les voies éventuelles, susceptible d’être empruntées dans l’expression historique de l’actualisation qu’il prendra: du point de vue de la culture, cette attitude morale en présage, pour ne pas dire en signifie et en conditionne, la décadence.» — Plérôme.
[État] «Rien ne ressemble moins à un État de droit qu’un État qui, tout en se proclamant inspiré par l’idée du droit, agit comme si le principe de droit existait uniquement pour les autres souverainetés, alors que lui-même, préoccupé seulement de se maintenir dans sas condition existentielle actuelle et veillent à poursuivre ses propres intérêts, ne s’arrête pas à savoir s’il s’inspire d’un idéal véritable, s’il tente de réaliser la plénitude du bien, par ses propres politiques et ses propres actions, et s’il encourage la poursuite de cette finalité chez ses ressortissants et chez les sujets qui participent activement à la promotion du principe de la justice qui inspire honorablement son activité législative et qui s’interrogent constamment sur sa complétude, sur sa validité, sur sa profondeur et sur sa compréhension.» — Plérôme.
[État] «Peut-on s’étonner qu’un État, qui a pris naissance dans et par le crime, puisse se maintenir en recourant aux mêmes tactiques et en utilisant les mêmes moyens que, ou des moyens analogues à, ceux par lesquels il est parvenu à s’établir et à se constituer.» — Plérôme.
[État] «L’État, qui ne sait découvrir en dehors de la pensée qui le gouverne et de l’état sous lequel il existe, l’idéal d’une excellence et d’une perfection existentielles, devra nécessairement le trouver en lui-même : or, celles-ci, puisqu’elles sont immanentes à sa réalité, ne sauraient révéler autre chose que le degré et la qualité de la perfection en vertu d’être parvenu à réaliser, en un temps circonscrit, révolu, actuel ou à venir, un mode existentiel historique qui le caractérise et le spécifie. § Par conséquent, il ne saura découvrir de perfection supérieure à celle que comporte son étant propre, telle qu’il peut la concevoir, une excellence qui dérive du principe inhérent de la naissance, de la durée, de la conservation, de la préservation et de la diffusion de sa nature, et qui aussi l’exacerbe. § Par ailleurs, cette perfection se développant à partir de la finitude qui l’a vue naître, ne saurait que s’estomper en celle qui le verra disparaître: elle peut procéder de l’infinité et de l’éternité d’un Être surnaturel et transcendant, en tant que les consciences qui en sont l’évidence immanente en représentent l’émanation, grâce aux facultés de leur esprit, de leur intellect et de leur vitalité, mais si celles-ci ne reconnaissant pas cette origine, ces plans resteront largement méconnus en leur propre personne, suite à un effort d’introspection qui leur en procurerait une conception, et en celles de leurs semblables, suite à l’intuition qu’ils pourraient en dégager, et ses qualités seront attribuables pour l’essentiel à une nature temporelle et spatiale plutôt qu’à une essence spirituelle et transcendante. § Par ailleurs, ce n’est qu’en contemplant un État qui se fonde sur des valeurs éternelles et infinies et en se donnant cet État pour modèle et pour exemple, susceptible de susciter et de recevoir l’admiration des consciences et d’inspirer une émulation par ses sujets, qu’un État historique pourra espérer se conserver et perdurer au-delà de l’historicité et de la temporalité qui le conditionne naturellement, autrement il se vouera à ne générer qu’une existence historique éphémère plutôt qu’une existence dont le terme et frontière resteront indéfinis. § Ainsi, seule la recherche et la découverte d’une forme culturelle, infinie et éternelle, pourra satisfaire l’ambition que cultive et entretient un État de transcender la finitude de l’espace et du temps dont il est autrement condamné à subir passivement les contraintes et seule l’adoption réelle et effective des principes constitutifs, aptes à fonder cette forme, en garantira pour lui la pérennité ultime et l’accomplissement optimal de sa plénitude. En effet, celles-ci sont, à bien les considérer, les seules ambitions qui conviennent à un esprit libre et pleinement réalisé, lorsqu’il participe, dans la mutualité, à la définition d’une société et de l’État qui en institue la forme avec les institutions qu’elle se donne, et qu’il manifeste toutes les qualités qui émanent de la source surnaturelle et transcendant dont il provient, un esprit que possèdent les grands instituteurs et les initiateurs insignes de l’humanité, les illustrant en leur personne et en leurs actions, un esprit dont les cultures séminales de la terre ont conservé le souvenir impérissable dans leur souvenir, tel qu’il s’exprime dans la tradition de leur mythologie et dans la documentation de leur histoire, consécutivement à l’invention de l’écriture, et auxquels elles ont attribué les attributs et parfois même la nature de la Divinité, en reconnaissance de leur valeur superlative et incomparable.» — Plérôme.
[événement] «Quelle consolation le patient peut-il prendre à savoir que si tel ou tel malheur survient et occasionne une souffrance, d’autant plus grande que la perte ou la privation qu’il entraîne sont importantes, la probabilité de son occurrence, calculée sur un échantillon représentatif, était en réalité infime, pour ne pas dire à toute fin pratique inexistante ? Et aussi d’apprendre à ses dépens que ni la nature, ni l’homme ne sont parfaits, la première dans sa capacité à être toujours conviviale aux espèces vivantes, le second dans sa préparation morale à illustrer les trois vertus transcendantes que sont la bonté, la vérité et la beauté, lesquelles il conviendrait en tout temps d’exprimer, face à lui-même comme face à la société ?» — Plérôme.
[expérience] «L’expérience que la conscience assume et qu’elle assimile, en accomplissant une compréhension pleine et entière de sa nature et de son essence, après avoir réalisé la réflexion et sous l’effet de l’inspiration qui permettent à l’esprit d’en appréhender les arcanes, devient le fondement et le critère contre lesquels rapporter et évaluer la signification et la portée de toutes les expériences analogues, susceptibles de se produire dans le futur et de l’affecter; car cette première expérience en devient comme le type, sans sacrifier pour autant la dimension originale des expériences futures, lesquelles se méritent de recevoir, pour bien les saisir, le même regard critique et épistémologique que l’esprit apporte à l’expérience originelle, comme à toutes les expériences intermédiaires qui ont précédé et conditionné l’expérience plus actuelle.» — Plérôme.
[expérience] «Le fait pour la conscience de pouvoir s’extraire, par l’idée, de l’univers physique dans laquelle elle baigne, en raison d’être incarnée, constitue le meilleur argument en faveur de la double thèse de l’immatérialité de l’esprit et de son essence primordiale, antérieure à la phusis qui en constitue l’enveloppe dans l’expérience, d’une expérience dont elle peut s’échapper dans l’abstraction, en accomplissant l’acte de la conceptualisation qui en reconnaisse la finitude et la nécessité, par conséquent, qu’elle ait procédé d’un moment originel, avant lequel elle ne peut prétendre à l’existence effective.» — Plérôme.
[foi] «On ne détruit le non-soi que pour mieux encore ériger le soi en modèle et en archétype: tel est, pour le particulier, le salaire de l’homicide et, pour la société, la conséquence de ce crime. Car à travers le mal qu’il commet ainsi, l’agent moral ne peut espérer autre chose que susciter l’incarnation du mal qui en résulte pour l’ensemble, à la fois en raison de la négativité destructrice de l’action commise que de la privation du bien qu’il en éprouvera, subséquemment à celle-ci. D’où le bienfait immense, incommensurable même, que laisse espérer la Résurrection qui a le pouvoir de rétablir le bien qui a été détruit avant elle, en raison de l’injustice et de la mort inique qui en furent l’occasion, un prodige sans lequel l’humanité est vouée à une extinction à plus ou moins longue échéance, en perpétuant l’esprit du mal que représente l’homicide pour elle la dégradation des mœurs et des esprits qui ne cesse de se s’instaurer par et avec lui, lorsqu’il élimine les éléments les plus valables et admirables de la société afin de donner prise à l’habitus néfaste qui le caractérise et de le justifier aux consciences dubitatives de leur valeur et de leur importance et décadentes en raison de ne pouvoir surmonter ce scepticisme et se laisser transformer par une conscience réelle de celles-ci.» — Plérôme.
[foi] «La Foi — qui se fonde sur la valeur de la Vie — comme la Loi — qui s’établit sur l’Amour et s’accomplit par lui — sont des principes complémentaires qui sont toujours unis, étant immuables et éternels dans leur essence, et ils conjuguent la diversité de leur action dans un même Verbe, mais ce sont les interprétations que l’on peut en faire qui risquent d’être erronées et de s’éloigner progressivement du centre substantiel et essentiel de leur nature intime.» — Plérôme.
[force] «La force comporte cette caractéristique essentielle d’être en elle-même à la fois amorale et protéiforme, c’est-à-dire que la multitude des formes sous lesquelles elle peut s’exercer peut servir autant à promouvoir une position moralement injustifiable qu’à affirmer et à défendre une conception hautement honorable: ainsi est-il essentiel de clarifier les raisons qui peuvent justifier adéquatement l’usage de la force, de manière à pouvoir se convaincre de la valeur éminemment juste et bienfaisante de l’idéal et de la cause au service desquels l’agent se résout à employer l’argument prépondérant de la puissance contraignante.» — Plérôme.
[générosité] «L’entraide, lorsqu’elle est sincère et désintéressée, tout en communiquant à un ordre transcendant de la justice qui assure qu’elle ne demeure jamais sans récompense, peut parfois sembler artificielle et calculée, et pour cette raison suspecte, lorsqu’elle devient, en répondant alors à un impératif strictement immanent, le moyen exclusif d’obtenir un bénéfice concret et d’être gratifié avec un avancement personnel, lequel est accessoire aux fins égoïstes qui sont les véritables motifs de sa production, lorsque l’action qui la caractérise est néanmoins susceptible de résulter en un bien en général.» — Plérôme.
[guerre] «La guerre substitue à la subjectivité morale, qui s’assume et qui aspire à ne réaliser dans la liberté, de concert avec toutes les consciences disposées en ce même sens, que le plus grand des biens possibles, un droit qui, ayant défini préalablement une conception du bien, apte à rallier nécessairement et inexorablement l’aval des consciences, devient le canon des devoirs qui définissent dorénavant les actions désirables et des droits qui conditionnent désormais les conduites répréhensibles, devant un adversaire que l’on définit a priori comme étant l’ennemi de cette conception, sinon en droit, du moins selon les faits, et qui, pour cette raison doit être assujetti, peu importe la valeur objective de ses propres théories morales et juridiques.» — Plérôme.
[histoire] «Pour certains, la maxime qui gouverne leur action suppose qu’il vaille mieux oublier sélectivement — et parfois même faire oublier — certains événements et certaines situations qui risquent de ressurgir du passé, y compris ceux qui pourraient engager un projet d’avenir, prenant la forme d’un désir à combler ou d’une initiative à réaliser et comportant une valeur obligatoire pour la conscience, tout en compliquant le rapport qui est entretenu par elle avec la réalité présente, plutôt que d’avoir à affronter les conséquences réelles qui procéderaient de l’accréditation qu’ils feraient du souvenir escamoté.» — Plérôme.
[histoire] «L’histoire que l’imagination de l’être humain invente afin de s’expliquer les choses qui lui paraissent dissonantes, en raison de revêtir une réalité qui s’inscrit difficilement à l’intérieur de ses schémas acquis ou de ses idées reçues, a pour effet premier de conforter la conscience en lui offrant le facsimilé d’une explication juste et compréhensive, ne saurait entièrement satisfaire l’esprit qui est réellement engagé à connaître et à comprendre la vérité des choses, autant dans la profondeur de leur essence que dans l’extension de leur connaissance qu’elles méritent de recevoir.» — Plérôme.
[histoire] «Lorsque la société des hommes détruit un autre homme, un autre peuple ou une autre espèce, qui fût essentiel à la réalisation du bien-être de l’humanité et du plein épanouissement de sa nature, tout devient alors une évocation de la bonté de ce qui fut, de l’excellence de ce qui aurait pu s’ensuivre d’un état collectif et social qui, un jour, fut si prometteur et de l’état de perfection qu’elle aspire toujours à réaliser et vers lequel elle continue à tendre sans fin, en raison de la nostalgie qui habite l’âme de ceux qui sont vivement conscients de la perte inestimable encourue par cette action délétère et du vide béant produit par elle à l’intérieur de l’âme collective, comme étant une aspiration encore aussi légitime, malgré qu’elle ne se soit réalisée et pressentant qu’elle se serait accomplie, si le mouvement qui la portait n’avait pas été trahie et interrompue, pour quelque raison que ce soit.» — Plérôme.
[hystérisme] «L’hystérisme consiste en cette tendance à réaliser, sous le sceau d’une motivation prépondérante qui est implicitement assumée — l’intention — ou inavouée — le désir refoulé—, la dichotomie qui s’instaure dans l’intelligence morale entre la cause nettement agissante et l’effet qui en est le produit, en méconnaissant et parfois même en trafiquant la relation effective qui mène de celle-là à celle-ci, ou encore en oubliant intégralement et radicalement l’événement qui en manifeste la production; d’où il résulte que, en omettant de comprendre les causes véritables, et éventuellement d’en entraver l’action ou, à tout le moins, de parer aux conséquences qui pourraient en résulter, lorsque celles-là s’avèrent irrépressibles ou autrement inévitables, la conscience s’expose à un décuplement, une amplification et une démultiplication des effets indésirables, résultant de cette offuscation: ceux-ci prendront alors l’aspect d’une fatalité que seule une action lucide et déterminante pourrait exceptionnellement, en dernier recours — comme par miracle —, infléchir et peut-être même abolir le cours inéluctable qui la manifesterait.» — Plérôme.
[idéal] «L’actualité de l’homme est le rappel constant que le sujet moral conscient ne doive pas perdre de vue la réalisation éventuelle, mais toujours possible, du plus haut idéal qui puisse être atteint par elle.» — Plérôme.
[idéal] «La dystopie n’est rien moins, ni rien d’autre que la manifestation de l’empêchement systématique opposé à l’idéal, lorsqu’il répond au désir de réaliser la plénitude de la nature, dans ce qu’elle comporte de plus essentiel, de l’être qui en actualise la configuration et qui lui procure l’éventuelle expression de son accomplissement.» — Plérôme.
[idéologie] «Le risque que court l’idéologie, lorsqu’elle illustre un enthousiasme aveugle à faire prévaloir la cause qu’elle élabore, qu’elle épouse et qu’elle défend, ainsi que les fins qu’elle propose à la conscience de l’ensemble comme étant hautement désirables et parfaitement réalisables, c’est de négliger, voire ignorer et même nier, les principes et les théories qui la contredisent et qui, bien qu’elles fussent justes, réfléchies, articulées et véridiques, pourraient remettre en question les voies auxquelles ses partisans avaient préalablement apporté leur acquiescement et compromettre les motifs et les intérêts de ceux qui, spontanément ou délibérément, en préconisent le parcours.» — Plérôme.
[ignorance] «L’ignorance est à la fois la voie procurée à la malveillance afin d’exercer ses méfaits, en habilitant des complices inconscients à en devenir les agents malheureux, et le terrain qu’elle cultive afin de pouvoir accomplir, en toute impunité, leurs effets pernicieux sur ceux qui n’en devinent point l’existence, malgré qu’ils en subissent les conséquences regrettables.» — Plérôme.
[imagination] «Il y a des histoires, vraies pourtant, qui sont trop incroyables pour être crues spontanément, ce qui illustre que la réalité puisse être parfois d’autant plus fantastique que la capacité d’en actualiser les formes est plus puissante que celle qui s’en tient à l’exprimer.» — Plérôme.
[imagination] «Ce n’est pas parce que l’esprit refuse d’évoquer la réalité d’une chose, ou encore de se la représenter, qu’elle cesse pour autant d’exister.» — Plérôme.
[intelligence] «Les mauvaises herbes dont le jardinier encourage la croissance désordonnée peuvent aussi servir à masquer la poutre embarrassante qu’il vaudrait mieux dérober au regard.» — Plérôme.
[intelligence] «Il faut surtout se méfier de ceux qui peut-être en savent beaucoup, mais qui en réalité comprennent très peu, n’ayant ni le jugement, ni l’expérience afin de tirer un sens profond et général au contenu des connaissances qu’ils ont acquises.» — Plérôme.
[intelligence] «Lorsque le jugement considère objectivement un événement, c’est-à-dire une situation, un incident ou une occasion, c’est toujours en se campant dans la sécurité d’une position intellectuelle et existentielle acquise [l’attitude neutre], sans nécessairement remettre en question, et peut-être même en les justifiant implicitement, les principes moraux ou existentiels qui la fondent et grâce auxquels la conscience se maintient dans un état inébranlable et détache face à ces réalités [l’attitude engagée].» — Plérôme.
[intelligence] «L’intelligence est une faculté qui navigue le passage risqué, étroit et accidenté, entre deux abîmes: le Charybde de l’inscience, qui consiste en l’ignorance des principes antécédents et des moyens de leur réalisation, et le Scylla de l’inconscience, quant aux conséquences et aux possibilités qui inhèrent à l’actualité des choses ainsi qu’à leur actualisation.» — Plérôme.
[intelligence] «Quelle utilité réelle peut-on donc trouver à l’action de penser lorsque le comblement du désir hédonique est l’unique priorité et la seule préoccupation ?» — Plérôme.
[intelligence] «Il n’importe pas tant que tout soit logique, mais plutôt que soit logique l’objet qui requiert l’illustration éminente, par l’esprit, de cette qualité, afin pour lui d’en apercevoir la signification, l’origine et la finalité: cela étant toutefois, il serait intéressant de poser le problème de la source et de la raison d’être de cette logique implicite à l’objet qui en démontre, par son existence et son organisation, la possibilité.» — Plérôme.
[jugement] «Une difficulté que pose le processus de l’évaluation réside en ce que, afin d’estimer ce que serait la valeur réelle d’une chose, l’esprit doive identifier un critère qu’il pourra invoquer afin de l’établir quant à une qualité précise — proposons celle qui correspond aux idées-valeurs transcendantes de la bonté, de la vérité ou de la beauté —, et qui lui permettra de décider effectivement si cette chose rencontre ce critère, et à quel degré, ce qui lui demande en même temps d’établir des comparaisons, en admettant alors que cette qualité puisse être également présente en une variété de choses différentes. Mais décider d’un critère et appliquer ce jugement à une ou plusieurs choses, c’est déjà savoir de façon satisfaisante quelle est la nature de la qualité qui est recherchée dans les choses qui en illustreraient la présence et quelle priorité accorder aux différents aspects qui révèlent la qualité qui est recherchée en elles. § Ainsi l’objectivité à laquelle parvient le jugement se rapportera uniquement au critère qui sert de jalon aux choses que cette faculté considère, mais non au meilleur critère possible qui déciderait de la valeur univoque et absolue d’une chose, ou celle de plusieurs choses, lorsqu’elles sont considérées sous un même égard, si jamais une différence importante portait à caractériser l’écart qui existe entre le critère choisi et un éventuel critère idéal. § Par conséquent, le choix que l’intelligence effectue, en déterminant un critère qui éclaire le jugement, lorsqu’il produit une évaluation particulière, suppose implicitement que ce critère est le meilleur, et non simplement celui qui convient le mieux au genre de l’analyse qu’il opère — quoiqu’en rétrospective, cette conclusion pourrait prévaloir, si un critère meilleur encore était découvert afin d’effectuer le jugement que l’esprit tente d’opérer —. Ainsi, en l’absence de la validité démontrée d’un critère choisi, comme étant le reflet adéquat de la qualité idéale qui est recherchée pour une chose, l’esprit devra convenir que l’objectivité de l’évaluation qu’elle a produite repose sur un jugement arbitraire, fondée sur la relativité de la valeur idéale contre laquelle apprécie la valeur individuelle des choses qui en sont les exemplaires. Par contre, seule l’identification d’une valeur absolue, susceptible de constituer l’illustration idéale de sa présence dans les choses qui la représenteraient, peut servir de fondement à une évaluation qui est objective, à la fois quant à la méthodologie employée et quant au résultat, autrement elle ne pourrait représenter qu’une estimation relative, apte donc à être améliorée et perfectionnée, laquelle biaisera implicitement la conception de l’évaluateur, lorsqu’il l’appliquera à la réalité observée, ce qui le rendra alors vulnérable à une critique justifiable et justifiée.» — Plérôme.
[justice] «Une spéculation casuistique: s’il advenait que l’on démontrât la possibilité, sans pour cela s’engager dans une chasse à la sorcière ou la recherche d’un bouc émissaire, de pouvoir agir sur le terrain qui prédisposât à la naissance d’une condition défectueuse (i.e. une maladie, une déficience, un méfait ou un événement sinistre), afin de déclencher le facteur qui en serait effectivement la cause, il faudrait alors juger de la responsabilité de l’agent moral qui a initié le dispositif qui a mené à cette conséquence, en même temps que l’on inspecte celle de l’agent qui a produit l’action nocive ou délétère.» — Plérôme.
[justice] «L’acte de foi politique, implicite à la vie en société, c’est que les injustices déplorables, qui surgissent inévitablement de l’imperfection humaine — étant issues de ses membres constitutifs —, trouveront un remède approprié à l’intérieur du régime qui les engendre et qui les encadre; l’acte de foi religieux, qui émane d’un élan de l’âme vers une Force ou une Puissance qui subsume celles de l’homme et qui est au-delà de celle-ci, c’est que l’injustice elle-même, du fait qu’elle est une imperfection qui fait affront à la nature infiniment bonne et pure d’un Dieu tout-puissant et aimant, qui règne en dernier ressort sur la Création, trouvera son remède effectif, si ce n’est en cette vie, du moins en la Vie future; l’acte de foi transcendant, lequel repose sur une aperception judicieuse de la relation personnelle que Dieu entretient avec la Créature et, par elle, avec l’entièreté de la Création, alors que, en vertu du principe de la vie, il lui accorde dès l’origine la liberté, c’est que l’instauration effective de la justice, quel que soit le moment déterminant de sa réalisation, ne saurait se passer des volontés particulières qui participent de plein gré à ce noble projet, avec tout le dévouement que cette fin leur inspire; et l’acte de foi chrétien, c’est que ce choix d’une association libre au projet divin d’instaurer une justice parfaite et effective est rendu actuellement et couramment agissant, par l’ultime Sacrifice qui a dénoué toutes les entraves que pouvaient dresser les adversaires de cette finalité, en portant atteinte à la liberté des particuliers à apporter, sous la forme des sacrifices que directement et délibérément ils s’imposent à eux-mêmes afin de les réaliser, leur adhésion, leur affiliation et leur participation aux desseins providentiels de la Divinité sur l’humanité, de réaliser la justice dans l’amour et l’amour dans la justice.» — Plérôme.
[justice] «Rien ne ressemble plus à la convoitise que la soif de la justice, en ce que tous les deux exigent du sujet moral une satisfaction et s’emploient à la réaliser à travers ceux-ci, en dirigeant leurs efforts vers l’établissement, lorsqu’elle est inexistante, ou le rétablissement, lorsqu’elle est défectueuse ou carencée, d’une situation qui soit conforme à un état idéalisé, c’est-à-dire qui tend vers son accomplissement le plus élevé possible, et qui, pour cette raison, lui semble hautement désirable, sauf que pour la seconde, seul le désintéressement à le réaliser guide la conduite de la personne qu’elle anime de la volonté de poursuivre, avec patience et constance, l’idée morale du bien et à parcourir la voie qui mène à accomplir intégralement la finalité espérée.» — Plérôme.
[liberté] «L’illustration de la liberté engage certes la responsabilité individuelle, mais elle suppose en même temps, sous le vocable de l’amitié et de l’amour, un réseau social complet qui encourage la production de l’action morale qui en témoigne, qui apporte un soutien à l’agent qui la réalise consciemment et qui n’entrave pas l’opération des mécanismes par lesquels elle actualise ses effets, devant les défis qui se présentent à elle et qui éprouvent la constance de la persévérance et l’intensité de la résolution grâce auxquelles elle puisse se manifester et se révéler.» — Plérôme.
[mensonge] «Le mensonge est la rupture, intentionnelle et délibérée, — souvent motivée (mais pas toujours) par l’intérêt, défini par l’avantage que l’on escompte retirer de cet acte —, entre le principe qui est au fondement de la réalité d’une chose et la représentation que l’intellect construit de sa formation et de sa puissance de prolifération (quant au mensonge à soi, qui dénature l’authenticité du sujet) ou celle qu’il énonce (quant au mensonge à autrui, qui est préjudiciable à la sincérité de l’interlocuteur).» — Plérôme.
[mensonge] «Tout mensonge est implicitement nihiliste: car non seulement fausse-t-il la vérité de la réalité qu’il adultère, mais aussi porte-t- il avec lui le désir de l’existence positive de la chose — peut-être déjà actualisée, mais peut-être aussi simplement irréalisée, tout en étant réalisable — qui ferait oublier la production et l’occurrence de ladite réalité.» — Plérôme.
[mensonge] «La répétition interminable d’une fausseté, que le sujet moral chantonne incessamment, à la manière d’un mantra, ne réussira pas pour autant, comme par magie, à transformer le propos énoncé en vérité.» — Plérôme.
[mensonge] «Le mensonge, ainsi que ses sœurs, la falsification, l’ignorance, l’illusion et la demi-vérité, constituent une menace indéniable à l’avenir de l’humanité puisqu’il ne s’arrête pas simplement à proposer des fictions inoffensives, susceptibles de distraire l’imagination et de bercer les consciences, pour ne pas dire les hypnotiser et les endormir, mais encore s’attaque-t-il, sous ses formes les plus perverses, aux principes fondamentaux de la société et aux lois essentielles de l’État, grâce auxquels la communauté peut effectivement escompter s’inscrire durablement, à l’intérieur d’un cours éventuel qui amènera à la plénitude de sa croissance et de son épanouissement, en faisant fructifier ses virtualités les plus élevées.» — Plérôme.
[métaphysique] «Ceux pour qui «rien n’est sacré» attestent, en adoptant cette position négative, qu’ils vont jusqu’à nier la chose qui est la plus chère pour eux, c’est-à-dire leur propre existence ainsi que la liberté de la vivre pleinement et entièrement, si telle est leur disposition, car à bien considérer les choses, ce sont les exemplaires d’une excellence qui est extérieure à soi qui constituent un incitatif social à se dépasser et un modèle à savoir le faire, nécessaires à la nature humaine en raison de son essence sociale, et ceux portent inéluctablement à s’interroger sur l’essence de l’accomplissement et la réalité de l’agent qui mène à sa plus grande perfection, autant quant à son origine première véritable que quant à sa raison d’être et sa finalité; et comme le soi devient alors subjectivement la seule préoccupation qui leur apparaît valable, dans l’état d’une volonté d’auto-conservation exacerbée qui nie tout fondement objectif et suprême à la vie, l’expression est en réalité elliptique et se complète par un «sauf soi-même» qui engendre, lorsqu’il se généralise à l’ensemble, un immanentisme laïc et radical.» — Plérôme.
[moralité] «L’alliance est parfois très précaire entre la philosophie et la politique: car si la philosophie propose à celle-ci les idéaux de sagesse qui seraient censés former la disposition morale et inspirer l’action concrète de l’homme politique, rien n’assure que ce dernier trouvera moralement judicieux de s’y conformer, pour des raisons d’expédient, d’efficacité, d’intérêt ou de facilité, et de dépenser l’énergie humaine et les moyens financiers, afin de leur donner corps et de les mettre en œuvre: d’où la nécessité d’inventer et d’instaurer un droit politique qui cherchera à assurer que l’intérêt et l’honneur de la moralité seront protégés, lorsqu’ils sont exposés à l’inertie ou à l’ineptie, résultant d’une action excessivement pragmatique et/ou prosaïque.» — Plérôme.
[moralité] «En général, la conscience perverse détruit l’objet qui ne saurait adéquatement et intégralement se laisser nier, sauf à se l’approprier et éventuellement le posséder, afin d’en conditionner et d’en contrôler l’usage que l’on puisse en faire.» — Plérôme.
[moralité] «Une promesse n’a de valeur effective qu’en raison de l’intention que la conscience se forme d’en rencontrer les conditions, du temps dont elle dispose afin d’en satisfaire à la fois les exigences matérielles, des occasions et des circonstances qui se présentent à elle d’en opérer la réalisation ainsi que la possibilité réelle qui l’appartient d’en accomplir les propositions, en n’étant pas empêchée de la tenir par des forces contraires et parfois délibérées.» — Plérôme.
[moralité] «Pendant que certains s’interrogent sur les principes qui fondent «la bonne chose à faire» et qui conduisent à son accomplissement, d’autres agiront et produiront spontanément cet effet bénéfique uniquement en pressentant qu’elle est «la bonne chose à faire» et qui agiront en connaissance.» — Plérôme.
[moralité] «C’est dans la joie que le cœur fait l’expérience de la plénitude débordante de la vie, comme c’est dans la sérénité de la paix qu‘il en vit la qualité ineffable: or autant l’un que l’autre de ces sentiments ne sauraient s’imaginer sans sa contrepartie puisque, si la plénitude se fonde sur le nombre et la diversité des occasions d’éprouver à la fois l’intensité et la profondeur de sa présence, la personne ne saurait espérer la découvrir, avec la grâce de Dieu, sans démontrer la vertu morale qui exprime son adhésion complète à l’idéal de la bonté et l’engagement sincère et résolu à le réaliser concrètement au quotidien, par les actions qu’elle accomplit, et qui constituent en définitive l’unique fondement véritable de la valeur que prend la personne humaine, lorsqu’elle est adéquatement enracinée dans la réalité de son existence.» — Plérôme.
[moralité] «Toute cause efficiente est moralement neutre, puisque sa finalité est de produire l’effet qui est la destination de son action, telle que la volonté la conçoit et la réalise: d’où il s’ensuit que l’efficace d’une cause, si elle peut s’exercer à l’avantage d’un bien que la conscience prévoit en obtenir, peut aussi bien servir à la progression d’une moindre bien au point de nier complètement la valeur du bien qui pouvait en résulter; il en résulte par conséquent que la causalité qui produit un effet, un état ou une action, ne saurait être séparée ni de sa finalité, ni de la moralité de l’agent qui la produit, sauf à référer à un principe aléatoire, indéterminé et éventuellement déterminable, le soin d’assurer à celle-ci un effet qui, comme par magie, en spécifierait le bien.» — Plérôme.
[moralité] «Il y a tout un monde entre l’esthétisme moral — ce que sait la conscience, engagée dans son rapport avec le milieu, et ce qui lui est représenté comme étant le bien par l’environnement social — et la pratique morale — l’action effective qui découle de cette conception et qui correspond à cette représentation du bien qu’elle réalise adéquatement et fidèlement: car cette disparité reflète la même distinction qui est opérée par les scolastiques entre l’être de la raison et de l’être réel, c’est-à-dire entre l’être qui est une conception de l’esprit et l’être qui est aperçu effectivement par l’esprit, puisqu’il trouve une contrepartie effective dans la réalité, autant celle qui existe que celle qui demeure possible; or, c’est ce monde de différence qui constitue le véritable défi à l’action morale puisque, au plan de la moralité, un vœu pieux qui ne se donne aucun moyen de se réaliser, si louable fût-il autrement, ne saurait contenter les sujets moraux qui ont une véritable soif de la justice et qui, en accomplissant leurs propres actions, expriment en tout temps une conformité à ses principes.» — Plérôme.
[moralité] «L’esprit risque de voir s’établir une dichotomie existentielle importante lorsque la moralité, en se fondant, autant que faire se peut, sur une aperception adéquate et entière des principes spirituels qui animent et orientent le monde, en inspirant les actions et les décisions particulières, dont la portée sera tantôt générale et tantôt individuelle, se trouve mise en opposition aux conceptions éthiques, lesquelles trouvent leur justification exclusivement dans la nature des individus et dans les mouvements intimes qui sont propres aux actions qu’ils posent, sans référence aucune à la spiritualité qui les anime et les inspire ou qui entretient seulement un rapport marginal avec elle.» — Plérôme.
[mythe] «La mythologie n’est autre chose qu’un travail de la conscience qui constitue l’illustration, au moyen d’un langage susceptible d’être interprété par cette faculté, lorsqu’elle est disposée en ce sens, la volonté de personnifier et/ou de caractériser les forces inconnues et mystérieuses, subtiles et parfois imperceptibles, tantôt historiques et tantôt actuelles, qui façonnent les événements de l’existence et les subjectivités qui entrent en rapport avec ceux-ci lesquelles, en s’exprimant dans le for intérieur et intime de l’esprit, se révèlent être des essences non seulement personnelles, mais aussi éventuellement communicables, en confirmant ainsi le principe épistémologique, souvent pressenti avant d’être clairement conçu et exprimé, qu’aucun effet ne saurait exister sans la cause qui le produit.» — Plérôme.
[mythe] «La convoitise consiste à dérober l’héritage de son prochain et le patrimoine de son voisin est un vice létal qui remonte à des temps immémoriaux: c’est le principe que révèle le mythe de Caïn et d’Abel qui raconte le second événement significatif dans la vie de l’humanité, le premier étant l’expulsion de leurs parents, Adam et Ève, hors du Paradis qu’était pour eux alors la terre.» — Plérôme.
[perfection] «L’imperfection est l’état fondamental de toute situation, de toute position et de toute occasion, puisqu’elle serait susceptible de recevoir une amélioration, en regard de l’idéal le plus élevé que l’on peut entrevoir pour elles et des moyens susceptibles d’être employés, afin de permettre à l’agent moral de l’atteindre. § La corruption, c’est l’action qu’entreprend celui-ci ou la situation qu’il maintient, sciemment eat consciemment, par désir d’inertie, suite à un conditionnement acquis, ou en poursuivant un intérêt exclusif, alors qu’il sait (ou qu’il serait censé savoir), non seulement que leur contribution à la vie de l’ensemble serait moins qu’optimale, mais aussi qu’elle la compromettrait et qu’elle en diminuerait la qualité.» — Plérôme.
[philosophie] «La philosophie n’est pas uniquement une élucidation de ce qui est, étant manifeste, et de ce qui sera, en raison de la possibilité d’être ce qui n’est pas encore réalisé, mais elle en est aussi une justification, dans l’appréhension que fait l’esprit de l’histoire, de l’origine, de la finalité et de la raison d’être de l’être: le défi, c’est de réconcilier, dans l’action créatrice effective, ce qui de ces états représente une possibilité légitime et adéquate susceptible de produire matériellement une issue désirable, en raison de la bonté qu’elle représente pour la conscience créatrice.» — Plérôme.
[philosophie] «La philosophie consiste en la tentative et en l’effort de percevoir, d’expliquer et d’approfondir l’essence du beau, du vrai et du bien, tels qu’ils se manifestent dans la nature, d’en dégager les fondements, d’en comprendre les origines et d’en apercevoir les finalités. § Ainsi pose-t-elle que ces trois catégories théoriques, qui sont en même temps des valeurs transcendantes, en vertu d’interpeller les facultés intellectuelles de l’homme et d’orienter prioritairement la quête métaphysique et épistémologique qu’elles s’engagent à poursuivre, sont les plus essentielles et les plus dignes à constituer le champ de l’étude qu’accomplit l’esprit, comme il porte à s’intéresser à élucider la nature de cette substance qui non seulement rend possible cette activité heuristique, mais qui en même temps la suscite, comme elle engendre le désir de s’intéresser à sa propre réalité intérieure et subjective, par un acte de réflexion introspective. § La nature et l’esprit, voilà donc quels sont les deux pôles et les deux objets de la philosophie, lesquels ont pour fin la sagesse de la pensée, de la parole et de l’action, celle-ci n’étant nulle autre chose que l’excellence démontrée à conjuguer le beau, le vrai et le bien qui se réalisent effectivement et s’accomplissent pleinement à l’intérieur de la réalité.» — Plérôme.
[philosophie] «Si la philosophie, comme nous le révèle une étymologie de son nom, apprécie la sagesse et désire en élucider les principes comme en prévoir les manifestations et admirer ceux qui vivent selon ses enseignements élevés, ce sont véritablement ceux-ci qui, en illustrant une action digne de louange et d’une émulation positive et créative, donnent tout son sens à la quête intellectuelle des philosophes.» — Plérôme.
[philosophie] «Le malheur de la philosophie matérialiste contemporaine, c’est d’avoir réduit la considération métaphysique de l’être au regard qu’elle porte sur les choses et de voir exclusivement en celles-ci les conditions de son existence, plutôt que fonder la vie sur la plénitude de l’être qui en informe tous les aspects, y compris ceux de sa matérialité.» — Plérôme.
[philosophie] «La lutte est un thème de la philosophie politique qui est implicite à la compréhension de la relation de l’homme avec l’environnement que lui présente la nature, ou avec son entourage, c’est-à-dire le milieu vivant et culturel avec lequel il interagit et que constituent pour lui ses semblables, à des degrés différents et en vertu des qualités qui leur sont propres, un rapport qui peut prendre une variété d’aspects: la lutte de l’individu en vue de sa conservation et de sa perpétuation, ainsi que celles de ses proches; la lutte des regroupements qui naissent à l’intérieur de la société afin de favoriser la promotion des intérêts et des ambitions de leurs adhérents ou l’avancement des idées de leurs affidés; la lutte des unités nationales, fondées sur les idées de l’identité, de l’ethnie ou du territoire — l’une n’excluant pas l’autre, lorsqu’il existe une superposition et une coïncidence dans la dénotation de ces concepts —, en vue d’assurer soit la survivance es populations impliquées, soit l’exerce par elles d’une influence ou d’une prépondérance salutaires, soit de l’imposition forcée d’une hégémonie plus ou moins générale et profonde; mais quelles que soient les notions évoquées, elles évoquent toutes une conception où la dissonance entre les parties en présence prévaut sur l’harmonie afin de constituer un empêchement à l’expression de la vitalité organique qui caractérise tel individu ou tel groupe et dont la préservation est essentielle à leur continuation, à leur conservation, à leur développement et à sa propagation.» — Plérôme.
[philosophie] «Si la philosophie ne s’accorde pas pour mission de porter bien haut le flambeau de la vérité et d’éclairer le monde de sa lumière éternelle et inextinguible, inépuisable et rayonnante d’une splendeur brillante, afin de favoriser l’accession des âmes et des esprits à la plénitude de la vie et empêcher qu’elle ne sombre sur les écueils qui risqueraient d’en étouffer les ardeurs, alors que cette discipline et cette pratique se voue à n’être plus que le moyen intellectuel qui serve à élever le mensonge en système et à ériger l’illusion en reine des esprits.» — Plérôme.
[politique] «Pour qu’elle s’affirme et qu’elle prévale, toute idéologie devient, voire à son insu et de manière contingente, un facteur d’opposition, d’exclusion et de réprobation pour les idéologies différentes et contraires, une conséquence qui est proportionnelle, dans sa manifestation, à la nature et au degré de l’opposition et de la contrariété suscitées et maintenues par les convictions qui fondent la persistance et la durée des idéologies en présence les unes des autres.» — Plérôme.
[politique] «Sous la forme la plus radicale et la plus extrême qu’il peut prendre, le nationalisme (ainsi que son proche parent l’ethnocentrisme) consiste en la réduction de l’expérience universelle possible, susceptible d’être accomplie par l’ensemble du genre humain et des cultures qui le composent, à la forme typique que prend l’expérience collective, dans l’idéalisation que la conscience effectue, implicitement ou manifestement, de la représentation que possède une société particulière ou une culture spécifique de l’idée de la possibilité de son actualisation optimale et qu’elle en vient à considérer comme devant prévaloir.» — Plérôme.
[politique] «Il est inévitable que la séparation radicale de l’Église et de l’État, tel que le conçoit un laïcisme intégral, conduise à la substitution de la volonté humaine à la volonté divine et produise une vision collective de la réalité qui soit entièrement déterminée par une perspective vitaliste, immanente à une conception naturaliste de la réalité que fondent les qualités de la ruse et de la force afin d’assurer l’ordonnancement de sa structure ainsi que la protection contre les éléments qui en compromettraient à la fois la conservation et la croissance. § Par ailleurs, afin d’éviter de sombrer dans un fatalisme funeste, qui condamne à subir les pressions sociales et environnementales, sans espoir de pouvoir influer en quelque manière sur elles et de les améliorer ou autrement de les transformer, la découverte de l’idéal de vivre une situation optimale, qui procède de la conscience de l’efficace d’une action bien menée et où règnent l’harmonie et la paix à l’intérieur de l’ensemble — un projet qui comporte pour la société une visée qui est par définition politique —, portera à s’interroger sur les valeurs morales qui inspireront cet état et les actions correspondantes qui l’apporteront effectivement: peut-on alors renier les solutions qui, par le passé, ont fourni ces éléments existentiels et spirituels intangibles et qui étaient auparavant intimement associées, comme étant des fins optimales, hautement désirables, à une conviction religieuse dont l’État désire maintenant se dissocier, en poursuivant sa recherche d’une autonomie et d’une raison d’être en soi ? Et si la solution trouvée auparavant était indépassable, étant universelle dans la possibilité de son essence et éternelle dans sa finalité, comment alors l’État laïciste pourrait-il songer l’ignorer, sans prétendre en même temps s’engager sur la voie d’une imperfection inéluctable et d’une décadence assurée, dont l’échéance s’avérera néanmoins certaine, si elle se produit à long terme ?» — Plérôme.
[politique] «Le nationalisme de la survivance partage trop souvent les défauts de tous les nationalismes en général, qui consiste à nier l’universel qui est au fondement des cultures particulières, pour se centrer uniquement sur la particularité de sa propre culture et vouloir la vivre exclusivement, en se fermant trop souvent à la richesse et à la valeur des autres réalités culturelles; par ailleurs, il est souvent la conséquence et la résultat, pour cette culture, d’avoir été acculée, par les contingences de l’histoire et de la géographie, à une position défensive où cette fermeture sur elle-même lui était commandée par la volonté d’une affirmation nationale, issue des dispositions d’une culture étrangère à s’imposer à elle, par la substitution de valeurs sociales et culturelles qui lui sont propres à celles qui émanent de sa propre tradition, avec pour conséquence d’en miner éventuellement les fondements et la destiner à l’oubli et à l’effacement: ainsi, seule une revigoration de ses propres assises culturelles, susceptibles de lui redonner une vitalité et un ascendant, pourra alors s’avérer salutaire pour elle, avec la possibilité de pouvoir dorénavant se soustraire à l’isolement qui le guette, s’ouvrir au monde et, tout en préservant son originalité et sa richesse spirituelle, puiser à nouveau à la source absolue et unique de la pensée universelle afin de se renouveler.» — Plérôme.
[politique] «Lorsqu’une puissance ne sait se maintenir, en raison de témoigner d’une excellence dans l’illustration d’une perfection objective, c’est-à-dire d’une perfection dont la source et le fondement résident dans un être réel qui est extérieur à soi-même — un modèle vivant qui exprime la volonté d’un Être Suprême, selon qu’elle est connaissable à l’intelligence humaine et que celui-ci se laisse apercevoir par elle —, il doit fonder sa propre conservation et sa propre préservation sur le désir qu’il éprouve de se maintenir, sans égard pour la justification réelle et profonde, susceptible d’être apportée par la raison afin d’étayer sa prétention. § D’où le risque certainement couru de soumettre une excellence supérieure, en vertu d’entretenir et de cultiver un rapport plus adéquat à la Divinité, celle qui émane de sa puissance propre, au nom de la volonté particulière qui la caractérise, que seule le recours à l’exercice d’une une prépondérance arbitraire, que rendent effective la ruse et/ou la force, parvient à imposer et dont l’imperfection devient évidente lorsqu’elle se compare à une qualité superlative réelle, à l’entourage qu’elle assujettit à ses désirs et aux œuvres qu’elle est apte à générer.» — Plérôme.
[politique] «La Genèse nous enseigne que, lorsque Dieu créa l’homme (et la femme), Il le fit à son image et à sa ressemblance; mais l’histoire morale de l’humanité nous révèle que ceux-ci, non contents de s’être ainsi laissé devancer, et désireux dans leur orgueil de pouvoir Lui en montrer, décidèrent alors de façonner Dieu à sa propre image.» — Plérôme.
[politique] «Toute élévation arbitraire et erronée d’une notion particulière, si générale fût-elle, au statut de concept universel; et tout projet, comme toute intention, d’en imposer les principes et les fins à l’ensemble des consciences, sans possibilité de réaliser un examen judicieux et approfondi, constituent les fondements idéologiques, les raisons, à la fois du totalitarisme, en ce qui concerne la matière de sa position dogmatique, et de l’autoritarisme, en ce qui a trait à la forme que prend son application politique, normative et publique, à la société.» — Plérôme.
[politique] «Puisque l’être humain ne saurait vivre en société, sans une autorité qui informe l’ensemble et lui exprime une voie à suivre, alors il en résulte qu’il ne détruira ultérieurement l’autorité qui prévaut actuellement, le cas échéant, que pour s’en donner une autre, ou s’en voir imposer une par une puissance étrangère qui profiterait de la situation de désorganisation qui s’en serait suivie.» — Plérôme.
[politique] «La stabilité sociale est un idéal politique estimable — peut-être même en constitue-t-elle la plus haute illustration —, mais seulement si elle alloue pour la réalisation de la perfectibilité de la société par laquelle celle-ci tend constamment vers la forme la plus élevée, c’est-à-dire la plus juste, qu’elle est susceptible d’incarner, et qu’elle se montre disposée à l’accomplir, par la direction qu’elle se donne et l’action positive qu’elle entraîne chez ses membres.» — Plérôme.
[politique] «Le problème utilitariste, qui pose la question de la désirabilité relative de porter secours à une personne ou à un groupe de plusieurs, en présence d’un danger imminent pour eux et qui place les décideurs devant le choix moral, d’agir ou de s’abstenir d’agir en leur faveur, voire même d’agir en leur défaveur — comme c’est le cas pour le Caïphisme politique), peut recevoir une extension plus grande: celui, peut-être plus important et essentiel encore, qui consisterait à savoir s’il est justifiable (et par conséquent légitime) de sacrifier la vie ou l’état d’un seul individu, ou de plusieurs individus, de manière à profiter à l’ensemble social dont ils font partie ? § La question se poserait-elle autrement si les décideurs savent que la valeur et la qualité de cet individu sont remarquables et inimitables et priveraient par conséquent cet ensemble des bienfaits susceptibles de résulter autrement pour lui, si cet individu venait à disparaître ou à cesser d’exister ?» — Plérôme.
[politique] «C’est une véritable tragédie politique lorsqu’un État, ou une partie de ses intégrales, doive s’incarner, afin de se préserver, en cela même dont elle se défend, parce qu’il en vient à représenter alors la forme morale la plus perverse, et pour cela la plus abjecte, que puisse se figurer un être moral, conscient accompli, ou engagé sur la voie réelle d’un accomplissement effectif: et pourtant, c’est la solution et la direction que à se propose une conception caïphiste de l’action politique, lorsqu’elle fait reposer le salut de l’ensemble sur le sacrifice de la personne pure et innocente, ce qui explique peut-être pourquoi, avant de procéder à cette pratique honteuse, l’agent qui l’accomplit doive avant tout chercher à l’avilir et à la salir, de manière à pouvoir justifier son acte et à masquer son maléfice réel, sinon moralement, du moins apparemment dans l’opinion générale.» — Plérôme.
[politique] «L’oreiller: le terrain des rêves les plus grandioses comme des projets les plus vils; des ententes les plus harmonieuses et les plus salutaires comme des complicités les plus nocives et les plus abjectes; des influences les plus bienfaisantes comme des représentations les plus perfides; des aveux les plus tendres comme des trahisons les plus odieuses: serait-ce donc une exagération outrancière d’affirmer que le sort de l’humanité s’est parfois joué et décidé sur cette humble pièce du mobilier ménager ?» — Plérôme.
[psychosexualité] «S’il est possible, voire éprouvant, pour la femme de rivaliser avec l’homme, sans pour cela se dénaturer, sur le terrain historique où il s’est illustré par excellence — une assertion qui mériterait certes que la réflexion apporte un regard critique —, rien n’est moins certain que l’affirmation du contraire fût vraie: même qu’une appréciation adéquate des natures respectives de l’homme et de la femme porterait à conclure que l’émulation par l’homme, des aptitudes et des qualités qui définissent tout particulièrement la nature féminine, sans cultiver les qualités viriles qu’il revient à l’homme de développer, mènerait éventuellement à la dénaturation de ce qui constitue en propre la nature masculine.» — Plérôme.
[raison] «Exercer le pouvoir de la raison et en exacerber les possibilités, c’est en pressentir et en découvrir la puissance certes, mais non en appréhender la nature, ni en apercevoir soit la cause, soit même la finalité. § Et prétendre qu’elle trouve sa finalité dans l’acte de son exercice propre, c’est nier à l’esprit à la fois la possibilité d’agir librement sur la nature et d’opérer cette action délibérément afin de réaliser cette éventualité, c’est-à-dire en choisissant spontanément, parmi la multitude d’options qui s’offrent à l’imagination, celui qu’il est dans son meilleur intérêt d’actualiser et plus généralement d’accomplir le plus grand bien. § Comme affirmer que la raison trouve sa cause en elle-même, c’est en même temps nier ou encore ignorer que son émergence dans l’ordre du vivant a été le produit d’un acte ou d’une série d’actes créateurs, libres et spontanés, et qu’elle fût, bien avant cela, l’objet d’une exploration et d’une découverte qui, si elles surviennent dans l’intériorité individuelle, ne sont pas moins les résultats, les produits d’un surgissement indépendant de la volonté qui, par la suite, a trouvé à orienter son action. § Or cette apparition, qu’elle accompagne le moment où naquit la vie en l’être vivant, et en constitua le champ de la conscience, ou qu’elle soit subséquente à cet instant, avec la détermination de la pensée qui s’ensuivit, ne saurait être entièrement immanente à l’être, puisque celui-ci même ne saurait revendiquer être la propre cause de l’essence et de l’existence de son être. § Ainsi, lorsqu’elle entreprend d’expliquer à elle-même quelle fut la nature de son origine et celle de la substance avec laquelle elle parvient à s’exprimer et à s’illustrer dans le monde, la raison doit s’en déférer à une cause qui est exogène à elle-même, une cause dont la puissance est telle qu’elle est le principe et la cause de sa venue à l’être.» — Plérôme.
[reconnaissance] «Point n’est besoin de faire l’effort de nier un concitoyen, lorsque l’on s’est résolu au départ à ne lui reconnaître aucune qualité ... et surtout pas celles qu’il reviendrait à un observateur sympathique et impartial de lui attribuer légitimement.» — Plérôme.
[sagesse] «Même si parfois, la conscience honnête et sincère puisse se détourner d’elle, en cédant à certaines distractions qui l’égarent, la sagesse est une voie qu’elle ne saurait réellement quitter, une fois qu’elle se trouve engagée sur le parcours qui l’interpelle et l’affermit.» — Plérôme.
[sagesse] «Un mot de sagesse porte en soi plus de virtualité effective, en raison de la vérité sublime qu’il renferme et de la transcendance absolue qui le caractérise qui en autorisent, en raison de son universalité, l’application à une variété de conjonctures et de situations multiples et diverses, que mille injonctions visant à gouverner les éventualités concrètes d’une condition particulière.» — Plérôme.
[sentiment] «La nostalgie, qui représente à la fois une souffrance vague, ressentie devant le sentiment du vide que représentent une circonstance, une situation ou une occasion, présentes ou révolues, en même temps que le désir, mêlé d’espoir, que se reproduisent à nouveau les conditions qui les ont produites, en même temps que les sentiments positifs qui leur furent associés, peut également se vivre pour les possibilités entrevues, mais non réalisées, ainsi que pour des projets dont on a du interrompre l’accomplissement, tous des réalisations incomplètes qui, au moment précis où le désir de leur naissance et l’espérance qu’elles aboutissent est survenue à la conscience, les ayant conçues ou constatant simplement leur présence, sont apparues comme étant des anticipations dont l’aboutissement fut estimé hautement probable et éminemment désirable.» — Plérôme.
[sentiment] «Le plaisir physiologique des sens compense souvent le manque de celui qui, étant plutôt spirituel, tout en comportant une contrepartie physiologique observable ainsi que sensible, procède du sentiment qu’il existe une adéquation entre l’idée de soi et l’idéal social, ainsi que l’idéal moral, une concordance qui convient à la nature humaine de chaque individu.» — Plérôme.
[société] «L’épidémie des drogues, utilisées à tous les escients, qu’elles soient médicalement prescrites ou qu’elles fassent l’objet d’une distribution illicite, est symptomatique d’une société qui est devenue indifférente au sort de ses membres particuliers — dont les démunis représentent l’aspect le plus éloquent et pathétique —, peut-être en raison de son impuissance à réconcilier toutes les contradictions qui fourmillent en son sein, sans tenir rien d’extérieur à soi pour être soit primordial, soit sacré, et qui souffre de ne pas être suffisamment ouverte sur la réalité d’autrui, ni sensible à l’être véritable et profond qui la fonde et qui la constitue.» — Plérôme.
[société] «L’indifférentisme social — qui ne sait se prononcer sur la nature et la valeur d’un idéal de bonté, de vérité et de beauté, ni départager, en faveur de la plénitude de celui qui serait le plus élevé, les différentes formes que le penseur sérieux en énonce, pour soi et pour ses semblables, et présente à la conscience informée l’ensemble comme étant la forme la plus désirable à réaliser — mène, hélas !, au nivellement des états existentiels, à l’indifférenciation des qualités individuelles, à l’équivalence des essences et à l’aplanissement de la distinction qui rend louable et admirable l’excellence des membres de la société qui le manifestent avec paradoxalement, pour se refuser à reconnaître l’existence d’un tel nihilisme ou éconduire ses semblables quant à celle-ci, une exagération de l’emphase que l’on porte sur les signes extérieurs afin de maintenir l’illusion d’une perfection qui néanmoins, malgré l’effort apporté afin de l’entraver, trouve progressivement à s’établir, par une action mystérieuse, et à alimenter avec constance l’idéal des consciences assoiffées de l’idée d’un état existentiel et social pleinement achevé.» — Plérôme.
[sport] «Le tireur sportif vise là où il doit, en direction de la cible, conformément aux règles qui sont énoncées par la culture et qui encadrent formellement son activité; le chasseur, là où il faut, en direction d’une proie, en obéissant aux nécessités qui gouvernent sa situation et qui constituent la raison d’être de son action: la première activité développe l’adresse pure du sportif; la seconde son expertise pratique, dans un milieu fluctuant et changeant, ainsi que la ruse à la faire valoir, par le succès des mesures concrètes qu’elle procurera au chasseur.» — Plérôme.
[théologie] «L’Incarnation, au sens absolu et théologique du terme, représente la réalisation de finalités divines ultimes par des moyens strictement humains, afin de rendre possible, avec la grâce de Dieu, la participation des hommes qui acquiescent à leur accomplissement et qui s’engagent résolument et sincèrement à œuvrer en ce sens, en adoptant les actions et les conduites appropriées à cette fin.» — Plérôme.
[Une longueur approximative de trois pages de texte, qu’autrement l’on aurait trouvées à cet endroit, a été subtilisée À distance de l’ordinateur qui a servi à le composer et à le préserver lors d’une entrée non-autorisée, via l’internet, dudit ordinateur par une tierce partie, le lundi 25 août 2014, vers 11:00, alors que son auteur le consignait au site Blogger de Google.]
[valeur] «Il apparaît clairement qu’une dichotomie artificielle sépare l’expérience qui valorise personnellement et celle qui est valorisée socialement: car au nom de quoi l’expérience qui élève et réalise l’individu serait-elle réprouvable pour l’ensemble social, ou, à un degré moindre, indifférente à son existence; et en raison de quoi la situation ambiante ou la conjoncture actuelle seraient-elles condamnables par l’individu ou tenues en moins haute considération par lui, dans ce qu’elles comportent de plus estimable, lorsqu’elles contribuent à la raison d’être, à la progression et à la perpétuation de la société ? et pourtant, n’observe-t-on pas des situations, peut-être plus nombreuses qu’on le croirait, où l’on érige une paroi étanche entre l’activité qui est accomplie au plan de la société et celle qui s’effectue à un niveau individuel, de sorte que en s’adonnant à l’une, elle est réputée ne comporter aucune conséquence pour l’autre, lorsqu’il s’agit d’apprécier sa valeur ou de reconnaître en elle une qualité idéniable qu’il importerait de faire valoir.» — Plérôme.
[vérité] «Toute vérité n’est pas bonne à dire, pour reprendre un adage familier: mais pour qui la vérité devient-elle un objet d’horreur et au nom de quels principes nie-t-on systématiquement ce qui est éminemment vrai ?» — Plérôme.
[vérité] «Plus la culture se fonde sur des principes métaphysiques profonds et compréhensifs, plus la vérité qu’elle défend est élevée et sublime, mais plus aussi l’illusion que l’on possède de comprendre ses mystères risque d’être générale et complète, plus les choix qui en résultent peuvent s’avérer être erronés et plus les actions qui en procèdent sont susceptibles d’être regrettables.» — Plérôme.
[vérité] «La force de la vérité se découvre moins dans la puissance de persuader et de convaincre que dans la capacité de manifester et de réaliser la plénitude de sa présence, grâce à l’intelligence de sa pensée, la bienséance de la conduite et la bienfaisance des actions de la personne.» — Plérôme.
[vérité] «L’intelligence appréhende, définit et comprend la nature de la vérité, mais c’est la sagesse qui la réalise, c’est l’histoire qui la manifeste et c’est la raison qui en illustre et en procure l’évidence.» — Plérôme.
[vérité] «C’est une philosophie incomplète qui offre la promesse d’entrevoir la vérité, mais qui interdit de la contempler de trop près ou de l’appréhender trop bien, et surtout de communiquer la signification pleine et entière de sa matière sublime à ceux qui seraient curieux d’entendre le propos qui l’interprète: telle semble bien être la conclusion que l’on doive tirer de l’allégorie de la caverne de Platon (ou est-elle de Socrate ?) alors que s’exposerait au ridicule, à l’injure et à l’insulte le prisonnier qui, s’étant évadé de la caverne et ayant contemplé le monde de la réalité qui est extérieur à celle-ci et qui, après être revenu, s’évertuerait de témoigner de celle-ci auprès de ses compagnons dans le malheur.» — Plérôme.
[vérité] «Il n’existe pas pire injure à la vérité que le refus d’entendre l’expressions que l’esprit puisse en faire, comme il n’existe pas pire torture que l’on puisse lui infliger que d’en retrancher, d’en déformer et d’en altérer les contenus: car pour autant que cette idée-valeur en signifie la conscience transcendante et par conséquent la vitalité de son essence, ces actions équivalent à rien de moins que lui dénier le droit d’exister ou pratiquement de lui accorder le droit à une existence qui conviendra à la vue restreinte et éventuellement intéressée que l’on puisse subjectivement en posséder, plutôt que d’autoriser à la réalisation parfaite, pleine et entière, d’un état qui en soit le reflet, en même temps qu’il encourage chacun à se réaliser intégralement et complètement, en raison de l’ombrage que son existence occasionne pour l’esprit trompeur.» — Plérôme.
[vérité] «N’est-ce pas l’indice d’une mauvaise volonté que d’exiger la preuve d’une vérité que l’on sait déjà, pour en avoir éprouvé la valeur et la pertinence dans son expérience immédiate, et dont on en possède, pour cette raison, la conviction intime de sa véracité.» — Plérôme.
[vertu] «Se distinguer sans posséder de distinction véritable — en feignant, ou en usurpant par la ruse, une distinction qu’il ne revient pas au sujet moral de revendiquer — est une action qui représente aussi une forme de distinction, mais hélas ! c’est une distinction seulement apparente, c’est-à-dire sans authenticité ni profondeur, qui est revendiquée par celle-ci.» — Plérôme.
[vice] «Quel degré de corruption le jugement peut-il admettre qu’une chose puisse avoir atteint avant qu’il ne décide que son intégrité est irrémédiablement touchée et irrévocablement compromise ?» — Plérôme.
[vie] «Lorsque le thème d’une vie se ramène uniquement et exclusivement à la réalité et aux mobiles de sa propre personne, de manière à ce que la personne d’autrui ne représente plus que la présence d’un simple figurant, il devient difficile de réconcilier cette attitude avec la reconnaissance qu’une situation sociale implique l’expression de natures libres et distinctes, dont la qualité et la valeur sont estimables, non pas uniquement en relation avec des considérations subjectives, mais aussi en fonction d’une appréciation objective qui se rapporte autant à l’idéal moral que chacun est apte à réaliser qu’à la particularité individuelle et naturelle qui la caractérise, grâce à laquelle il puisse, avec le concours de ses semblables, une valeur convenable et satisfaisante à l’intérieur de la culture.» — Plérôme.
[violence] «En amenuisant la violence que fait la culture de l’homme à la nature, l’on réduirait éventuellement celle que la nature se fait à elle-même, laquelle trouve son point culminant avec celle que l’homme exerce sur l’homme, en vertu de la brutalité des lois biologiques qui sont inhérentes à l’écologie sauvage des êtres vivants et auxquelles il n’a pas encore réussi à mettre un frein.» — Plérôme.
lundi 31 mars 2014
Euthúmèma XII (réflexions) — Révision du 13 décembre 2021
[Depuis le 31 mars 2014, avec mises à jour périodiques. — Since March 31st 2014, with periodical updates.]
[amitié]«L’amitié sincère et véritable, que caractérisent le désintéressement et le dévouement mutuels en vue du plus grand bien de l’ami, est le seul gage réel d’une société harmonieuse et civilisée, mais hélas !, elle est souvent la dernière valeur qui est défendue à l’intérieur d’une civilisation où priment celles de la concurrence acerbe et de la défense jalouse de l’intérêt propre en raison de favoriser le plus grand avantage qui soit susceptible d’être récolté pour soi, en poursuivant avec résolution cette avenue.» — Plérôme.
[amitié]«Tels sont ceux qui vantent les mérites de l’amitié et qui se montrent toujours prêts à récolter les bénéfices qui en sont issus, lorsqu’ils deviennent les sujets privilégiés de son expression, sans qu’ils ne soient pourtant disposés à verser eux-mêmes le prix de son illustration et d’en témoigner ouvertement, avec l’éloquence de l’action, la sincérité du mobile, la conviction du mérite et la constance devant les obstacles qui pourraient empêcher sa réalisation.» — Plérôme.
[amour]«La souffrance éprouvée dans l’amour n’est pas la manifestation d’une condition qui est normale à l’expérience que la conscience en fait, comme trop souvent le sujet moral est porté à le conclure, lorsqu’il éprouve le malheur en amour, mais plutôt un état qui se surajoute à son sentiment et qui signifie l’interruption conséquente de la possibilité de le vivre pleinement et profondément, dans la mutualité sincère et réelle de son expression, soit qu’il en aille d’un empêchement extérieur prédominant, contrevenant à son effet vivifiant et enthousiasmant, soit qu’il résulte de la distraction de l’un des amants, attiré vers d’autres horizons apparemment plus gratifiants, ce qui aura pour effet de nier, arbitrairement et de façon inattendue, à la fois la mutualité et l’expectative qui sont entretenues à son égard.» — Plérôme.
[amour]«Le nouveau-né est certes porteur de possibilités nouvelles et d’espérances renouvelées en un avenir meilleur, pourvu que la génération qui le fait naître puisse en réaliser les promesses, telle qu’elle les imaginons et qu’elle travaille à leur accorder une configuration effective; mais il devient surtout le gage de cet avenir, en autant qu’il consentira, étant arrivé à un stade de maturité suffisant, à affirmer et à perpétuer les valeurs élevées et vraies qui ont inspiré toutes les générations antérieures, en continuant et en perfectionnant leurs virtualités — lesquelles valeurs, dont il actualise les formes et les apporte au point culminant de leur perfection, lui ont donné la vie et le préservent dans son intégralité —; ce faisant, il se rappellera qu’une société se constitue à partir de personnes qui connaissent des parcours existentiels semblables, lorsqu’ils participent activement à la culture générale de la société qui est la leur, et que c’est seulement en reconnaissant la dignité et l’essence propres à ses semblables que chacun est susceptible d’être reconnu soi-même, dans ce qui constitue la valeur propre de son individualité spécifique, et que seul l’amour peut être un mobile suffisant à réaliser un tel projet d’envergure, puisqu’il est l’assurance pour tous de la réalisation de chacun.» — Plérôme.
[amour]«Lorsque l’amour devient le seul critère de la qualité et de la valeur de l’action, comme le laisse entendre l’adage «Aime et fais ce que veux», attribué à saint Augustin, — car la personne morale saurait-elle, en aimant sincèrement et réellement, porter sciemment préjudice à l’objet de son amour ? — celle-ci doit néanmoins se rappeler qu’elle peut toujours se trouver en présence de ceux pour qui l’amour n’est pas l’unique idée-valeur, ou encore la plus importante de celles-ci, alors que son désir personnel et son effort individuel, dont l’effet est d’augmenter une inégalité morale, visent constamment à toujours réaliser la plénitude de l’amour, un état qui crée un écart entre les investissements émotionnels qui, lorsqu’il persiste, peut produire l’exinanition chez le sujet moral ainsi éprouvé.» — Plérôme.
[amour]«Sans pour autant chercher à imposer de limite à l’amour, comme à la compréhension idéelle et réelle que la conscience peut éprouver afin de toucher la réalité et à la vérité de ce sentiment, la première anarchie est celle qui le détruit actuellement, c’est-à-dire celle qui s’interpose consciemment et sciemment, de manière arbitraire et péremptoire, entre l’amour ordonné par une Providence omnisciente et clairvoyante et la possibilité qu’en fassent l’expérience, les personnes qui sont destinées à le vivre dans toute sa profondeur et son extension, ou qui encore le vivent effectivement et réellement l’une pour l’autre, dans l’intimité de leur sentiment et de leur entendement ainsi que dans l’extériorisation de leurs actions quotidiennes.» — Plérôme.
[amour]««Se sentir comblé», telle semblerait être l’expression la meilleure qui puisse rendre adéquatement l’état de plénitude d’un amour qui est parfaitement et réellement actualisé: et combien merveilleux serait cet état, lorsque les deux amants peuvent affirmer, en toute sincérité et en toute spontanéité, qu’ils éprouvent tous les deux, dans la mutualité du sentiment qui les anime, le comble de la joie et du bonheur qu’ils éprouvent, lorsqu’ils sont en présence l’un de l’autre.» — Plérôme.
[bien]«Hélas! l’expression «tuer le serpent dans l’œuf» veut aussi dire parfois, pour certains individus, empêcher le bien, dans le sens le plus élevé du terme, de se réaliser et ainsi de manifester la totalité de ses bienfaits, lorsque leur intérêt, immédiat ou futur, se trouve compromis par les fins qui sont servis par lui.» — Plérôme.
[communication]«Ceux à qui échappent les bienfaits de la communication véritable, significative, révélatrice et profonde, pourraient éventuellement raisonner ainsi, afin de justifier cet état des choses: lorsque les circonstances vont bien, il n’existe aucune nécessité ni aucune raison de communiquer, puisque leur âme est de toute façon rassérénée par la sécurité d’une situation positive et bienfaisante et transportée par le bonheur qui en résulte; lorsque celles-ci vont mal, il n’existe aucune issue à la communication, puisque la situation qui les préoccupe semble obéir aux déterminations imposées par ses propres impératifs et ses propres dynamiques, lesquels règlent inéluctablement le sort éprouvé; lorsque les circonstances empirent, ou qu’au contraire elles s’améliorent, aucune utilité n’est entrevue à la communication, puisque la tendance qui s’annonce semble obéir à un mouvement qui, s’il peut se fonder sur des actions qui sont associées et conjuguées en vue, tantôt de leur régression vers un état désordonné, tantôt de leur progression et de leur amélioration, semble néanmoins posséder des raisons et des finalités, imperméables à tout effort qui tenterait d’en infléchir ou autrement affecter le cours — c’est que la communication, comme la prière d’ailleurs, comportent un efficace qui, dans leur subtilité et leur finesse, doivent être éprouvées pour s’inscrire à l’intérieur de la subjectivité de l’expérience effective et consciente et elles nécessitent, de la part du sujet moral, la démonstration d’une patience pour qu’il en aperçoive la manifestation et la réalisation.» — Plérôme.
[communication]«Toute signification renvoie à une intentionnalité qui préside, tantôt à l’instauration de la chose signifiée — c’est-à-dire à ce qu’elle représente à l’esprit de l’agent qui en effectue l’instauration —; tantôt au désir que la conscience peut entretenir relativement à cette chose — en tant qu’elle comporte éventuellement une valeur existentielle pour le sujet en qui ce désir est suscité —; tantôt au pouvoir évocateur de cette chose — en tant qu’elle porte en elle la puissance de ramener à la conscience un souvenir oublié ou, par sa forme, d’éveiller un souvenir qui lui est semblable et auquel elle renvoie par analogie; et peut-être aussi, d’un point de vue compréhensif, à toutes ces trois choses en même temps, en raison de la complexité de l’expérience et de la capacité extraordinaire de la mémoire à retenir et à conserver en elle la représentation de toutes les expériences éprouvées.» — Plérôme.
[culture]«Le penseur pourrait éventuellement considérer qu’une culture est entrée dans une phase décadente lorsque la recherche du fait prend le pas sur la découverte de la vérité, lorsque l’accomplissement routinière de l’action moralement indifférente, mise au service du le cumul des biens et des valeurs matérielles, la situent au plan de l’amoralité et suppléent à la valorisation et à la poursuite du bien, et lorsque la production uniforme et sans distinction de l’objet utile se substitue à la création esthétique de l’œuvre unique, inspirante, édifiante et manifestement belle.» — Plérôme.
[culture]«Le défi des sociétés post-révolutionnaires occidentales, y comprises celles qui n’ont pas elles-mêmes succombé à des transformations politiques aussi radicales, tout en subissant leur influence et en adaptant leurs structures et leurs normes à leur avènement, c’est de parvenir à effectuer l’alliage harmonieux des valeurs traditionnelles sur lesquelles se fonde la culture qui les définit, ainsi que sa conservation et sa propagation au cours des prochains siècles, et des idées nouvelles qui sont susceptibles de la transformer, des idées que la mobilité accélérée des populations, rendue possible par la progression fulgurante des technologies de l’information, de la communication et des transports, exige et rend nécessaire, à la fois que la société les accrédite, ainsi que les agents de leur propagation, et qu’elle en reconnaissance la valeur profonde et éminente.» — Plérôme.
[destin]«Le sujet moral ne peut rien altérer au fait que les choses sont ce qu’elles sont, au moment précis où elles sont devenues telles qu’elles sont, qu’il ait ou non participé, le cas échéant et lorsque possible, à la réalisation la meilleure qui ait pu résulter de cette occasion, mais il peut toutefois s’interroger, tantôt sur le pourquoi de l’état de fait qu’il est en mesure de constater et des raisons qui ont amené à son actualisation, de manière à mieux comprendre s’il aurait pu se présenter autrement, afin éventuellement de contribuer à son amélioration, lorsqu’une possibilité existe en ce sens, et tantôt en vue de quelle fin il s’est manifesté, pour soit désirer participer à son achèvement, s’il exprime l’aspiration au bien qui se manifeste éventuellement par lui, soit au contraire refuser de lui accorder un appui moral et la coopération subséquente, nécessaire à son maintien, lorsque aucun bienfait ne semble pouvoir en être issu ou éventuellement procéder de lui.» — Plérôme.
[destin]«Le destin peut se concevoir comme étant l’actualisation du cours des choses, tantôt conformément à l’effort constant et soutenu, et tantôt en dépit de ce travail, suscité par l’individu et par l’ensemble social, en vue de réaliser au mieux ce qu’ils conçoivent comme étant le bien, dans sens le plus élevé du terme, et ainsi de se rapprocher de la perfection qui en signalerait la réalisation: car peut-on entrevoir une autre fin à l’action morale d’un individu ou d’une société que le bien qui puisse en résulter, pour celle-ci et les particuliers qui la composent, voire que la conception que la culture en formule fût plus ou moins complète ou profonde ?» — Plérôme.
[Dieu]«Dieu laisse tout à espérer, mais il confie à l’homme la découverte et la mise en œuvre de ces moyens (y compris ceux qui se fondent sur l’inaction) qui serviront (grâce à Lui, en raison de la possibilité que possède naturellement l’homme d’exercer sa liberté) à réaliser ce qui serait, pour lui, le meilleur bien possible qui puisse se concevoir ainsi que le devoir d’assumer la responsabilité des conséquences procédant des effets qui découleront éventuellement de cette action, tout en se réservant à Lui-même la possibilité d’intervenir personnellement afin de rectifier d’autorité le cours qui va à l’encontre de Sa volonté de bonté, de justice et d’amour sur la Création.» — Plérôme.
[droit]«La coutume originelle, par la principe de l’ordre et de l’harmonie qui en fonde et en inspire l’apparition, et dont l’expression se résout dans l’émanation naturelle et spontanée de la vie, est d’une sagesse infinie et indépassable: or, c’est en la découverte de ce principe, dont la nature et plus spécifiquement l’humanité ont manifestement dérogé, que consiste le droit, lorsque son effort consiste à apporter cet ordre et cette harmonie sur terre — une action qui, en réalité, n’en est que la restauration —, puisque la vie, ainsi que l’harmonie et l’équilibre qui sont au cœur de sa manifestation, sont antérieurs à toute incidence et toute intention qui auraient l’heur de la supprimer ou, autrement, d’en empêcher l’expression, une vérité que nous rappelle la nostalgie de la plénitude d’un bonheur, qui est perpétuellement recherché par la conscience humaine.» — Plérôme.
[duplicité]«La théorie politique affirme qu’il existe un crime dont l’accomplissement, lorsqu’il résulte en la mise en échec de la partie visée, assure l’impunité et, en même temps, la récompense de l’action de la partie victorieuse, à savoir la trahison: le penseur astucieux pourrait éventuellement proposer qu’il en existe un autre, cependant, qui consiste en l’accomplissement d’actes répréhensibles à l’intérieur d’un régime criminel, défini comme étant celui qui utilise, afin d’acquérir le pouvoir et d’en conserver l’exercice, des actions qui ne sanctionne ou cautionne aucune conception juridique du droit, universellement reconnue et attestée, voire même qu’elles la contrediraient et la nieraient; car la criminalité qui se manifeste alors exemplifie une délinquance qui se généralise à l’état politique et exprime les desseins illégitimes de l’ensemble politique qui bâtit son identité et sa réalité sur ses fondements, sans qu’elle ne cherche à se contester elle-même ni même à devenir légitime, en reconnaissant et en s’imputant à elle-même le vice qui caractérise son fonctionnement.» — Plérôme.
[économie]«Le cercle vicieux de l’inemploi: sans expérience, l’on ne peut espérer obtenir et exercer un emploi qui requiert une aptitude particulière et éprouvée afin de répondre avec compétence aux complexités de la tâche qu’il implique; mais sans emploi, l’on ne saurait acquérir l’expérience requise afin de décrocher un travail qui requiert cette expertise: seule la «bonne occasion» — celle qui mise avant tout sur le talent prometteur en lui offrant la possibilité de s’illustrer et de se développer — permet de rompre ce cercle, en inscrivant l’aspirant dans la voie du travail qui n’est pas seulement économique, mais comporte une valeur sociale indéniable, puisqu’il contribue d’une manière positive à l’accomplissement moral et culturel de la société, en plus d’apporter son enrichissement matériel et financier.» — Plérôme.
[économie]«Peut-être serait-il utile d’envisager l’économie privée, y inclus les incitatifs et les encouragements à l’accumulation des biens et des richesses qu’elle incline à faire, comme étant une finalité commune et généralisée que la société propose aux particuliers de réaliser, en l’absence et en dehors de la découverte d’un dessein particulier, concernant leur propre personne et leur propre situation dans le monde, que ceux-ci pourraient aspirer à accomplir: car cette perspective pourrait certes expliquer l’importance que de nombreux accordent à la fortune personnelle et l’importance qu’ils attribuent à son opulence et à son ostentation, en dehors de toute signification intrinsèque, susceptible d’être conférée à la personne et à sa présence dans le monde, et de la valeur qui est inhérente à son individualité et qui émane de son histoire particulière, des réalisations morales qu’elle a accomplies et des contributions qu’elle a apportées à la société et à l’humanité, lorsque celles-ci se situent dans un champ autre que celui de l’économique et du financier.» — Plérôme.
[égalité]«L’aboutissement ultime de l’égalitarisme radical, c’est l’abolition de toute différence essentielle à l’intérieur de la réalité sociale: cette action mène par conséquent à l’indifférentisme le plus complet, par lequel aucune distinction réelle n’existe entre les contraires transcendants — les idées-valeurs du bien et du mal, du beau et du laid, du vrai et du faux — et ultérieurement entre les énergies néguentropiques de la vie qui se déploie, en puisant à ces idées-valeurs afin de s’accorder un sens, et les forces entropiques de la mort qui se manifestent et qui ne sont nulle autre chose qu’un refus ou incapacité à se laisser effectivement motiver par elles.» — Plérôme.
[épistémologie]«En deçà de savoir réaliser une appréhension complète et intégrale de la vérité — est-il quelqu’un qui puisse honnêtement prétendre fournir un tel aperçu exhaustif et profond sur la réalité ? —, la théorie constitue une illusion, habilement tissées certes, qui se dresse en face d’autres illusions, toutes aussi adroitement composées, s’opposant à elles parfois, les confirmant ou les complétant d’autres fois, mais par quelques aspects seulement, sauf à sacrifier de son originalité caractéristique et de sa particularité individuelle: elle constitue ainsi une aperception adéquate et parfois inédite de la vérité qu’elle tente de définir, une perspective sur laquelle éventuellement édifier une conception globale qui contribue réellement à une compréhension adéquate du monde auquel appartient l’esprit incarné de l’Homme, mais qui se montre néanmoins insuffisante à fournir ce qui en serait une raison définitive, indépassable, puisqu’elle a épuisé le sujet de son exploration.» — Plérôme.
[épistémologie]«Il y a certes là l’évidence d’une incongruité, qui consiste à utiliser la forme que prend la vérité contre la vérité elle-même, lorsque l’intelligence rejette, au nom d’une vérité historique qu’elle estime être indémontrable — et cela souvent sans allouer pour les progrès de l’herméneutique mythologique et de l’heuristique archéologique —, la vérité métaphysique, psychologique et morale, à la fois élevée et profonde, que le récit des idées et les péripéties de leur déroulement, constitutifs d’une mythologie, sont susceptibles de lui enseigner, en vertu des intuitions qu’il lui permet de formuler et des conclusions auxquelles il lui permet de parvenir .» — Plérôme.
[épistémologie]«L’affirmation «tout a un sens» ne laisse pas entendre que la contradiction, comme la trivialité et l’absurdité, cessent d’exister, dans la pensée comme dans le discours, mais bien que tout se laisse ramener à une intention déterminante, initiale et originelle, qui effectue l’instauration d’une conjoncture et d’une situation spécifiques et que, ayant identifié quelle est leur nature respective, l’intelligence est mieux en mesure de reconnaître quels sont le dessein et la finalité imposés à l’évolution du cours qu’elles empruntent et la réalisation des fins que révèle leur résolution ultime; ainsi, plutôt que voir en la contradiction, la trivialité et l’absurdité des réfutations de l’existence possible d’un champ de significations sensées, susceptibles d’être explorées et analysées, pour être éventuellement reliées à un sens apical ultime, l’intelligence pourrait considérer ces états du discours et de l’expérience comme étant, en puissance, eux-mêmes révélateurs d’un sens, lorsqu’ils émanent d’une intelligence susceptible de produire et d’illustrer une intentionnalité, gouvernant la formation des instances qui portent la conscience à induire spontanément leur actualité dans l’expérience.» — Plérôme.
[épistémologie]«La question du rapport qui existe entre l’être de raison et celui de la chose réelle, ainsi que celle du passage de l’un vers l’autre, alors que l’être de raison est la représentation fidèle de la chose réelle, ou au contraire celle de leur indépendance éventuelle, alors que l’être de raison existe uniquement dans la conscience, sans contrepartie objective à l’intérieur de l’univers des choses réelles, est peut-être le problème de la civilisation et de l’existence humaine le plus fondamental et le plus significatif, puisqu’elle permet de distinguer, dans la pensée, ce qui relève d’une expérience uniquement subjective et, dans le souvenir, ce qui renvoie à une expérience susceptible d’être partagée, en tant que relevant d’un rapport objectif à la réalité.» — Plérôme.
[épistémologie]«Soit que la philosophie affirme la vérité qu’elle découvre, transmet et illustre, soit qu’elle la nie, la déforme, la trafique et la subvertisse: or, la forme à la fois la plus efficace et la plus insidieuse de cette seconde action, c’est prétendre que les principes et les thèses qui sont proposées à l’intelligence sont la représentation fidèle et complète de la vérité; comme la manière la plus adroite de manifester la sincérité, lorsque l’esprit effectue la présentation de la vérité supposée, c’est de créer et d’entretenir, pour soi comme pour autrui, l’illusion que le propos tenu est vrai, tout en soupçonnant qu’il est faux, lorsqu’il existe en l’interlocuteur un désir réel de franchise, ou peut-être même en le sachant tel, comme lorsqu’il s’agit d’ourdir et de répandre un mensonge sciemment planifié. § Mais, afin de trancher entre la vérité qui se sait et celle qui seulement prétend se savoir, l’intelligence doit pouvoir connaître quelle est effectivement la vérité, autant dans son contenu que dans la forme de sa présentation: ainsi apparaît-il que la connaissance de la vérité serait éventuellement l’activité et la discipline les plus essentielles de la philosophie, autant en ce qui concerne son aspiration à élever l’esprit de son praticien au niveau de la conscience, le plus élevé, le plus compréhensif et le plus profond qu’il lui soit possible d’atteindre, que dans le désir bien légitime qu’elle témoigne d’éviter de tomber dans les séductions de la fausseté, lesquelles accompagnent très souvent les conditions particulières, naturelles ou sociales, qui mettent en jeu la préservation de l’existence, comme le rappelle le dicton: «Toute vérité n’est pas bonne à dire» et qui pourrait facilement se transformer et devenir l’adage pragmatique: « Mentir tant que l’on veut, pourvu que ce soit utile».» — Plérôme.
[épistémologie]«Un dogme est positif, en raison de la vérité qu’il révèle, mais il se révèle négatif par celle qu’il néglige de considérer, qu’il occulte, trafique, altère, diminue, réduit, fige, isole de son contexte ou autrement défigure, lorsqu’il tente d’énoncer et de fonder une position épistémologique qui soit à la fois sûre, indéniable, incontournable et inattaquable.» — Plérôme.
[existence]«Mieux vaut sacrifier l’immédiateté du désir et l’instantanéité de sa réalisation aux impératifs d’une vie heureuse, saine et épanouie, que d’immoler ceux-ci sur l’autel des convoitises de l’existence.» — Plérôme.
[expérience]«Il est normal qu’un être humain ait la possibilité de se laisser duper: car n’est-il pas vrai — et vérifiable par tout amateur sérieux de la pêche —, que, la vie ayant débuté dans les océans, les phyla ultérieurs portent en eux, à des degrés plus ou moins prononcés, les dispositions d’une époque antérieure où les espèces étaient parvenues à un stade de la réalisation archaïque, en particulier celles qui appartiennent à la conscience sans discernement, possédant un attrait sans défiance pour la nouveauté, des penchants qui sont susceptibles, avec les risques importants qui naissent dans l’environnement et qui pourraient compromettre leur intégrité physique, de se transformer ultérieurement en des mécanismes biologiques et physiologiques de défense, et ainsi de donner lieu à de nouvelles variations et de nouvelles espèces, mais néanmoins tributaires d’un état de conscience primitif et peu évolué qui a ainsi procuré aux espèces des occasions d’émerveillement et la possibilité d’éprouver des expériences heureuses, positives et enrichissantes.» — Plérôme.
[expérience]«La situation peut sembler être réellement sans issue lorsque, étant toujours jeune et inexpérimenté, la perspective et la clairvoyance manquent qui permettent de compter sur ces facultés, afin d’assurer la rectitude et la sûreté du jugement et que, ayant acquises celles-ci, consécutivement à la variété et l’intensité de l’expérience, le particulier s’avère, d’un avis commun, trop avancé en âge pour qu’il puisse effectivement se voir accorder l’occasion de les faire profiter à l’avantage de l’ensemble de la société.» — Plérôme.
[femme]«La plus grande puissance de la femme réside en sa capacité d’éveiller les cœurs, d’en conquérir la loyauté et la dévotion et d’en commander le sentiment, au point que, en raison même de cet ascendant, elle parvient à infléchir les volontés les plus résolues, à les rallier à l’intimité de son désir le plus profond et le plus secret et, par ce moyen, d’assurer sur une vie, et sur toutes celles qui en dépendent, une influence déterminante, prédominante et imparable: la dimension morale de cette puissance consiste à en diriger l’utilisation selon les idées-valeurs transcendantes du bien, du vrai et du beau .» — Plérôme.
[foi]«Un contexte doctrinaire fournira au sentiment religieux une forme intellectuelle et pratique, mais la foi est la lumière qui confère aux œuvres une signification réelle alors que les œuvres sont le témoignage palpable et sensible de la vérité de cette foi, lorsqu’elles sont issues de la sincérité de l’intention et de l’intégrité morale de l’intelligence et, par leur actualité, elles deviennent l’évidence que la conscience en a adéquatement approprié et intériorisé les principes.» — Plérôme.
[histoire]«L’indifférence qui est éprouvée pour l’histoire, c’est aussi la nonchalance qui est ressentie devant la valeur, estimée à sa juste proportion, des actions et des conduites exercées par le passé en même temps que l’apathie à l’égard de la mémoire des acteurs sociaux et politiques qui ont précédé ceux qui peuplent les générations plus contemporaines, de l’héroïsme et de la sainteté avec laquelle ils ont pu rencontrer leurs devoirs, assumer leurs responsabilités et relever au quotidien les défis qui s’offraient à eux, et peut-être même aussi de l’injustice et de l’ignominie qu’ils auraient pu subir aux mains de leurs adversaires et de leurs contempteurs.» — Plérôme.
[humanité]«Cela semble révéler une contradiction remarquable lorsque, en niant la nature dans ce qu’elle a de plus accompli et d’essentiel, dans ce qu’elle a de plus original et d’inimitable par conséquent, l’humanité puisse néanmoins avoir recours aux ressources que lui offre celle-ci afin de combler les lacunes et les manques qui sont l’effet de cette dénégation, sans s’autoriser toutefois à remettre en question les raisons fondamentales qui sont à l’origine de ce refus, ni à s’interroger sur les complications de la situation, susceptibles d’en résulter, lesquelles se surajoutent aux complexités déjà importantes qui procèdent d’une volonté d’interpréter une réalité déjà abondamment complexe, exigeante et parfois éprouvante et de s’adapter à elle avec succès.» — Plérôme.
[humanité]«Il existe parfois, hélas !, une tendance en l’homme à voir une faute, là où il n’y en existe aucune, et à n’en voir aucune, là où elle se produit manifestement: d’où la nécessité pour le penseur d’acquérir la perspicacité de l’intelligence, afin de déterminer l’essence de la faute, et le discernement du jugement afin d’en distinguer effectivement la présence, en l’isolant de ce qui pourrait seulement lui ressembler.» — Plérôme.
[humanité]«L’humanité contemporaine semble être parvenue à un stade — le nommera-t-on celui de l’immanentisme intégral ? — où, de la conscience et de la contemplation lucides de l’histoire de sa vie, telle qu’elle peut dans le souvenir de son âme la reconstituer, à l’intérieur d’un schéma éternel et transcendant où, puisqu’elle vivait en harmonie avec son milieu naturel, elle avait tout à espérer de l’amour, puisqu’elle réalisait intégralement la bonté de inhérente de sa nature spirituelle et qu’elle était en communion constante avec la source, infinie et intemporelle, de l’excellence de sa disposition morale et de son énergie conative, elle est passée — que cela se fît progressivement ou se produisît subitement — à une culture de l’oubli en laquelle son attention spirituelle demeure fixée sur le moment présent, se dévouant à assurer prioritairement, pour elle-même et pour les siens, un avenir sécuritaire, confortable et prévisible, voire dans la régularité et la fadeur d’un univers privé d’imagination, puisque l’usage désordonné et exubérant de cette faculté risquerait d’entraîner une discontinuité dans la réalité, susceptible de perturber une tranquillité rassurante, que rien ne parvient à troubler, ni peut-être surtout conduire à des incidents qui, étant issus d’un passé, mal assumé ou incomplètement vécu, en ébranleraient les assises, une éventualité dont cette censure de l’esprit la défend.» — Plérôme.
[humanité]«Le penseur peut-il imaginer un acmé, dans l’histoire intellectuelle et réelle de l’humanité, un moment où la vérité la plus essentielle a été exprimée aux hommes et où la plus haute expression de la grandeur et de la noblesse humaines a été révélée à la conscience des hommes et illustrée par les conduites et les actions qui en ont découlé ? § Alors, tout ce qui a pu survenir avant, ou être survenu depuis, autant au plan des idées qu’à celui des actions, n’en sera au mieux, au plan phénoménal, qu’une approximation plus ou moins ressemblante et qualitativement estimable et fournira un contenu qui est complémentaire à un ou à plusieurs de ses aspects, et, au pire, il n’en serait qu’une dérogation plus ou moins regrettable et honteuse, lorsqu’elle se compare à ce point culminant et apical de l’histoire humaine, sauf si le penseur en ignore la production ou il tente de la faire oublier, en soulignant et en accréditant d’autres productions qui, si elles sont moindres, auront le mérite néanmoins de capter momentanément l’imagination et d’impressionner l’esprit, mais en le distrayant d’un produit ou d’un événement qui furent incommensurablement plus magnifiques et importants.» — Plérôme.
[idéal]«La plus grande tragédie de l’humanité passerait peut-être inaperçue, puisqu’elle trouverait sa définition dans la cause que tous estimeraient hautement louable et recommandable, en raison de la bonté ineffable et de la légitimité indiscutable de ses ambitions, mais que personne ne souhaiterait embrasser réellement, pour la soutenir indéniablement et la défendre effectivement, au prix des sacrifices que cet engagement exigerait, face à toutes les oppositions qui sont susceptibles d’en compromettre l’actualisation, lorsqu’elle naîtrait dans la conscience et qu’elle chercherait à se réaliser au bénéfice de tous et contre éventuellement les intérêts particuliers et contraires d’un petit nombre, ceux-ci étant cependant suffisamment bien articulés et organisés politiquement pour susciter une résistance efficace.» — Plérôme.
[idée]«Si une conception est fausse, que cela ne change rien, malgré tous les efforts dépensés à vouloir l’imprimer sur les consciences; si elle est vraie, cependant, que cela change tout, voire qu’elle doive prévaloir, malgré toutes les conceptions erronées qui concourent à l’infirmer et à se substituer à elles.» — Plérôme.
[ignorance]«La conscience judiciaire peut certes faire preuve d’indulgence et excuser celui qui commet une faute par ignorance; elle peut même l’excuser d’ignorer son ignorance, lorsqu’elle conclut qu’il n’a pas été exposé aux expériences qui sont susceptibles de l’éveiller à sa présence; mais comment pourrait-elle excuser celui qui, ayant pris conscience de son ignorance, n’entreprend nullement de la surmonter et de la combler, et en même temps de surseoir à l’action (ou à l’inaction) conséquente qui peut en procéder et affecter, soit son semblable, soit lui-même.» — Plérôme.
[intelligence]«L’intelligence du cœur pose problème à l’intellect rationnel en ce que, sans produire la délibération, elle choisit d’adopter les conduites qui sont au service de la vie, sans s’opposer à son mouvement: par conséquent, elle peut être dite l’expression d’un instinct qui est infailliblement vertueux et réellement immarcescible.» — Plérôme.
[justice]«À l’intérieur d’une mentalité collective, où prévaut l’expectative de la gratification spontanée comme étant une fin, non seulement réalisable, mais effectivement exigible, de ses semblables comme des autorités, l’illustration d’une patience angélique réelle devient le témoignage par excellence de la foi, non seulement en l’éternité qui se révèle gratuitement à l’humanité, mais aussi en la promesse d’une justice qui s’accomplit inexorablement, puisqu’elle trouve sa source dans l’univers surnaturel et transcendant de la Divinité, et des esprits qui communient à Sa volonté et à Ses actions, même si les moyens de sa réalisation restent indéfinis et les termes spatio-temporels de sa manifestation demeurent sans échéance précise.» — Plérôme.
[justice]«La valeur de la justice, son instauration, sa perfection, sa perpétuation, son renouvellement face aux circonstances changeantes, sa conservation et son application générale et équitable, doit être la première, sinon la seule valeur, qui anime une conception politique: elle doit constamment défier celle de l’intérêt, lorsque celui-ci ne craint point de faire valoir ses propres réclamations individuelles, fondée sur un désir qui est exclusif à soi, et qui s’exerce au détriment de la justice pour son semblable, telle que cette idée-valeur est entendue d’une manière qui est lucide et impartiale par le sujet moral — une idée-valeur qui souvent inclut la satisfaction d’un même désir, ou d’un désir analogue —, comme elle doit susciter, lorsqu’elle est bafouée, des mouvements qui chercheront à en rétablir le principe, de façon tout aussi éclairée et désintéressée, et parcourir à sa réalisation effective, à l’intérieur de la sphère où son expression s’avère brimée.» — Plérôme.
[justice]«Non seulement la justice a-t-elle pour fonction — et ses ministres ainsi que ses magistrats pour devoir —, d’éloigner le mal et de châtier ceux qui s’en rendraient coupables, le cas échéant, mais encore doit-elle chercher à rétablir ceux qui en sont privés, lorsque leur droit n’a pas été respecté, et à les compenser, en autant que cela se peut, du préjudice commis à leur endroit, en raison de la conduite inique à laquelle ils ont été assujettis.» — Plérôme.
[liberté]«Aucune liberté ne saurait subsister qui ne saurait être, en même temps, commise à entreprendre, effectivement et réellement, la promotion et l’avancement des valeurs transcendantes du Bien, du Vrai et du Beau puisque, étant elle-même un bien, c’est-à-dire une expression du Bien dans ce qu’il comporte de vrai et de beau, étant elle-même identique au Bien, dont elle est l’émanation, et valable en elle-même, en raison de refléter une essence qui lui est propre, elle se vouerait elle-même, dans le cas contraire, à sa propre disparition, par l’épuisement de la force vitale qui la destine à réaliser la seule fin qui est légitime pour elle, et à sa propre extirpation par les agents qui en épouseraient des perspectives antinomiques et qui trouvent une satisfaction à accomplir cette besogne ingrate.» — Plérôme.
[liberté]«L’esprit de la liberté consiste peut-être surtout à savoir reconnaître, chez autrui, le privilège et le droit qui sont les siens de découvrir quel chemin particulier il a la possibilité d’emprunter afin de vivre sa propre liberté et en quoi cette voie, non seulement ne nie pas la liberté d’autrui, mais encore peut se réconcilier avec elle et éventuellement aboutir à un sentier commun qui à la fois permet à la complémentarité de leurs destinées respectives de s’établir et réunit leur forme conjointe à l’élan de liberté qui caractérise la vie de l’humanité, selon la direction qu’elle laisse apercevoir aux esprits dont la perspicacité suffit à en pressentir l’essence.» — Plérôme.
[liberté]«La liberté de l’homme lui accorde l’occasion de se réaliser, à l’intérieur du mouvement de l’histoire, en vertu de la possibilité la plus élevée qui est inscrite à l’intérieur de sa nature, même au défi des inclinations qui le dissuaderaient de cette entreprise, s’il consentait à leur accorder une influence prépondérante ou, au contraire, de se contenter de stagner à l’intérieur d’une médiocrité où il reconnaîtrait à celles-ci un mérite exceptionnel, en leur accordant le statut d’une normalité, en vertu de l’inertie entropique qui est présente dans le grand nombre et qui constituerait la raison de leur immobilité.» — Plérôme.
[liberté]«La liberté n’ajoute ni n’enlève aux qualités fondamentales de la personne, puisque celles-ci sont un héritage reçu en naissant, mais elle devient chez elle, lorsqu’elle s’accompagne de résolution, de compassion et d’effort, la condition essentielle de la réalisation et de l’épanouissement de leurs virtualités les plus élevées, lorsque l’individu est exposé aux expériences que la vie lui enjoint à éprouver et à connaître et qu’elle n’aura cesse de contribuer à leur constitution et à leur évolution, lorsqu’elle s’investit complètement dans le façonnement et l’accomplissement du caractère qui les révèle et dans la réalisation des bienfaits qui sont susceptibles de procéder des actions produites et des initiatives entreprises par elle.» — Plérôme.
[liberté]«Le déroulement d’un spectacle, lorsqu’il prend l’aspect de l’action qui éclôt sous les yeux d’un témoin ou d’un spectateur, peut occulter parfois, soit par son mouvement, soit par sa valeur intrinsèque, soit par la qualité esthétique de son apparence, le fait que son issue puisse correspondre à une fin prédéterminée, c’est-à-dire une fin qui est voulue, précisée et conditionnée par un agent extérieur, qui va à l’encontre du principe de la liberté où sont garanties — et sont susceptibles par conséquent d’être affirmées et défendues, en fait comme en droit — la possibilité et la responsabilité pour chaque personne de désirer, de parcourir et de parvenir à accomplir, au meilleur de ses capacités, le plus grand bien qu’il lui est possible de concevoir.» — Plérôme.
[liberté]«Le silence est, non pas l’absence de l’être, mais sa puissance, dont l’excellence de la qualité réside dans l’exercice optimal de la liberté, à l’intérieur d’une société qui en garantit la possibilité et illustre, par l’action de chacun de ses membres, cette effectivité.» — Plérôme.
[liberté]«Le sujet moral réclame haut et fort la liberté, mais ce que souvent il désire en réalité, c’est la sécurité que fournirait une impunité inamissible, voire qu’une action réellement et moralement réprouvable puisse venir confirmer cette prétention.» — Plérôme.
[liberté]«Lorsque l’on y réfléchit bien, le sujet moral ne peut que se réjouir de l ‘exercice de la liberté d’autrui, considérée comme étant un bien spirituel inaliénable — lorsqu’elle manifeste effectivement une dimension du Bien qui se réalise ou qui est en voie de se réaliser —, ou au contraire la déplorer, lorsqu’elle s’avère en-deçà de la révélation de sa virtualité pleine et entière qui est celle d’accomplir cette idée-valeur transcendante et d’illustrer en ce sens, la disposition intérieure appropriée.» — Plérôme.
[liberté]«Une liberté qui s’assume complètement, en vue de réaliser le meilleur bien possible, autorise à toutes les espérances, pourvu que son exercice s’accompagne, par la grâce de Dieu, du plus grand et du plus constant des efforts: mais l’homme a-t-il la capacité et la trempe de relever, entièrement et résolument, l’énorme défi que posent cette entreprise et la responsabilité qui accompagne cette assomption ?» — Plérôme.
[moralité]«Déjà, la valeur d’une personne s’estimait à la préparation, à l’ingéniosité et au courage qu’elle démontrait à défendre ses convictions, même au prix du plus lourd des sacrifices: mais quelle valeur s’agit-il alors d’illustrer pour un individu, lorsque n’existe, pour un individu, aucune conviction qui puisse inspirer sa vie, sa pensée, sa moralité, ses priorités, ses choix, ses passions et ses actions ?» — Plérôme.
[moralité]«En raison de la contrariété mutuellement exclusive des termes impliqués, la conséquence inéluctable, finale et définitive, du dualisme moral, par lequel l’esprit oppose les principes du bien et du mal que ces formes inspirent concrètement et qu’il érige ainsi en valeurs absolues, est que la liberté des uns, qui figurent dans l’un des deux camps, constitue le fatalisme des autres. § Une conséquence corollaire serait qu’il vaille mieux agir, dire, penser en vue de la réalisation du bien, qui est la préservation et la défense de tout ce qui est véritablement méritoire et valable dans l’ordre et l’existence des choses, plutôt qu’en vue de l’instauration du mal, qui en constitue ultérieurement, dans son principe, la négation: car si le premier donne à l’existence un sens intelligible, le second mène droit à l’absurdité.» — Plérôme.
[moralité]«La contradiction majeure, qui est logée au cœur de la réalité culturelle contemporaine de l’Occident, consiste à exiger de son semblable qu’il réalise et qu’il accomplisse les hauts principes d’un idéal salutaire, sans se soumettre lui-même à des exigences équivalentes, et en omettant d’inclure son action dans la quête d’une perfection culturelle générale qui passe nécessairement par la recherche de l’accomplissement individuel et s’édifie avec elle comme sur elle; son corollaire, c’est la plainte qui est formulée à l’endroit d’autrui, de se comporter d’une manière inique et déloyale envers soi, alors qu’une conduite analogue, menée par soi, trouve une justification, en invoquant à cet effet des raisons souvent pragmatiques et expéditives.» — Plérôme.
[moralité]«Le désir, sans la raison, révèle un caprice; mais la raison, sans le désir, caractérise un bien-penser.» — Plérôme.
[moralité]«Le comble de l’indifférentisme social, qui serait à l’origine d’un modus vivendi, fondé sur l’amoralité de l’intérêt exclusif et individualiste, lorsqu’il s’exerce en conformité au principe de soi-même premier servi, serait que l’on tolère le mal, pourvu qu’il ne nous atteigne pas; et que l’on admet le bien, en autant que l’on en soit le premier bénéficiaire.» — Plérôme.
[moralité]«Le désintéressement moral n’est pas une forme de l’indifférence, puisqu’il peut souvent être accompagné de sentiments profonds et intenses, dans la lutte qu’il oppose aux dispositions naturelles et spontanées du sujet moral qui le portent à intervenir sur la réalité, sans qu’il n’y cède complètement, étant sous l’emprise de la réserve qu’elle entraîne à témoigner: sa première considération, par ailleurs, n’est pas de donner libre cours à ces inclinations mais plutôt d’accréditer le mouvement intrinsèque qui est propre à cette personne, de manière à ce qu’elle découvre, à travers la suspension de son intérêt immédiat, quelle est sa destinée véritable et quelle possibilité existe de parvenir à l’épanouissement de ses virtualités, en même temps que l’essence objective du monde — spirituel et naturel — à l’intérieur duquel celles-ci prennent forme, le tout dans le plus profond respect de la liberté native de chaque personne, de la dignité de sa nature intime et de la particularité de son histoire qui, par les conditions qu’elle produit pour l’affecter ainsi que par les carences qu’elle porte sa volonté à vouloir combler, l’inciteront, par l’intermédiaire des expériences qu’elle rencontrera et des choix que son jugement sera appelé à faire, lorsqu’elles l’y obligeront, à réaliser une connaissance approfondie de soi-même, l’exploration des significations que comporte sa relation au monde ainsi qu’aux créatures qui le peuplent et, éventuellement, l’épanouissement de sa personne, lorsqu’elle tend à réaliser la plénitude la plus accomplie des virtualités les meilleurs qui sont inscrites à même son être propre.» — Plérôme.
[moralité]«Puisque la suspension de l’action peut porter à conséquence et s’avérer en même temps, en raison de cette restriction, utile à la réalisation d’un dessein ou d’une finalité qui soient, sinon désirables, du moins opportuns, l’inaction, autant au plan de la parole qu’à celui de l’agir, est susceptible de comporter une qualité morale et, par conséquent, elle tomberait sous la coupe de l’introspection consciente et de l’évaluation morale.» — Plérôme.
[moralité]«Si, comme le laissent entendre de nombreux moments de l’histoire, l’homme serait capable du meilleur que l’on puisse admirer comme du pire que l’on puisse abhorrer, peut-être alors serait-il souhaitable d’envisager que la communauté lui proposât et qu’elle l’encourageât à réaliser le meilleur, de manière à obvier, dans la mesure du possible, à ce qu’il produise le pire, et de fournir les possibilités pour lui de s’amender, lorsque survient la réalisation de ne pas avoir été à la hauteur de l’idéal qui était requis de lui et auquel, en raison de la beauté de sa nature originelle profonde, il adhérait de tout son désir et de tout son vouloir.» — Plérôme.
[moralité]«Tels sont ceux qui demanderont d’établir et de prouver les principes qui sont manifestement évidents à la conscience la moindrement éveillée mais qui, lorsque cette clarification leur est apportée, ne se laissent nullement influencer par la vérité et la profondeur de l’argumentation, et même peuvent aller jusqu’à s’opposer viscéralement à elle.» — Plérôme.
[mythe]«Combien d’historiens se souviendront, après avoir exploré les origines de leur science, que les premiers historiens étaient des mythographes et que les vérités révélées alors par ceux-ci devaient frapper les consciences par l’authenticité de leur récit et la réalité que celui-ci décrivait, sans pourtant trop déplaire à ceux qui autrement auraient pu se trouver à être offusqués, pour une variété de raisons, par la nature des informations dont les mythes faisaient la publicité et des enseignements, ainsi que les leçons, que les auditeurs étaient susceptibles d’en extraire.» — Plérôme.
[mythe]«Lorsqu’Apollon voua Cassandre à pénétrer les arcanes de la vérité et à prophétiser, mais sans jamais être crue par ceux qui étaient destinés à être éclairés par elle, pour avoir, selon la légende, refusé un amour qu’elle lui aurait promis, en se faisant une prêtresse du culte qui était dévoué à ce dieu: mais, en faisant cela, ne la condamnait-il pas justement au sort qui guette chaque prophète, lorsque le propos qu’il tient est trop difficile à entendre ou lorsqu’il exige de ceux qui sont visés par son propos un changement trop radical de leurs attitudes, de leurs croyances, de leurs actions et de leur conduites.» — Plérôme.
[nature]«Un sujet moral peut-il sincèrement et réellement prétendre troubler l’harmonie fondamentale de la Création, sans que cela ne porte conséquence, à la fois à la progression dynamique de la nature et à l’intégrité de sa propre essence à l’intérieur de celle-ci, autant d’un point de vue immanent, comme appartenant à part entière au règne de la Nature, que d’un point de vue transcendant, puisqu’il est un être moral, susceptible de distinguer ce qui est bien de ce qui ne l’est pas, et d’assumer à la fois le mérite pour le bien accompli comme la responsabilité pour le mal commis ?» — Plérôme.
[philosophie]«Ce qui distingue la maturité critique de la simple négativité, c’est que la seconde repose sur un réflexe primaire qui consiste à repousser tout ce qui risque de perturber une manière habituelle d’être ou de penser — et qui donc érige le statu quo, ce qui est advenu matériellement dans l’existence, en un critère de perfection contre lequel mesurer toute occurrence éventuelle, révélant ainsi une insécurité épistémologique fondamentale quant aux incidents et aux événements qui pourraient compromettre l’état de la réalité actuelle, même lorsqu’ils sont issus des motifs les plus estimables — alors que la première fonde son examen sur une notion, implicite et idéale, de la perfection épistémologique qu’il convient, au nom de la transparence intellectuelle, de concevoir et d’énoncer afin d’établir le bien-fondé de la démarche critique, une forme qui renvoie autant à ce qui fut valable, et qui pourrait toujours l’être, à ce qui est et qui vaudrait la peine d’être préservé, ainsi qu’à ce qui aurait la possibilité d’être et qui, en raison de sa bonté insigne, mériterait d’être institué.» — Plérôme.
[philosophie]«L’affirmation «tout est relatif», n’implique pas l’inexistence de l’absolu, mais bien que l’absolu existe et qu’il est le point ultime auquel rapporter chaque nature, chaque situation et chaque événement, lorsqu’il s’agit d’acquérir la connaissance complète de leur essence l’intelligence qui, parce que la faculté de l’intelligence communie à l’Être premier et suprême qui est la source et la raison première de son activité, informe leur instanciation et leur déroulement et qui, puisqu’elle est la substance principielle, constitutive de la nature fondamentale des consciences qui en découvrent activement le sens, procure à la signification que la raison formule de son propos, le critère ultime contre lequel apprécier la justesse précise et la véracité profonde de cette élucidation.» — Plérôme.
[philosophie]«L’on pourrait définir la philosophie comme étant l’étude des formes que prend la sagesse de l’humanité — et non pas seulement la pensée humaine, comme on l’entend habituellement —, des principes certains qui la constituent et dont elle nous amène à considérer la valeur et la pertinence à l’existence, de la nature et de la qualité de la conscience qui est susceptible de l’engendrer et de la finalité, ainsi que de la perfection, en vue desquelles elle se manifeste au monde et elle s’exerce à l’intérieur d’icelui.» — Plérôme.
[philosophie]«La philosophie s’intéresse, bien sûr, à ce qui est réellement, mais elle mène également au jugement sur l’état qui devrait être, en raison de la perfectibilité de la nature et de la vérité, et sur la légitimité de procéder à l’actualisation de cette virtualité inaccomplie: or, en définissant le mode et la forme que peut prendre celle-ci, et en illustrant l’excellence de la désirabilité de son achèvement, ces actions de la conscience ne constituent nullement la garantie de sa réalisation, puisqu’elle requiert en même temps le concert de la volonté, c’est-à-dire la résolution effective qui produira la dépense de l’effort qui y conduira.» — Plérôme.
[philosophie]«Nonobstant les vérités et les lois sublimes qui sont manifestées par elle, toute philosophie véritable représente une forme de justification de la nature humaine, et par conséquent de soi en tant que représentant celle-ci en son être propre, puisqu’elle énonce en même temps les croyances et les convictions qui rendent la vie de chaque personne digne d’être vécue, et d’être vécue pleinement, et que sa substance, lorsqu’elle est adéquatement perçue et interprétée, spécifie les principes vrais contre lesquels les choix et les actions de chaque être moral seront éventuellement appréciés et estimés de bonne foi, en les comparant avec un idéal transcendant, par une conscience qui est légitimement constituée à cette fin par une Puissance morale ultime, celle-ci étant la source et la fin de tout Bien, par la perfection indépendance de son essence réelle.» — Plérôme.
[philosophie]«Une histoire de la philosophie, non contente de s’intéresser aux questions posées, ni aux approches et aux méthodes utilisées afin de les approfondir et de leur apporter des éléments de réponse, selon les cultures et les époques de la civilisation humaine, devrait aussi retenir et brandir bien haut, à l’instar de toute réalisation admirable, exceptionnelle et concluante, ces questions qui ont reçu une réponse définitive, ou qui, à tout le moins, par les éléments d’une réponse remarquable, apportés à des problèmes tenaces et éventuellement insolubles, constituent un jalon incontournable dans l’évolution, la transformation et l’accomplissement de l’esprit et de la conscience humaine.» — Plérôme.
[philosophie]«Une forme critique, radicalement négative, de la philosophie verrait éventuellement en cette négativité un refuge que serait apte à se donner l’impiété contre les encouragements, faits aux philosophes de se rallier aux idéaux et aux valeurs qui inspirent l’attitude de piété, censée prévaloir à l’intérieur de la République et qui fonde la considération que les citoyens se portent sur celle qu’ils portent envers leurs dieux: or ces concepts plutôt anciens, relégués aux oubliettes de l’histoire de la philosophie comme appartenant à une autre époque et à une autre culture, illustrent qu’avec le temps, s’instaure insidieusement la dépréciation d’une valeur primordiale, acquise aux yeux du commun, une valeur dont l’essence a consisté, en bref, à tenir en grande estime l’actualité d’une chose (un être, une valeur, un idée), au point qu’elle serait dorénavant passible d’être vénérée, par l’ensemble des citoyens, comme étant révélatrice de la Divinité, et de recevoir une émulation générale, puisqu’elle représente indiscutablement un idéal plus grand que soi-même et que, pour cette raison, il est éminemment digne de considération, en raison de son aptitude à inspirer et à dynamiser la perfection que la société est apte à recevoir, à travers celle des individus qui la composent, et qui est passible de lui être reconnue par conséquent.» — Plérôme.
[philosophie]«Une théorie philosophique parfaite — qu’aspire à concevoir, à révéler et à exprimer humblement tout philosophe, dans l’idéal, sinon dans la pratique, grâce au désir ainsi qu’à l’action, employés à la formuler et à la réaliser — ne cessera pas de conserver cet attribut et de constituer un produit admirable, malgré tous les efforts de la dénégation en ce sens que les esprits ainsi disposés tenteront d’en faire (y compris en recourant à la tactique de la déconstruction réductionniste, apte à altérer, à biaiser et à fausser la compréhension épistémologique que les penseurs en acquièrent).» — Plérôme.
[politique]«Autant de polarisations qui se veulent au service de la vie en société et qui cherchent à compenser la discorde, l’absence d’une harmonie entre ses membres que seule une justice fondamentale et intégrale assure: modérément, le conservatisme et le libéralisme, qui défendent respectivement les valeurs fondamentales propres à une existence collective, saine et valable, et qui cherchent à assurer qu’en bénéficieront, de manière équitable, tous les particuliers et tous les groupes qui les portent à se réaliser et qui vivent, de plus en plus complètement, des idéaux bénéfiques qui émanent de leur doctrine, en aspirant sincèrement à rencontrer ce but, malgré que parfois les inclinations individuelles, les événements de la vie et les conditionnements de la société les éloignent de cette finalité; d’une manière plus réactionnaire, ou encore plus libertaire, lorsque ces mêmes valeurs se trouvent compromises ou encore lorsque l’équité qui juge de leur application se trouve bafouée par ces derniers facteurs; en aboutissant à l’oppression ou à la révolution, lorsque l’importance qui jusque là leur était prioritairement accordée, se transforme en un mépris de leur contenu et de ses exigences, que nulle équité n’existe plus pour témoigner que l’idéal représenté par elles demeure valable pour tous et, éventuellement, que la corruption qui s’est installée empêche de voir en elles la justification d’une aspiration saine, honorable et louable, que chacun peut tenir en partage avec son semblable, à l’intérieur d’une société où règnent l’harmonie qui est fondée sur la justice véritable et la relation respectueuse qui existe entre les citoyens, lorsqu’elles sont fondées sur la reconnaissance réciproque de la dignité de son semblable et la mutualité sincère de l’amour et de l’amitié des uns pour les autres.» — Plérôme.
[politique]«Ce serait une perversion et une dévalorisation du droit, puisque contrevenant au principe fondamental de l’équité, que vouloir instaurer un système ou un régime où les lois serviraient à défendre les intérêts des gouvernants, contre ces mêmes actions qu’ils s’estiment autorisés à commettre impunément, en invoquant abusivement la légitimité du pouvoir qui leur est dévolu et le droit de recourir à la force afin de la conserver.» — Plérôme.
[politique]«Ce qui est le plus triste avec les rivalités partisanes, alors que subsistent néanmoins, entre les camarades qu’elles associent, des liens de loyauté accompagnés du sentiment d’un devoir envers ceux qui représentent la primauté et l’excellence de la cause qui est défendue en les nouant, c’est qu’elles ont tendance à obnubiler, et peut-être même à dépriser, au nom de l’exaltation idéologique qui les maintient, à la fois la qualité des idées aptes à être soutenues avec héroïsme dans le camp opposé, la valeur personnelle de ceux qui en tiennent bien haut la bannière, sans égard pour le coût personnel exigé afin de mériter cet insigne privilège, ainsi que l’importance du changement dans le cours de l’histoire qui résultera du départage des causes en présence, souvent au prix du courage qui les épouse et du sang humain qui sera éventuellement versé à les illustrer, peut-être par incapacité d’en imaginer adéquatement la nature et l’aspect futur qu’il peut recevoir et par l’abandon conséquent de l’engendrement des issues futures aux forces du Destin et aux grâces de la Providence.» — Plérôme.
[politique]«L’anarchie c’est, pour l’essentiel, la liberté qui s’exprime envers et contre tout désir véritable, et en particulier celui qui s’efforce, à tous les plans de la vie et dans toutes les sphères de la culture, à réaliser l’optimum du beau, du bien et du vrai.» — Plérôme.
[politique]«La politique de l’erreur — qui revêt souvent la forme d’une comédie des erreurs — est celle qui se fonde sciemment sur l’erreur occasionnée, c’est-à-dire sur celle dont l’agent politique encourage la commission, ou encore sur celle dont il refuse, par calcul et par intérêt, à reconnaître l’actualité, lorsque l’occasion lui est donnée de le faire: elle se fonde sur l’expectative avérée qu’une situation altérée ou qu’une occasion à laquelle on enlève toute possibilité de réaliser ses virtualités, ne sauraient, en raison de la singularité qui les caractérise, se reproduire ou se reconstituer intégralement et entièrement, en adoptant la forme de leur présentation initiale et originale: elle explique aussi comment, dans l’ordre naturel des choses, une action négative, susceptible d’enlever à une entéléchie sa perfection, de la priver du moyen et de l’occasion de la réaliser, ou encore en d’empêcher en quelque manière l’accomplissement, la voue inexorablement à la décadence physique, puisqu’elle s’exerce à l’intérieur d’un schéma naturel en lequel joue exclusivement la loi de l’entropie.» — Plérôme.
[politique]«Les autorités politiques laïques se préoccupent volontiers de la perfection structurelle de la société, mais sans considération pour son tissu moral, ou peut-être en affichant une confiance excessive en la propension de chaque citoyen à faire le bien et à éviter le mal, comme en la faiblesse relative des négativités spirituelles qui pourraient chercher à subvertir la bonté de ses institutions et la qualité de ses lois, elles négligent d’apporter à la culture qu’elle a développée la nourriture intellectuelle et l’expérience spirituelle qui pourraient satisfaire son appétit de réaliser le bien et la force requise afin de manifester la vertu.» — Plérôme.
[politique]«Lorsque la conscience la moins évoluée cherche à en imposer à celle qui s’est le plus développée, ce n’est qu’en la réduisant aux schémas plus étroits, plus superficiels et moins profonds, dictés par une imagination appauvrie, qui la caractérisent, qu’elle parvient à illustrer son ascendant: et trop souvent, elle accomplira ce résultat d’une manière telle que la force physique lui semble constituer le seul argument qui vaille réellement pour elle et qui lui semble susceptible — voire à tort — d’être entendu et reçu par sa contrepartie.» — Plérôme.
[politique]«Selon une conception mature du politique, c’est-à-dire une conception qui subit l’épreuve du temps, des cultures et des régimes et qui promet de distinguer l’homme d’État véritable et le séparer du simple aventurier qui se promène sur la scène sociale, l’homme politique responsable ne doit pas perdre de vue que, dans l’idéal, son œuvre consiste à édifier la société la plus accomplie qui soit, la conserver, la préserver et en rayonner les valeurs positives et bienfaisantes, tout en veillant à ce qu’il existe une possibilité, pour ses sujets, de réaliser le bonheur, dans la mutualité des rapports et la considération la plus respectueuse qu’ils éprouvent l’un envers l’autre, en transcendant pour cela les affinités partisanes, les pressions collectives aveugles ainsi que les intérêts privés, y compris les siens propres, et qu’il doive se recruter à cette fin, et uniquement à cette fin, des appuis éclairés et intelligents parmi la population qui pourront participer avec succès et droiture à cette initiative: la vie politique constitue donc une dimension du service public et civil et elle doit, par conséquent, refléter en chacun de ses agents un engagement hautement altruiste qui orientera en définitive leurs passions, leurs ambitions et leurs actions.» — Plérôme.
[politique]«Tels sont ceux qui ostracisent l’individu, capricieusement et subrepticement, pour ensuite lui reprocher de ne pas appartenir à la forme malveillante de l’esprit qui procède à cette exclusion déraisonnable et peut-être même objecteront-ils à la tentation de la révolte qui naît chez lui, en raison de heurter le sentiment de justice qui existe naturellement en lui et dont il défend la présence par son action sur la société et sur le monde en général.» — Plérôme.
[politique]«Un conservatisme qui se fonde sur le maintien de traditions qui sont fondées sur des préjugés qu’elles perpétuent volontiers, qui ne sont autre chose qu’une interprétation inexacte, souvent utile et intéressée, des raisons véritables et originelles pour lesquelles les valeurs et les idées reçues sont dignes d’être préservées, est tout aussi préjudiciable à la santé d’une société qui admet sa perfectibilité, parce qu’elle est vivante, qu’un libéralisme qui prétendrait apporter des améliorations et des perfectionnements à la culture, en mettant de l’avant des principes, sans qu’ils ne correspondent à la nature des personnes et des êtres vivants qu’ils seraient censés servir, ainsi qu’à celle des choses qu’il chercherait à faire plier à son désir, ou qui encore interpréterait les significations ou façonnerait les objets afin d’en retirer une application restreinte et sélective en fonction d’intérêts singuliers et exclusifs.» — Plérôme.
[politique]«Une constitution politique peut bien se proposer d’énoncer quels seraient les meilleurs principes, susceptibles de gouverner et d’orienter, formellement dans les institutions ou informellement dans les rapports quotidiens, les consciences des citoyens, lorsqu’ils réalisent la mutualité de leurs interactions sociales et la réciprocité de leurs transactions commerciales, elle ne saurait, en définitive, se comprendre, ni s’interpréter adéquatement, qu’en référence au cadre moral qui lui a donné naissance et qui en fonde à la fois la possibilité qu’il se réalise et la finalité qu’il s’instaure dans l’esprit des membres de la société, à savoir celui qui, en raison de son excellence, favorise l’éclosion, la conservation et la perpétuation d’une société bonne — telle qu’elle se reconnaît dans la valeur individuelle et personnelle de ses membres —, et juste — quant à l’expression réelle de cette bonté, illustrée par ceux-ci, dans toutes leurs actions, toutes leurs communications et toutes leurs conduites et dans la qualité bienfaisante des institutions qui l’encouragent —.» — Plérôme.
[psychosexualité]«C’est au moment même où l’homme croit avoir vaincu les préventions de la femme et avoir fait sa conquête qu’il ne se doute aucunement que c’est elle plutôt qui a subrepticement assujetti son propre sentiment et qu’elle a subtilement, mais infailliblement, accompli la soumission de ses désirs à son charme indiscutable.» — Plérôme.
[raison]«Le plus grand défi posé à la raison humaine, c’est de savoir réconcilier l’infinité de la pensée, qui peut accéder jusqu’aux confins du temps et de l’espace, sans jamais franchir leurs limites toutefois, et la finitude de la réalité qui, en raison de l’opacité et de l’étendue de la matière qui en constitue la substance, oppose à l’intangibilité et à la subtilité de la pensée une inertie qui transforme les idées qui émanent de son intelligence et les énergies rationnelles qui les actualisent en concepts intelligibles, en un désir d’actualiser celle-là, en concentrant toute son attention ainsi que tout son effort physique à effectuer cette transition de la sphère spirituelle à la dimension sensible, la culture devenant l’évidence la plus manifeste de la conversion qu’elle a nécessitée.» — Plérôme.
[reconnaissance]«La reconnaissance cherche à préserver l’association intime et nécessaire entre la conséquence — l’effet dont le sujet moral peut espérer récolter les retombées éventuelles qui lui sont destinées, en raison de l’effort réalisé à l’atteindre — et son principe — l’agence qui peut légitimement en réclamer la responsabilité et le mérite de, comme à la fois du crédit, de l’honneur et des bienfaits concomitants qui en découleraient pour lui; l’ingratitude passe, au contraire, par la dissociation de ces éléments, et cherche à occulter effectivement, entièrement ou en partie, l’agence qui l’a produite: elle est relative, lorsque l’accréditation qu’elle lui témoigne est purement formelle et symbolique, mais, qu’elle soit relative ou absolue, elle sert souvent, par cette usurpation, l’intérêt égoïste dont le but est d’effectuer l’appropriation des bénéfices, associés à l’action méritoire.» — Plérôme.
[sagesse]«La sagesse est la prudence de la vérité: elle est d’autant plus considérable que la vérité qui l’inspire et qui l’informe est profonde et compréhensive et que le génie qui l’exprime est créatif, lorsqu’il en fait l’application aux circonstances qui l’exigent et qu’il convient admirablement bien aux diverses situations qui servent à l’illustrer.» — Plérôme.
[sagesse]«Le meilleur argument, et même le seul, que le penseur puisse émettre en faveur de la sagesse est la sagesse elle-même dont témoigne l’agent moral dans sa conduite et ses actions: ainsi celui-là peut-il conclure que les deux qualités morales principales requises, afin d’établir cette proposition, c’est la prudence, par laquelle celui-ci accomplit en lui-même la sagesse et l’extériorise dans sa conduite, et le discernement, par lequel le sujet moral est susceptible de reconnaître effectivement en autrui sa présence indéniable; car, que sert-il pour lui d’illustrer la sagesse, si aucune conception de la sagesse n’existe qui permette d’en apprécier la manifestation, le cas échéant ? Ainsi se dessine la tâche de la philosophie qui consiste à réfléchir sur l’essence de la sagesse et, pour le philosophe consciencieux, l’interpréter auprès de ses semblables et l’exprimer par sa conduite et ses actions.» — Plérôme.
[science]«L’essence de la superstition réside dans la croyance, ancrée dans la conscience, en la valeur prépondérante d’une conviction fausse, d’un préjugé qui est pour l’essentiel le produit d’un imaginaire dont l’activité fournit une conception qui ne possède aucun fondement dans l’univers objectif réel, malgré sa prétention à produire des actions salutaires pour la communauté des esprits qui partagent ses idées et ses valeurs, ce qui, par ailleurs, n’exclut nullement la possibilité de l’existence de convictions vraies, susceptibles de fonder une science de bon aloi et de mener à des effets tout aussi bienfaisants.» — Plérôme.
[société]«D’abord perceptibles sous leur forme embryonnaire, puis vouées à une exacerbation de plus en plus totale, au fur et à mesure que, le cas échéant, elles gagneront entièrement l’aval de la conscience collective de l’humanité, la gynolâtrie (avec sa manifestation gynocratique et sa doctrine féministe) et l’idolâtrie (se manifestant par l’idolocratie et se fondant sur une conception matérialiste et ploutocratique) sont devenues les deux moteurs idéologiques qui dynamisent la société laïciste contemporaine — une société qui, rappelons-le, confie uniquement à la raison humaine, le soin d’identifier et de préciser qu’elles sont les valeurs individuelles et collectives dignes d’inspirer les actions des hommes et l’orientation axiologique de la vie en société, sans bénéfice de s’inspirer de la tradition culturelle et ultérieurement de la révélation surnaturelle qui est à sa source —, en tant qu’elles représentent respectivement les deux termes de l’investissement du désir et de la finalité des volontés, telles qu’elles se manifestent à l’intérieur de l’ensemble social, qui sert de terrain à leur accomplissement. § De plus, ces deux cultes informels sont, dans la mutualité du rapport qu’ils conservent l’un avec l’autre, instrumentaux à la fondation et à la réalisation de l’Übermensch nietzschéen, lorsqu’il incarne un idéal radicalement humaniste et qu’il reflète pour l’essentiel un anthropocentrisme Protagoréen, dont la moralité, et par conséquent les valeurs, sanctionnées par l’élite et jugées dignes de l’émulation par l’ensemble de la société, est celle que transporte et honore, pour l’essentiel, la nature féminine, lorsqu’elle se situe à un plan strictement immanent de l’existence et qui, en raison de la subtilité, de la finesse et de l’intangibilité de son essence — qu’aucune interrogation philosophique profonde n’entreprend d’explorer, ni dans son principe, ni dans sa finalité —, devient l’horizon métaphysique par excellence de l’homme en particulier et de l’humanité en général. § Car ce terme acquiert une priorité pour la conscience commune, en se substituant au principe transcendant et spirituel qui fonde la nature humaine et donne un sens profond et compréhensif à sa réalité, ainsi qu’à la complémentarité humaine des natures et générale des esprits, un sens qui est susceptible à la fois de produire une relation intégrale qui unisse adéquatement l’homme et la femme, et d’en procéder réellement et concrètement, comme réalisant dans cette vitalité mutuelle, une relation qui est épanouissante et enrichissante, en raison du perfectionnement qui en résulte à la fois pour le couple accompli qu’elle génère et pour la culture qui constitue le centre de la consubstantialité commune à leur personne respective.» — Plérôme.
[société]«Dans la recherche et la conservation de la perfection formelle, laquelle semble animer intensément les préoccupations contemporaines, la valeur qui est la plus essentielle à cultiver, et dont la manifestation est de la plus haute importance, afin d’inspirer et de constituer les formes actuelles qui en sont le reflet, est celle de l’union du cœur et de l’esprit: car seule celle-ci est apte à constituer la cohésion et la constance des rapports qui réunissent les particuliers dans la participation à la tâche commune, qui consiste à édifier et à accomplir une société et une culture achevées, en suscitant en même temps les sentiments de la satisfaction et du contentement, lorsqu’ils assurent la permanence de cette entreprise, comme ils mènent à bien les étapes intermédiaires qui sont nécessaires à cette réussite.» — Plérôme.
[société]«L’abeille laborieuse et prolifique peut bien admirer la grâce et l’agilité de l’hirondelle, ces qualités ne feront pas pour autant de celle-ci la reine de la ruche.» — Plérôme.
[société]«La devise qui semble prévaloir dans une société et un État commis exclusivement au mérite de l’individualisme pur: «Je premier servi»: mais, en même temps, lorsqu’il est mené à sa conclusion logique ultime, ce principe signifie la fin de la société dont l’existence et la cohésion se fonde sur une finalité collective et la mutualité équitable des rapports et des relations des individus entre eux, dans l’accomplissement de cette finalité et dans le mouvement ponctuel qui y mène.» — Plérôme.
[société]«La doctrine de l’individualisme, et de la responsabilité individuelle qui en procède, de veiller à ses intérêts propres avant tout autre, enseigne, parfois implicitement, à la conscience disposée en ce sens que tous les événements de la vie sont en quelque sorte le produit des actions de l’agent moral, qu’elles soient physiques ou mentales, qu’elles soient moralement engagées ou indifférentes à tout ordre politique, fondé sur un schéma de valeurs transcendantes ou encore sur un ensemble de codifications sociales, alors qu’en réalité, nombreuses sont les occurrences de la vie qui soient en même temps le résultat de l’exercice de la liberté de son semblable et de la manifestation de sa spontanéité et qui sont donc susceptibles d’être aperçues, appréciées et reconnues comme étant le produit de la gratuité, dont la présence est intangible mais dont l’efficace se révèle à travers l’action qui en témoigne. § Un tel état amène alors le penseur à concevoir le monde comme étant constitué, non pas uniquement du rapport causal et unilatéral des subjectivités individuelles à des objets impersonnels, que l’esprit construit comme tels, même lorsqu’ils incluent des congénères et d’autres êtres sensibles, c’est-à-dire des individualités propres, douées d’intelligence, d’autonomie et de volonté à des degrés divers, mais d’une mutualité de rapports, caractérisés par la relation réciproque et l’interdépendance d’une multiplicité de subjectivités conscientes, influant sur d’autres subjectivités intelligentes, d’une manière à créer, toujours en vertu de l’idée-valeur transcendante de la liberté qui est immanente à leur dignité et à leur distinction, un tissu sociologique, organique et matriciel, appartenant au lieu, au temps et à la culture de la société, qui en sont à la fois la conséquence et le contexte d’une exacerbation de l’exploration et de la réalisation des possibilités qui émanent subséquemment de son essence, afin d’en illustrer, en bien ou en mal, la qualité et la valeur que l’esprit qui en prend conscience, qui les apprécie intégralement et qui participe à leur constitution unitaire et unifiée peut leur attribuer.» — Plérôme.
[société]«Lorsque son principe est amené au point de sa réalisation ultime, la laïcisation de la société se fonde sur une position idéologique, assumée par la généralité, qui en relègue la croyance exclusivement à la sphère de la conscience privée, par laquelle elle affirme, objectivement et pratiquement, concernant la sphère publique, que l’absence d’une conviction formelle, appropriée à une collectivité, est suffisante à engendrer, à fonder et à cultiver une pensée morale, apte à inspirer la confiance en soi-même et en ses propres possibilités, ainsi que la production de réalisations excellentes et amélioratrices. § Mais puisque c’est cultiver une illusion — comme l’Antiquité hautement et généralement religieuse en témoigne éloquemment — de penser que la conscience de l’homme puisse évacuer complètement la croyance en un Être transcendant qui surpasse l’individualité de la conscience particulière, l’idéologue substitue plutôt à cette affirmation de la réalité d’une Entité surnaturelle, la double croyance en l’exclusivité épistémologique de la science physique et en la suprématie morale de la valeur économique, l’une n’excluant pas l’autre, l’une et l’autre se garantissant plutôt mutuellement, d’où il en résulte, pour l’esprit contemporain, le culte du savoir empirique et matériel, comme celui en même temps des biens ainsi que des moyens susceptibles de se les procurer, et de voir en eux le moteur réel de la vie collective et de les accréditer comme étant le ressort par excellence de la conscience privée, susceptible d’être reconnue, implicitement et informellement, par la pensée laïque du temps actuel.» — Plérôme.
[sociologie]«C’est non seulement en augmentant sa science naturelle et matérielle qu’un peuple acquiert un niveau de conscience élevé, mais aussi en développant ses intuitions intellectuelles et spirituelles, par lesquelles il parvient à se situer pleinement dans le courant de l’histoire de l’humanité et à saisir l’essence de sa distinction et de sa destinée collectives, lesquelles accompagnent la compréhension adéquate du plan providentiel, qui alloue pour l’existence et la croissance des autres peuples (autant que pour celles du sien) ainsi que la complémentarité et l’harmonie des rapports qui peuvent se nouer entre tous ceux-ci: peut-être alors pourrait-on désigner sous le vocable de «démognosie» la spécificité d’une telle science et la conception, ainsi que la méthode, par lesquelles une société peut éventuellement accéder à ses enseignements, afin de contribuer ainsi à son élévation au plan de la culture qui la définit et à son insertion positive à l’intérieur d’une culture universelle ultérieure, résultant des relations interculturelles accomplies selon les aléas d’une histoire internationale, en vertu de la perfection d’une identité et d’une essence originales, propres à chaque société, et de l’accord éventuel optimisé de la culture qui les révèlent avec celles que possèdent les autres sociétés et qu’elles illustrent à leur tour, chacune selon ses virtualités propres.» — Plérôme.
[théologie]«C’est une forme de quiétisme — une attitude qui est apte cependant à se confondre avec le fatalisme, puisqu’elle se place devant l’obligation de composer avec toutes les issues qui procéderont de l’inaction qu’elle préconise —, qui veuille que, s’en confiant en tout à Dieu et s’en remettant exclusivement à Lui de tout ce qui puisse survenir, sous prétexte que Sa toute-puissance s’exercice indépendamment de la liberté et de la participation humaine, l’homme en vienne à concevoir ni pensée, ni action qui puissent émaner de sa liberté propre afin de contribuer adéquatement, par sa conduite et ses actions et à la mesure de sa destinée, de son talent, de ses aptitudes et de sa sagesse, au règne de la plénitude de la bonté sur la terre et en ce monde, le tout conformément à l’illustration, avec la grâce de Dieu, de la volonté divine.» — Plérôme.
[vérité]«C’est toujours au nom de la vérité que l’esprit, engagé dans son effort heuristique, interroge le temps: de la vérité que la conscience découvre dans le passé, et que la mémoire collective a peut-être oubliée, sur le long parcours historique que diversifient les époques et les cultures de l’humanité, et qui mènent jusqu’aux contemporains actuels, pour alimenter et conditionner leur actualité à leur insu, par ces valeurs qu’elle transporte toujours en elle et les directions qu’elle poursuit encore, et la construire sur des fondements qui souvent dépassent l’entendement et la conscience qu’ils en possèdent; de la vérité qu’elle retrouve lorsqu’elle utilise son activité, afin de transformer et d’améliorer le présent, tout en préservant et en perpétuant, parmi les formes anciennes, celles qui sont estimées dignes d’une considération spéciale et méritoires d’une protection, malgré les forces physiques qui, en vertu de la loi de l’entropie, en commandent l’usure progressive et la ruine éventuelle; de la vérité future qui, dans un temps plus ou moins rapproché, s’établira et perdurera, en dépit de toutes les circonstances et de tous les facteurs qui se seront ligués afin d’effacer le souvenir d’un passé révolu, mais en confirmation des théories et des actions qui s’évertuent de conserver la vie du corps et de l’esprit, la culture de la créativité de l’être humain, ainsi que la volonté et l’effort qui, tous ensemble, ont transformé la virtualité contenue en ces suppositions visionnaires en accomplissements réels et achevés, susceptibles de perpétuer indéfiniment, par des actions analogues, exercées dans la continuité, émanant de l’entéléchie vitale et spirituelle de l’humanité, les acquis éminemment précieux qu’elle a produits et les capacités infinies et mystérieuses qui l’habitent, d’engendrer de nouvelles formes culturelles pour la postérité, en témoignage de la valeur éminente des générations qui ont précédé et sur les épaules desquelles s’érigent ces innovations diverses et successives.» — Plérôme.
[vérité]«Il est légitime pour le penseur de se demander, lorsqu’il considère la substance d’une proposition éminemment logique, si en même temps elle signifie la vérité, puisque cette idée-valeur transcendante, qui révèle une intelligence juste et adéquate de la réalité, autant de ses essences que de la complexité et de la multiplicité des relations qui gouvernent leur coexistence, ne peut se contenter de transmettre la cohérence interne qui émane de la faculté logique, lorsqu’elle est saine et pleinement opérante, mais qu’elle doit en même temps communiquer la cohérence externe, la fidélité épistémologique qui est le propre d’un esprit pour lequel l’action, émanant de la puissance autonome qui est la sienne, porte sur une réalité qui est distincte de la sienne et à laquelle, par la compréhension désintéressée, qu’il en acquiert, il rend entièrement et intégralement justice.» — Plérôme.
[vertu]«La notion de la justice ne saurait se comprendre intégralement sans une compréhension de la réalité de l’innocence, de la qualité du Bien qui est le principe de sa réalité, de l’existence qui en inspire la préservation, l’actualisation et la perfection ainsi que de celle qui, agissant à l’intérieur de la nature et de la société, en valorise et en conserve la présence et assure non seulement qu’elle se perpétuera, mais encore qu’elle ne cessera jamais de constituer le fondement de la nature, de l’essence de chaque personne comme celle de la société des hommes, le tout dans la liberté la plus entière, visant à l’épanouissement optimal de l’intelligence et à l’exercice superlatif de la conscience.» — Plérôme.
[vertu]«Qui oserait mettre en doute que l’estime de soi et le courage de l’affirmer soient essentiels à une vie équilibrée et saine: lorsque cependant ceux-ci se fondent uniquement sur des mobiles qui sont propres à l’individu, sans référence à une puissance et à un pouvoir suprêmes qui en justifieraient l’illustration, puisqu’ils invoquent des valeurs objectives et des raisons supérieures contre lesquelles la conscience morale peut apprécier le degré et la profondeur des qualités personnelles qui sont requises à manifester une exemplarité, susceptible d’inspirer l’ensemble social, alors nulle estime de soi et nul courage de l’affirmer ne seront suffisamment importants afin de recevoir l’assentiment d’une collectivité, un aval qui se fonde sur l’idéal du dépassement de soi et du désintéressement sincère, lorsqu’elle apprécie la valeur que peut prendre, à ses yeux, l’action individuelle accomplie par un ou plusieurs membres de la société.» — Plérôme.
[volonté]«À l’état pur, la volonté de puissance est une propulsion instinctive, aveugle et intense, en direction d’un objet qui est ressenti intimement comme étant susceptible de combler un manque, aussi important pour l’âme de la personne que l’énergie vitale qui l’anime est puissante: puisqu’elle tient de l’instinct, elle se caractérise donc par l’inscience, quant à l’estimation consciente de la finalité réelle qui suscite son intérêt et de la valeur propre qu’elle comporte, tantôt pour la personne et tantôt pour la société, ainsi éventuellement que par l’ignorance du degré et de l’importance de son insuffisance, quant à la possibilité d’orienter adéquatement la conduite de l’individu d’une manière qui est à la fois raisonnée et utile, bénéfique et édifiante, en vertu de comporter une valeur morale qui réalise des idéaux élevés, transcendants diront les anciens sages, qui font la dignité réelle de l’humanité, lorsqu’elles deviennent actuelles, et la gloire de la culture à l’intérieur de laquelle elle s’enracine. En ce sens, la volonté de puissance est le contraire de la sagesse dont la fin est l’actualisation effective et la réalisation exemplaire de ces idéaux, par les choix moraux qu’elle incline la personne à librement accomplir, les principes qui les fondent et les conduites qu’ils inspirent, lorsqu’elle prétend, non seulement à s’inscrire à l’intérieur du mouvement civilisateur qui définit son appartenance à un ensemble culturel et à une société humaine, mais aussi à faire profiter ceux-ci de ses conceptions, de son action et de sa présence, dans le sens de la plus grande plénitude à laquelle la culture peut aspirer. § Ainsi importe-t-il de tempérer cette propension par une éducation progressive, qui serait apte à en atténuer les ardeurs et à en orienter les énergies vers des fins qui, puisant à la créativité humaine, s’avéreront compatibles avec les aspirations les plus élevées de la culture et en inventeront de nouvelles: celles-ci, tout en reflétant le désir de parfaire les réalisations et les œuvres qui sont par le passé issues de ces finalités, et qui continuent éventuellement à l’être, parviendront à établir encore plus la civilisation sur la voie de sa floraison, de son accomplissement et de sa perfection. § Ce faisant, la moralité franchit l’écart entre la volonté de puissance, qui est une énergie pure et amorale, peu susceptible de distinguer, entre les actions qu’elle suscite, celles qui comportent une valeur transcendante et celles qui sont simplement pulsionnelles, et la volonté de vivre, qui est une énergie qui puise à la conscience morale de l’humanité en se choisissant une expression qui est constamment et infailliblement vouée à réaliser et à conserver la vie, selon les formes les plus élevées — en bonté, en vérité et en beauté — dont elle est capable, sans qu’elle ne devienne, en aucun temps, négatrice de son essence et de son entéléchie optimale.» — Plérôme.
.jpg)