[Depuis le 14 janvier 2026, avec mises à jour périodiques. — Since January 14th 2026, with periodical updates.]
Dans la constitution de la cohésion et de l'unité du tissu social en vue d'une fin collective et sociale durable et pérenne, le succès de cette action repose pour l'essentiel sur la valeur qu'accorde chacun des membres de la société à la loyauté bien entendue dans son sens le plus élevé, c'est-à-dire en vue du meilleur bien qui est poursuivi: voilà la raison de l'importance qui est accordée à la fidélité des sujets et de la défaveur en laquelle tomberont ceux qui y dérogeront, jusque chez ceux qui, étant du camp adversaire, auront bénéficié de cette exception, en raison de l'importance que prend universellement cette valeur et cette qualité.
Si la personne (homme ou femme) se sait, pourquoi n'agit-elle pas de manière congrue avec cette science ? Si elle ne se sait pas, pourquoi ne cherche-t-elle pas à l'acquérir ? Si cette science est incomplète, pourquoi n'aspire-t-elle pas à l'étendre et à l'approfondir ? C'est que l'inertie et la suffisance sont, pour un grand nombre, plus convenables à leur disposition, peut-être en grande partie en raison d'une mentalité qui cultive ces traits, ou qui a tout intérêt à en maintenir l'inclination, en raison de la stabilité et du sentiment de sécurité qu'ils engendrent mais, à bien considérer les choses, ce genre de sécurité est en réalité factice et illusoire puisqu'elle ne prépare nullement aux circonstances extraordinaires et aux dérives imprévues de l'histoire, sans parler qu'elle entretient la chimère d'une perfection en réalité inactuelle et jamais réalisée.
L'enjeu de la loyauté est avant tout existentiel et met en cause l'importance relative que l'individu accordé prioritairement, soit au salut d'autrui, l'intérêt de l'ami, de la famille, du groupe ou de la société, soit au sien propre, i.e. ce qui est afférent à son intérêt particulier: ce qui complique encore plus cette question, c'est la conception du bien qui est susceptible d'être évoqué, afin de justifier le motif à la source de l'action et de la conduite adoptées par l'agent libre, l'éventualité qu'une diversité de conceptions du bien, parfois contradictoires, puisse les fonder et le rapport intime qui existe entre l'intérêt particulier et l'intérêt général.
L'appropriation culturelle consiste en l'acte, ou la somme des actes, par laquelle un individu, ou un groupe d'individus, adopte et revendique exclusivement pour soi la substance d'une conception ou d'une réalisation originales, formulées par un autre individu, sans en reconnaître la provenance ni l'identité de la source originelle, en leur attribuant ni le crédit, ni l'honneur qu'il leur reviendrait légitimement de recevoir, parfois pour des motifs idéologiques, mais aussi le plus souvent en raison des avantages, matériels ou intangibles, tels le prestige, la gloire, l'ascendant ou les gratifications, qu'ils anticipent en retirer.
Ce ne sont pas ceux qui éprouvent le sentiment de l'amour qui doivent être remis en question, tellement est étroit et intime son lien avec la vie et la qualité de l'expérience que l'on en fait, mais bien ceux qui le dévalorisent, le déprécient ou autrement le méconnaissent.
De tous les délires, celui qui est le plus dangereux est le délire officiel, c'est-à-dire celui qui fonde une décision ou une conclusion ayant une portée déterminante: car, tout en n'étant pas infaillible, elle en prend le caractère et influe sur les existences d'une manière qui, tout en étant erronée ou au mieux incomplète ou superficielle, se voit accorder un statut prépondérant et peut-être même irréversible. D'où la nécessité, en justice, de reconnaître la possibilité d'une faillibilité judiciaire et d'accorder le droit d'en appeler avec l'éventualité de consentir à rétablir la situation, en autant où cela se peut, et à effectuer une responsabilité et une réparation, sous la forme d'une juste rétribution.
La duperie est un trafic, une adultération, une tromperie, un manque d'authenticité qui fausse l'essence de la personne, ainsi que l'entéléchie adéquate de la situation, laquelle constitue un effort à entendre et à réaliser cette essence: cette adultération souvent se produira avec le but d'en obtenir pour soi, rarement pour autrui, comme dans certaines situations romantiques caractérisées par un aveuglement amouteux, un avantage illicite, prenant souvent la forme d’un bien matériel ou social, — v.g. la richesse, la situation ou l'avancement professionnels, le sentiment de sécurité que l'on préserve, face à des circonstances sociales ou politiques — , mais aussi possiblement immatériel — v.g. la considération d'autrui, le maintien de l'estime de soi, le sentiment de l'honneur ou la bonne réputation, lorsque ceux-ci sont compromis, à tort ou à raison — et il peut, par la mauvaise foi exprimée, être soit intentionnel et conscient — en ce cas il devient la mauvaise volonté —, soit intentionnel et inconscient — en ce cas, la fausse conscience —: mais dans tous les cas, il constitue une entorse et un empêchement à la réalisation du meilleur bien possible et, en ce sens, tous en manifestent une forme ou une autre, soit en vertu de l'infinité de la finalité — le Bien dans sa pureté indéfectible ultime —, soit de la perfectibilité du milieu, selon le degré de son inaccomplissement, soit selon la qualité, bonne ou mauvaise, de l'environnement physique ou social, soit de l'immaturité et de la superficialité de la conscience, individuelle ou sociale, qui ne peut concevoir adéquatement la nature profonde, la valeur réelle et l'intégrité de l'essence des composantes, corporelles ou incorporelles, de la réalité.
En droit pur et objectif et sans chercher à excuser en aucune manière l’action commise, si horrible fût-il par ailleurs à un point de vue esthétique, qui associe presque par instinct le mal à la laideur et à l’horreur, ce n’est pas tant l’acte qui est criminel ou peccamineux, que la raison d’être de sa commission, la connaissance de laquelle est un pré-requis essentiel à la détermination de la qualité de la responsabilité morale ou de la culpabilité sociale et souvent doit patienter et laisser au passage du temps le soin de déterminer le moment où il serait propice de dévoiler, souvent progressivement, tous les aspects de ce motif.
La mise en opposition pas Nietzsche d’Apollon et de Dionysos situe à un plan existentiel, c’est-à-dire au plan de l’expérience concrète, tel que caractérisé par ces deux êtres archétypes, la dialectique de la vérité et du plaisir: car au devoir de rechercher la vérité, dans toute l’étendue et toute la profondeur de sa complétude, et de transformer l’existence et d’en améliorer la réalité en fonction du principe qu’une connaissance de la vérité a permis de découvrir comme à la satisfaction associée au sentiment du devoir accompli dans l’intégration harmonieuse de la personne et de sa situation avec les caractéristiques et les aspects d’un milieu changeant, parfois jusqu’à l’extrême, correspond le plaisir de vivre et la jouissance de vivre pleinement son existence sous toutes ses facettes, dans l’équilibre du rapport entre l’être et le devoir-être, entre ce qui est et ce qui en représente la bonté la plus achevée qui s’en puisse atteindre, dans la réalisation de l’unité de l’être s’accomplissant et se perfectionnant sans cesse, laquelle découvre son aboutissement dans le bonheur qu’elle en éprouve et en ressent.
L’habitude crée l’expectative et la recherche d’une répétition, d’un renouvellement de la présence de son objet, en raison de la qualité de la stimulation qui en résulte pour l’organisme: ce désir d’une stimulation repose sur le plaisir éprouvé, non pas nécessairement par l’objet lui-même, mais aussi de sa présence qui conforte les sens, en faisant cesser la tension que suscite une attente continuellement entretenue par son absence. § D’où naissent à la fois l’enfermement de la conscience dans une routine répétitive, alors que l’apaisement suscité en elle par l’objet auquel la conscience s’est habituée et qui, si cette chose répond sans faille, porte la conscience à prendre sa présence pour acquise, cela comportant pour effet que, lorsque cette habituation réside en une autre personne, consciente et douée de sentiment, elle peut produire en celle-ci le sentiment d’être accueillie avec ingratitude et, lorsqu’elle réside en de simples réalités matérielles, le peuplement de son expérience par des choses qui sont peu à peu devenues ordinaires pour elle, en raison de l’habitude des les voir y habiter; ainsi qu’un appauvrissement de l’expérience parce que justement elle est désormais peuplée par des choses trop connues et maintenant devenues banales, qui ne sollicitent plus l’esprit pour le stimuler dans un sens nouveau, comme le feraient les expériences diverses, nouvelles et auparavant inattendues, lui présentant l’aspect d’une énigme qui l’incite à développer l’intelligence qu’il en a comme le sentiment qu’il en acquiert, en raison de cette originalité même.
Le droit négatif consiste à spécifier les conditions sous lesquelles le sujet, en ayant la science, le pouvoir et l’intention, évite obligatoirement à faire du tort ou à commettre le mal; le droit positif, celles où le sujet ainsi disposé agit obligatoirement en vue de produire nécessairement un bienfait ou à faire le bien.
La justice d’un peuple ne se laisse pas constater tant dans le nombre et l’excellence de ses institutions juridiques qui sont, en dernier recours, la somme des expressions de l’activité ou de l’inactivité de l’État que surtout dans la qualité des relations que les membres de la société entretiennent les uns envers les autres et dont les lacunes et les déficiences sont l’objet d’une intervention de la part de l’appareil judiciaire, selon ses aspects politique, administratif et économique.
On entend dire parfois que tel penseur, telle pensée, telle théorie, telle opinion est dépassé: qu’entend-on au juste par une telle assertion ? une pensée, un penseur, une opinion, une théorie peuvent-ils être réellement dépassés ? sous quels égards et sous quels points de vue peut-on légitimer la conclusion qu’un penseur, une pensée, une théorie, une opinion ont fait l’objet d’un dépassement et sous lesquels seraient-ils devenus inadéquats ? L’argument du dépassement d’un penseur ou d’une idée peut-il se défendre, autrement que dans l’opinion commune et dans l’habitude acquise d’une nouvelle vogue, ou serait-il simplement un argumentum ad hominem, énoncé afin de paraître légitimé à rejeter une pensée ou une théorie inopportune, quant au moment de sa formulation, ou gênante, quant aux implications de ses thèses, sans avoir ni à la comprendre, ni à la critiquer, ni même à justifier l’embarras ou le déplaisir éprouvés devant elles ? Autant de questions auxquelles il s’agirait de répondre lorsque l’on s’apprête à conclure au dépassement d’un auteur, d’une théorie, d’une pensée ou d’une action ...
Doit-on s’étonner lorsque l’on constate que ceux-là mêmes qui chérissent avec ferveur et qui protègent avec jalousie leur propre secret n’hésiteront pas à percer le secret d’autrui, souvent en évoquant sn caractère présumément offensif, et même à le piller, prit-il la forme d’un propos, écrit ou prononcé ?
C’est une forme de prévarication qui consiste, dans le service de l’État, à substituer à l’intérêt général, qui est en principe la première sinon l’unique préoccupation principale de tout gouvernement et de tout régime politique sain, l’intérêt particulier, soit d’un groupe d’individus ou d’une association, soit d’un individu, lequel intérêt serait celui qui commande le choix de cette fonction et de cet organe lorsque, dans l’opposition des deux concepts — intérêt général et intérêt particulier —, l’un est exclusif, en totalité ou en partie, de l’autre.
L’éternité est au temps ce que l’infinité est à l’espace et, en d’autres mots, dans un esprit de complémentarité justifiable, il serait possible de dire que l’éternité est l’infinité du temps comme l’infinité est l’éternité de l’espace.
L’exploitation idéationnelle se fonde sur deux principes, qui sont plutôt deux convictions, à savoir que les idées appartiennent a priori à tous avec, pour conséquence, qu’il est indifférent à toute considération morale si elles naissent dans le cerveau de tel ou tel penseur, et que leur possession seule suffit, en raison de l’excellence de leur valeur intrinsèque, sans égard pour les individualités qui les produisent, ni pour les moyens employés afin de se les approprier: or, pour cette raison, ce sont des principes qui sont pour l’essentiel politiques et elles mènent tout droit à une technocratie utilitaire qui n’est que trop heureuse de pouvoir s’alimenter à l’intelligence d’un autrui anonyme et du savoir-faire qui consiste à transformer la substance intellectuelle du penseur et du théoricien en réalisation pratique, sans reconnaître à celui-ci aucun droit, ni même lui accorder de reconnaissance, et à ne donner de crédit qu’à l’ingéniosité qui opère cette conversion et non au génie qui, par l’effort de sa contribution intellectuelle, en assure la possibilité.
À l’origine, c’est par la négative que l’on définissait la barbarie, soit par l’état de celui qui parlait une langue incompréhensible, soit par celui de l’individu qui n’appartenait pas à la culture de la personne qui s’estimait, collectivement, être le seul vecteur de la civilisation: ainsi les Perses, hautement raffinés, étaient pour les Grecs des barbares alors que, réciproquement, pour les Perses, les Grecs étaient des barbares qui ne méritaient d’autre considération que d’être assimilés à leur empire. § Cependant, avec les voyages d’exploration et les échanges commerciaux et politiques qui s’ensuivirent, la découverte et la prise de conscience que cette langue incompréhensible qui était parlé par des individus et des peuples étrangers pouvait être porteuse de sens et même, elle était susceptible d’être apprise et que la civilisation des peuples qui la parlaient était, quoique distincte, très avancée et très accomplie, rendit nécessaire une définition plus positive de la barbarie, laquelle cependant ne saurait se comprendre sans une conception universelle de la civilisation. § Celle-ci, qu’un monothéisme rendait encore plus probable, pourrait s’exprimer comme étant l’aspiration d’un peuple et de sa culture à réaliser les valeurs les plus élevées de l’humanité et de l’espèce humaine, lorsqu’elles se rapportent aux idées transcendantes du bien, du vrai et du beau, et qu’elle se reflète dans la spiritualité, l’intelligence, la sensibilité ainsi que la santé de ses membres, telles qu’elle se manifestent dans les institutions de la culture, religieuses, politiques et sociales, ainsi que dans les conduites et les actions de ses citoyens: ainsi, la barbarie se laisserait-elle apercevoir à la fois dans l’écart qui existe entre cet idéal et la réalité de son instanciation à l’intérieur de la culture et lorsque celle-ci se compare, relativement à cet écart, à celui qui est présent à l’intérieur des autres cultures de l’humanité.
L’inconscient révèle l’aspect essentiel de soi qui échappe à la conscience que le sujet pourrait en avoir et, dans la nue réalité qu’il exprime, parfois symboliquement, avec une vérité inaltérable, il se trouve de toute nécessité en-deçà et au-delà du mensonge, puisqu’il ne saurait être faussé, ni être falsifiable, mais seulement protégé par le déguisement symbolique.
À la loi du moindre effort, qui consiste à faire le moins possible en vue de récolter pour soi le plus grand avantage possible, et à laisser à autrui le soin de combler le manque à réaliser, correspod la loi complémentaire du moindre bien, qui consiste à ne pas s’évertuer à réaliser le plus grand bien possible, dans les circonstances actuelles, un bien qui vise l’amélioration du bien-être d’autrui, et ainsi d’assurer en même temps à la fois la conservation de sa situation, tout en se gardant d’en faire plus qu’il ne faut pour cela, et la possibilité de consacrer à d’autres fins, plus satisfaisantes et gratifiantes, puisqu’elles concernent à procurer pour soi le plus grand bien-être possible. § Si l’un caractérise la paresse, l’autre est signe d’égoïsme, et les deux sont appropriés à une médiocrité que l’on pourrait associer, à plus ou moins long terme, à la décadence de la culture et à la déchéance de l’individu.
La reconnaissance de soi par autrui, une action sociale par excellence fondée sur la disposition à l’empathie, est un des besoins les plus fondamentaux de l’humanité et sert de fondement à la respectabilité quant à la réputation et à l’honneur quant à la vertu, l’un renvoyant à l’état social et l’autre, à l’idéal personnel, telles que pour l’une et l’autre circonscrites par l’éthique, qui dicte les conditions d’en dicter à l’attitude d’autrui, et par la morale qui dicte celles d’une direction saine à procurer à sa pensée, à son sentiment et à sa conduite.
Le normal ne saurait se comprendre en l’absence de l’idéal, qu’il soit ouvertement professé ou qu’il oriente implicitement l’action subjective, et ce qui constitue sa notion renvoie immanquablement à cet idéal dont, dans son expression, il porte la signification et, dans l’importance accordée à sa définition et à son actualisation éthique et morale, à la valeur qu’il comporte pour soi et pour l’ensemble social en général, d’où l’importance, dans l’appréhension que l’on effectue de son essence, de considérer quel est l’idéal sous-jacent celle-ci et en apprécier la qualité et la validité, le degré de sa désirabilité et la primauté accordée à l’application que l’on oblige d’en faire.
L’éternité est la dimension transcendante de l’universalité comme celle-ci constitue la dimension immanente de celle-là: ce couple trouve sa contrepartie dans celui qui oppose idée et réalité et sans ce rapport mutuel et réciproque de l’immanence à la transcendance, ni l’un, ni l’autre de celles-là ne trouveraient l’éventualité d’une complémentarité synergique et d’une universalité de leur état dans la vérité de la vie qui les recrute.
mercredi 14 janvier 2026
Euthúmèma XXXII (réflexions)
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