mercredi 14 janvier 2026

Euthúmèma XXXI (réflexions)

[Depuis le 10 juillet 2024, avec mises à jour périodiques. — Since July 10th 2024, with periodical updates.]

Un État amoral est celui qui détient, ou qui aspire à détenir, le monopole exclusif de toutes les formes de l’action, sauf de celles qu’il sanctionne en vertu de participer à l’exercice de l’autorité officielle sur l’ensemble de ses sujets et de ses ressortissants, obéira au principe empirique moral de «nécessité fait loi» et, pour cette raison, définira un droit qui légitimera les actions qui en découlent et en procèdent, sans égard ni pour la caractère universel de leur portée — lequel se réduire uniquement au champ de ses conceptions et de l’intérêt qui en résulte —, ni pour la qualité morale de leur pensée et des effets qui en résultent — qui se réduira à la préservation de sa propre existence, sans égard ni pour la valeur réelle de celle-ci, ni pour la destinée providentielle qui lui est attribuable —: pour cette raison, les notions de crime et de légalité, de péché et de vertu perdront la pureté de leur sens intime et réel et seront d’un utilitarisme qui sont mis au service de son maintien, de son expansion, de sa préservation et de sa durée, conçus en termes d’une perpétuation indéfinie.

        Jugement
Existence    Esthétique    Téléologique    Épistémologique
Vita contempliva    Beau    Bon    Vrai
Vita Activa    Estimable (phénoménal)
Admirable
(nouménal)    Désirable    Réel


Un État qui se fonde sur le principe de la liberté, adéquatement comprise, ne saurait admettre que l’exercice de cette virtualité se fît au détriment de son essence pure, autrement il serait divisé contre lui-même entre les partisans de la liberté, qui verraient en celle-ci la qualité essentielle à la continuation, à la perpétuation et à la diffusion de sa culture et la partisans de l’effectivité qui la nie, avec éventuellement dans ce jeu politique, la possibilité que ceux-ci l’emportent sur ceux-là, d’où la nécessité de défendre la liberté à tout prix contre ses détracteurs et ses corrupteurs, avec les moyens qui conviennent à cette noble mission et de chercher éventuellement à en parfaire l’expression à l’intérieur de la société qu’elle anime et qu’elle inspire.

L’homme a la tendance fâcheuse de vouloir réduire les choses à la conception qu’il en possède et, par conséquent, l’intelligence qu’il a de la réalité à l’horizon de ses propres connaissances: la suffisance épistémologique consiste à se complaire avec cette disposition.

Un dilemme moral vraiment déchirant: en temps de guerre, vaut-il mieux, pour un militaire, lorsque le choix s’impose, sauver la vie d’un ennemi que l’on sait être réellement vertueux ou un camarade que l’on sait être vicieux ?

Chacun désire la gloire et l’honneur mais rares sont-ils qui soient prêts à en verser la rançon.

Il est souvent très simple d’exiger catégoriquement qu’autrui possède les qualités qui font défaut à soi, sans chercher pourtant à la acquérir pour soi, ni même voir quelle importance il y aurait pour soi à faire un effort en ce sens; mais dès lors que l’on reproche à autrui un défaut qu’il ne lui parvient pas d’assumer, cette action est souvent l’expression de la transposition vers autrui d’une incomplétude et d’une imperfection qui sont les siennes et par conséquent, elle révèle soit une incapacité à s’apercevoir adéquatement, soit un refus de s’admettre une imperfection que le sujet  préfère nier comme étant la sienne.

En faisant de la sexualité l’épicentre du mal et en revêtant ce sujet d’un tabou, ainsi que cela se produit dans les sociétés puritaines, l’on occulte la véritable cause du mal qui est le divorce de l’action et d l’amour, pour tout acte, y compris pour l’acte sexuel, et cette forme de censure morale, dont la présence même aurait une origine dans l’expérience des particuliers, que l’action obnubilante du temps a peu à peu oblitéré de la conscience collective, tout en préservant d’elle, à l’intérieur de l’inconscient, sous certaines conditions, des traces qui en révèlent la présence à l’œil entraîné, explique l’état détérioré et la décadence qui caractérisent l’état politique et moral de la planète contemporaine.

En principe, l’on ne saurait vouloir que ce que l’on désire, entendu par cela ce à quoi l’on aspire réaliser en raison de la bonté que représente pour soi l’actualisation de l’objet de son désir; cependant, il est également possible de vouloir ce que l’on ne désire pas, comme lorsque la fin du vouloir est imposée à la conscience par une autorité extérieure, soit que celle-ci se substitue à elle en lui ordonnant de poursuivre une fin qu’elle doit accepter comme étant désirable, soit que cette substitution soit de nature pédagogique — comme dans le cas d’un proche influent ou respecté, d’un parent ou d’un éducateur — et vise à instaurer dans une conscience immature l’aptitude à reconnaître son désir et l’importance de l’orienter vers l’accomplissement objectif du bien qui est inhérent à sa nature.

La propagande est une forme d’éducation, c’est-à-dire de formation de la conscience, par laquelle l’agent, dont l’intérêt consiste à rallier les esprits et à influencer les conduites autour d’une information qui désire d’abord la promotion de ses propres intérêts, en s’engageant sur une voie qui favorisera la progression cette fin — une voie qui souvent consiste à manipuler des esprits immatures et à déjouer l’esprit critique du spectateur, tout en prétendant être au service du bien-être et du meilleur accomplissement de son auditoire et de la société à laquelle celui-ci appartient.

Le présent signifie ce qui est; le passé révèle d’où provient ce qui est; et l’avenir ce qui vise ce qui est.

Ce qui est, dans la perfection de ce qui est, ne peuten principe être ni critiquable, ni répréhensible, ni attaquable qu’en vertu de la perfection de ce qui doit être et de ce qui sera dans ce que ceci comporte de plus réalisable et de plus achevé.

On a fait de la faculté de la raison une condition suffisante et nécessaire de l’illustration de la spécificité et de l’excellence civilisatrice de l’humanité alors qu’elle n’en est qu’une condition nécessaire et non suffisante, la faculté du cœur possédant seule ces eux attributs et ces deux caractères logiques.

L’indifférence, puisqu’elle exprime une suspension de tout sentiment, est en même temps une forme que prend la haine puisqu’elle signifie l’absence de l’amour en même temps que celle de tout émotion, que voue la conscience aux objets de son expérience, en l’absence de l’hostilité qui en révèle de manière évidente la présence.

Plutôt que changer, on préfère souvent donner le change, peut-être en raison de ne pas posséder la perspicacité afin de la concevoir quelle serait la raison d’effectuer en soi cette transformation ou de se montrer incapable d’entreprendre l’effort d’effectuer cette action, soit par manque d’imagination, soit par manque de motivation, soit simplemant par suffisance, par habitude ou par inertie.

Pourquoi recourir au mensonge et s’appuyer sur des faussetés lorsqu’il existe autant de vérités à découvrir, à révéler et à cultiver ?

Il est bien vrai que la haine est en puissance de tuer, en conséquence de cet état, car il est inévitable que, lorsqu’elle viendra à se cristalliser en actes et à se découvrir un objet, en se formant dans l’esprit une raison qui mérite à celui-ci d’en être accablé, le tort qu’elle lui causera sera proportionnel à sa profondeur et à son intensité devant la menace qu’elle s’imagine être fait à son existence et, puisqu’elle est ressentie, elle emploiera ce moyen afin de s’en préserver.

Tels sont ceux qui préfèrent de loi la loyauté qui est suscitée pour soi dans le renvoi réciproque des images admiratives à la loyauté accordée à autrui dans l’échange équitable établi sur des perceptions et des opinions mutuelles et sincères.

Là comme ailleurs, la liberté offre à chaque personne la possibilité de se découvrir et de s’investir, de se redécouvrir comme de se réinventer et de se réaliser, avec la grâce de Dieu, sur la forme la plus accomplie et achevée qu’il est possible pour elle de la concevoir, mais nombrex seront-ils à évoquer la loi du moindre effort et à se contenter de la version la plus médiocre d’eux-mêmes qu’ils auront l’imagination de concevoir, l’esprit d’initialiser et le courage d’actualiser.

L’amour est ce sentiment, cet état de l’être, qui porte vert un autre que soi et sa qualité comme son essence et sa nature, sans cesse transformées par la personne ou les personnes qui en constituent la direction, la fin et la l’objet de sorte que la «noblesse» de celui-ci devient une condition de l’amour et lui confère la valeur et son élévation : ainsi, plus l’être aimé est digne d’être aimé, en vertu de sa puissance d’amour, de sa personne et de son caractère, ainsi que de sa possibilité à les réaliser réellement, y compris dans celle de répondre à celles dont il fait lui-même l’objet, plus il vaut la dilection qui lui est portée, plus l’âme qui l’exprime devient-elle de ce fait annobli par ce sentiment et plus elle révèle la magnanimité de son œuvre et la valeur de son action.

Par quel artifice social , par quel subterfuge de l’histoire, par quelle ruse de la raison collective, par quel sortilège du sort peut-on prétendre qu’en cultivant la médiocrité intellectuelle et morale, souvent par intérêt économique, social ou politique, l’on peut espérer établir les conditions de l’apparition et l’épanouissement de l’intelligence, celle de l’esprit et du cœur conjugués ?

Les temps sont en effet problématiques lorsqu’un individu — un homme ou une femme — devient admirable, non pas en raison de réaliser, ou de s’approcher de plus en plus près de son essence idéale véritable — l’idée de la perfection —, mais parce qu’il actualise un fantasme éphémère, celui qui illustre et justifie une organisation sociale impermanente, que chacun est appelé à transformer et à réaliser, en raison de cette même idée de perfection qui sied en tant qu’archétype immanent à sa nature humaine, individuelle et collective  — non sans parfois se détériorer entretemps —mais dont tous se proposent d’en profiter autant qu’ils le peuvent, le temps qu’il dure comme il dure.

En raison de l’amnésie artificielle qu’elle provoque dans le champ numérique, laquelle prend la forme d’une ignorance des antécédents et des origines sur lesquels se fondent la conscience du présent et la possibilité qui s’ouvrent à elle pour l’avenir, l’oubli individuel de l’histoire et le refus collectif d’en intégrer l’étude dans le champ de l’éducation constituent les deux facteurs majeurs importants de l’hystérisme l’humanité actuelle contemporaine.

Il serait intéressant de faire la part idoine de l’importance de la part respective qui prennent, pour l’humanité, l’inventeur et le découvreur: car si celui-là tire de son imagination et réalise concrètement, avant toute personne, las chose qui n’est par encore autre, celui-ci aperçoit le premier ce qui est, sans que quiconque avant lui ne le fît.

Les études sont, ou devraient être conçus et perçus comme étant une propédeutique de la vie.

L’embourgeoisement d’un quartier signifie souvent la prolétarisation de ces résidents actuels qui n’ont pas les sources financières requises afin de continuer à l’habiter, en raison de l’augmentation de la valeur du sol, des habitations qui l’occupent et des loyers que l’on exige, la rénovation desquels nécessite l’expropriation de leurs habitants actuels, parfois même les transfert des titres, afin de pouvoir la réaliser. 

L’essence et l’existence de la personne sont, plutôt que son champ idéologique et son ordre rationnel, les véritables fondements de la pensée, des croyances, des aspirations et des valeurs d’une personne, puisqu’elles se conjuguent à l’intérieur de cette grande aventure qui constitue sa vie.

Au plan des conceptions individuelles, une chose ne cesse pas avant d’être vraie, étant clairement aperçue dans la conscience éveillée, pour ne pas l’être ainsi aperçue par autrui, ou ne l’être aperçue qu’incomplètement ou confusément; comme à celui des conceptions sociales, elle ne cesse pas pour autant d’être vraie pour ne pas avoir été ni corroborée, ni être susceptible de recevoir une corroboration, sauf dans la conjugaison de consciences indépendantes, autonomes et éclairées: une observation qui n’évacue pas pour autant la nécessité de s’en référer à un critère objectif de la vérité afin de convenir de l’éventualité, non seulement de sa vérité théorique, mais également de sa vérité réelle.

Dans le tohu-bohu de l'existence, les nombreuses distractions qui sont imposées à la conscience comme étant nécessaires à la vie en société se substituent souvent à l'amour comme étant une motivation prioritaire, au point même parfois d'en étouffer l'expression et d'en faire, non seulement l'expression, mais jusqu'à la naissance, l'éclosion et le sentiment intime.

Au plan judiciaire privé, la dialectique métaphysique s'exerce, au plan des valeurs et des choix qu'elles amènent à effectuer, selon les polarités de l'essentiel, ce qu'une réflexion approfondie et désintéressée conclut comme étant tel, et de l'importance, ce qu'impose comme étant prioritaire un sentiment que la conscience n'a pas adéquatement examiné.

Ce qui rend si difficile l'examen du problème de l'union de l'âme et du corps, c'est qu'il est inhérent à l' intelligence de la nature de la vie et que celle-ci tient pour l'essentiel du mystère, c'est-à-dire d'une essence insondable, impénétrable, infinie et transcendante et pourtant gratuite, par conséquent irrationnelle et incompréhensible, tout en allouant pour l'intelligence qui peut en concevoir, voire imparfaitement et incomplètement, les apparences, les manifestations et les expressions diverses.

L’attitude amorale, si commune en politique, définit son action soit de manière pragmatique — celle qui exprime le succès de la volonté exprimée à travers elle — soit de manière utilitaire — celle qui convient au bonheur du plus grand nombre, sans égard pour la qualité des individus qu’elle exclut de ce fait  —, mais sans égard à la moralité profonde de cette action, telle que définie par une pensée qui la formule par une réflexion approfondies (en ce qui concerne le pragmatisme) ou en considérant comme ersatz d’une moralité sérieuse, l’opinion commune qui devient alors le critère d’une moralité collective que cerne une conception superficielle du bonheur (en ce qui concerne l’utilitarisme): or, quelle que soit la solution envisagée, elle est le reflet d’une forme de la pensée épidermique et sans envergure qui caractérise, soit de petits esprits, soit des esprits qui, malgré leur potentiel énorme, ne se sont pas donné l’occasion de se développer, ni ont-ils choisi de faire l’effort afin d’effectuer cette démarche.

Existe-t-il une condition sous laquelle la remarque — «il faut que ça change, pourvu que ça reste pareil» — puisse refléter une possibilité véridique plutôt qu’une absurdité qui désirerait instaurer, à la fois le même et le différent et produire un changement qui, tout en étant changement, ne résulterait que dans une situation inchangée.

Certains sont particulièrement habiles à attribuer à autrui des défauts qu’il leur appartiendrait néanmoins d’assumer, s’ils avaient à la fois l’authenticité et l’honnêteté de le reconnaître.

L’absence de preuve, quant à la réalité de l’existence d’un phénomène, ne saurait constituer la preuve de son absence, c’est-à-dire de son irréalité.

Tout État repose sur une notion de la liberté qui est consensuelle, c’est-à-dire à laquelle souscrit sa population et telle que son élite intellectuelle peut en concevoir la nature et l’essence pour la conscience collective, mais lorsque cette définition implicite est trop étroite, souvent en raison d’un sentiment d’insécurité collective, cette liberté, qui renvoie à la fois renvoie à une notion du plus grand bien, s’en trouve grandement restreinte comme elle en viendra à perdre tout son sens, si la notion de la liberté est trop large puisqu’elle allouera pour la coexistence de perspectives contraires qui en viendront à se détruire mutuellement et, en bout de ligne, compromettra la vie collective elle-même et les vies individuelles qui en sont l’illustration, par la trop grande latitude laissée à cette conception au bien qui en vient alors à ne plus rien signifier.

L’idéal, qui est une vue sur l’avenir d’un avenir réalisable, quant à la vertu requise afin de la parfaire, est essentiel à l’invention de la société à l’intérieur des processus, du mouvement de l’élan qui assure son maintien, sa durée, sa prospérité et son développement de sorte que, plus l’idéal sera élevé, plus ces fonctions s’accompliront avec succès en vue d’une perfection ultime pour elle.

La pire traite des femmes est celle à laquelle celle-ci consent, soit par besoin de sécurité, et la crainte de ne pas suffire à la conserver dans les conditions actuelles qui prévalent, soit par vanité, soit par le goût de vivre l’excitation des aventures passagères, soit par les promesses d’un prestige  éphémère et d’une gloire illusoire.

Le moment est à l’existence comme, à l’échelle de l’éternité, le temps est à la Vie.

L’on oublie trop souvent que, avant le «e pluribus unum», il y eut un «e uno plurus» de sorte que le «unum» original d’où sort la multiplicité est susceptible d’une reconstitution qui, en terme de ce processus, pourrait ne pas être le «unum» final auquel il aboutit: or, l’un ne saurait être en même temps l’autre, d’où il résulte que le «unum final» et le «unum initial» seront identiques, sauf en ce qui concerne la qualité qui en reflète le mouvement intermédiaire: la perfection, qui n’est pas en réalité l’attribut d’un autre, mais de l’un qui, par l’excellence superlative acquise, est devenu l’accomplissement achevé de lui-même.

On distingue trop peu souvent — et il importerait qu’il en soit autrement — entre l’erreur qui n’est pas intentionnelle, et la faute qui, elle, est consciente et intentionnée: par ailleurs, puisque tous deux produisent des effets déplorables, en raison desquels ils deviennent reprochables, ils requièrent l’un et l’autre un remède, la première par une éducation qui amène à former l’attention, la seconde, par celle qui forme la conscience morale à reconnaître les conséquences du mal, à en apprécier la nature répréhensible, à devenir sensible à ses effets dévastateurs et délétères sur la psychè, l’esprit ou la personne de ceux qui en sont les victimes et à désirer amender ses attitudes et ses conduites afin de ne plus le reproduire.

C’est l’illustration d’une forme de l’illusion de la pensée de croire que l’être de raison, du fait d’être posé, existe effectivement et aussi de voir en cette en cette existence effective le fait d’une existence préalable, sans genèse, ni puissance, ni acte de génération.

Le narcissisme s’exprime dans une impossibilité actuelle à considérer les choses en soi, c’est-à-dire mues par une entéléchie qui leur est propre, possédant une origine et une finalité distinctive, et donc apte à réaliser une puissance originale, indépendamment des autres puissances connaturelles et coexistantes et, pour cette raison, possédant un dynamisme et une valeur propres qui le caractérisent et le singularisent.

Que devient l’idée de la honte dans un monde indifférencié où règne un relativisme moral qui rapporte l’idée du Bien qu’en possède l’individu, chaque individu pour soi, et à ses réaction viscérales devant ce qui révélerait son absence, en la présence de son contraire, sans comprendre que tout effet procède d’une cause et que, d’une cause, bonne ou mauvaise, procède un bien ou son contraire, le mal.

La honte est le sentiment d’une dépréciation personnelle fondamentale et essentielle à l’être intime résultant de la croyance que possède l’individu qui est conscient de ne pas avoir été à la hauteur de l’idéal de soi, tel qu’il a été découvert et intériorisé par lui durant les années formatives de sa vie: lorsque la conscience n’est pas différenciée et intégrée, la honte est suscitée, en un premier temps, par la conscience que la personne reçoit, en provenance, soit de son for intérieur, soit de la conscience collective de s’être distinguée trop radicalement de l’idéal que formule son groupe d’appartenance et/ou de référence, ou qu’elle s’est formulée dans son rapport à celui-ci, mais plus la différentiation et l’intégration de la personnalité se réalise, plus alors l’idéal devient l’expression d’une conception morale élevée et s’identifie avec l’honneur qu’il retire d’en être l’interprétation adéquate, ce qui suppose alors une conception morale du bien longuement mûrie, sérieusement réfléchie et fortement éprouvée dans l’expérience, laquelle devient alors des normes collectives établies, y comprises celles qui sont inhérentes à son environnement primitif et au milieu familial de son enfance, tout en pouvant, à plus ou moins brève échéance, en inspirer le contenu, lorsque son exellence est reconnue, pour l’ensemble qui vit selon ses principes de cette normativité.

L’un n’excluant pas l’autre, d’un point de vue métaphysique et mystique, Dieu est Amour, mais d’un point de vue ontologique, Dieu est l’Étant éternel, le principe et la source de tout être, y compris de l’étant de son propre être: l’homme En procédant comme de sa création, et donc en illustrant, dans son être propre, la nature d’être un étant continuel dont l’essence est amour, un étant qui participe de l’Eros divin, son entéléchie — sa tendance, son aspiration, son désir, sa propension, en vue de son accomplissement intégral et complet — est de se réaliser, de réaliser sa nature continuellement dans cette essence infinie, conformément à la finitude de sa nature, d’où la conception d’une incarnation de la parcelle de son essence divine qui est l’âme infinie immortelle — car elle est divine — que réalise, à l’intérieur d’un milieu fini — son environnement physique et social —, une nature elle-même corruptible et finie qu’elle informe, une conception qui révèle également un paradoxe, celui du phénomène de la mort qui est l’évidence sensible de cette finitude qu’accompagne la survivance de l’âme, la représentation dans le concept de cette réalité ainsi que la substance et l’expression ontologique manifeste de son infinité, laquelle représentation échappe, au-delà de la lettre, de l’image et des sons qui la communiquent, à la perception des sens et qui, dans son invisibilité, n’est perceptible que par le sens interne de l’intelligence et de la conscience, lorsqu’elles sont suffisamment développées afin de réaliser cette faculté.

L’embryon de la volonté de vivre qui est préconsciente et s’ancre dans un complexe qui, comme tous les complexes, réunit une notion de soi axé au désir ainsi qu’à l’impulsion de se réaliser: ne pas vouloir être le non-soi de ce qui est un soi que l’on pressent en soi, voire qu’il soit entièrement indifférencié — un désir négatif qui est le premier stade de la conscience de soi et dont la forme l plus pure est présente dans le nouveau-né, au plan ontogénique, et dans un élan naissant, au plan phylogénique.

L’ignorance constitue le premier rempart du maintien du statu quo, car qui ne sait ou ne pressent quel changement pourrait être apporté afin d’améliorer une situation existante, ou plus fondamentalement, même si quelque changement est possible, ou désirable, ou de son propre ressort, ne saurait entrevoir autre chose que ce qui est immédiatement donné: voilà l’importance que prend le maintien de cet état d’inconscience, distinct d’un état de première naïveté et de première innocence, présent alors qu’aucune décadence, ni aucun maléfice, ni aucune corruption ne se soient encore manifestés, afin de ne pas s’adresser à la raison fondamentale de la perte de celle-là et de la présence du mal dans le monde qui attestent de celle-ci.

Le problème de la vérité se fait le plus particulièrement sentir à l’intérieur de la société lorsqu’elle concerne la réputation des particuliers et qu’elle vise leur intégrité personnelle, souvent en invoquant un préjudice appréhendé pour un individu ou pour un groupe d’individus — une association, une organisation ou une institution —, une rationalisation qui va parfois jusqu’`pa occulter le préjudice qui lui est occasionné par cette même occasion et à offusquer son droit à la présomption de l’innocence, précisément parce que c’est son innocuité qui est remise en cause et nonobstant parce qu’elle établit comme fait avéré ce qui n’est que présomption infondée et tendancieuse, en prenant la forme la forme d’une rumeur qui est la rencontre privilégiée d’une information privilégiée et d’une opinion savante.

S’il est vrai que tout a un prix, il est aussi vrai que ce prix n’est pas nécessairement financier, ni n fait-il pas toujours l’objet d’une comptabilité numéraire, car se situant au plan de l’intangible et de l’infini et en invoquant la principe qu’il ne faille pas mélanger les genres logiques, ce qui appartient au plan axiologique et métaphysique du Bien, au règne de l’éternel, de l’infini, de l’immatériel, de l’intangible et de l’ineffable, possède un prix qui est également infini, immatériel, éternel et ineffable: ainsi le prix de la vie, comme de l’amour qui en est la substance ontique, ne peut être que la vie et l’amour.

Si la richesse rend parfois, sinon souvent, aveugle à l’amour, l’amour par ailleurs risque de rendre indifférent à la richesse.

Tout phénomène politique, qu’il procède d’une institution souveraine (le cabinet d’un Roi, un Parlement ou une Cour suprême) ou d’un mouvement social prépondérant, est relatif à la fois à une situation (l’esprit d’un peuple et la culture qui l’incarne) et aux circonstances qui la font naître (variables dans leur production et l’expérience collective qui en procède, selon les dynamiques et les interactions des acteurs et des différents éléments qui composent celle-là), et il comporte une dimension contraignante, que vient appuyer une force instituée, sinon constituée, qui est tantôt autoritaire, tantôt totalitaire: rarement naît-il spontanément d’une conscience collective adhérant pleinement aux principes et aux valeurs qui l’inspirent et agissant librement en conformité avec ceux-ci; car l’action qu’elle commande, étant informée par un principe qui l’ordonne nécessairement et qu’un un pouvoir exécutif se donne pour devoir de l’adopter et de l’imposer à l’ensemble des gouvernés, devient alors autoritaire; et la pensée qui est à sa source, étant généralisable à ce même ensemble, par le contenu qu’elle élabore et qu’elle transforme en lois, en raison des principes et des valeurs qui le constituent, et que la raison définit comme étant absolus, dignes par conséquent de diriger les idées et les sentiments de ses ressortissants, sans exception ou avec peu d’exceptions, de même que les conduites et les actions qui en résultent, lui confère la qualité d’être totalitaire.

Que dire de la maîtresse qui s’autorise à tous les transferts de loyauté, en invoquant une disposition qui l’y porte irrésistiblement, pour ne pas dire impérativement, mais qui exige de l’amant une fidélité indéfectible en puisant à une force invincible dont il saurait témoigner de sa personne, et en illustrant une volonté inébranlable, sans assurance pourtant qu’elle lui sera un jour fidèle, mais en entretenant sans cesse la promesse qu’elle surmontera un jour sa propension à l’infidélité ?

La seule condition sur l’amour authentique, pour autant qu’il soit véritable, c’est-à-dire réel, profond et sincère, c’est l’éternité et l’infinité de l’Amour.

En reconnaissant que la relation économique est également une relation sociale, la question fondamentale devient alors, selon une perspective généalogique et ontologique: quel principe est primordial, l’intérêt commercial et financier (l’enrichissement des particuliers et de la collectivité) ou l’intérêt personnel et social (le bonheur des individus et l’harmonie de l’ensemble) ?

Les quatre moments de la métaphysique, à partir de l’Un (to hen), par opposition au Néant (to ouden):

Philosophe    Concepts dynamiques    Point de référence    Concepts existentiels
Platon    idée-forme    pensée    noos
Aristote    acte-puissance    circonstances    kairos
Thomas d’Aquin    essence-existence    situation    logos
Kant    phénomène-noumène    nature des choses    ontos


Si l’on ne parle que de ce que l’on connaît, l’on ne juge que de ce que l’on sait (par révélation, par l’inspiration ou par l’expérience).

Parmi les nombreux de «noyer le poisson», il y a le renvoi à un ailleurs, à une utopie, à une perfection, à un indéfini, au mythe, à l’ignorance, à l’inexpérience, mais toujours il s’agira d’exprimer une impréparation à faire une place à une autre personne pour des raisons tacites qui se veulent indiscutables ou, à tout le moins, des raisons que la personne ne se sent pas prête à examiner ou à remettre en question.

L’État est souvent opaque à son état propre, à ses propres ressorts et à sa propre dynamique (ce qui lui confère le caractère d’une immobilité existentielle incontestable) de sorte que la puissance prépondérante lui appartenant, il peut exiger de ses ressortissants tout changement et toute adaptation, sans offrir de transformation en retour.

Il est souvent fait allusion, en pragmatique politique, à la tactique de «diviser pour régner», mais en réalité celle-ci n’en est une que parmi plusieurs, dont celle de «diminuer pour régner», en discréditant autrui ou en refusant de reconnaître la valeur qui est la sienne, et celle de «réduire pour régner» qui utilise les moyens de l’oppression et de la répression afin de parvenir à la même fin, mais rares sont les chefs qui fonderont leur empire sur l’édification des caractères et des personnes afin d’en garantir la stabilité et la pérennité.

Le sentiment est un aspect complémentaire de l’intelligence qui correspond à l’aperception subjective de la réalité et de son effet sur la vie, autant quant au plan existentiel de celle-ci — le sentiment de sécurité devant sa continuité anticipée ou d’insécurité devant son éventuelle discontinuité — que quant à son essence — la probabilité pour elle de se maintenir et de se développer qualitativement et à réaliser la plénitude de sa possibilité; et comme l’intelligence, dans la conscience qu’elle en acquiert, en appréhende la richesse et la singularité, il correspond à un état, celui qui est issu du monde objectif de manière autonome, lequel devient alors la condition de sa production et de la conscience que celui-ci fait naître en l’âme de la personne. §  Ainsi, tous les deux, le sentiment et l’intelligence, comportent toujours un préalable qu’il s’agit d’identifier et auquel, par la qualité de leur essence, ils se montrent adéquats et complets, autant par leur intensité que par la spécificité de leur contenu et de leur qualité.

De tous les mystères existentiels, il y a bien sûr celui de la Création, c’est-à-dire non seulement celui de la possibilité que de rien (du néant, neens) quelque chose procédât — et un quelque chose qui n’est ni peu, ni banal, puisqu’il s’agit de l’immensité inimaginable et de la diversité incalculable de l’univers, autant quant aux genres qui le caractérisent qu’aux espèces qui le peuplent — mais encore de sa réalité, de son existence même, au-delà de tout ce que, à l’échelle de l’intelligence humaine, l’on puisse en concevoir a priori, avant toute chose, la conscience humaine étant conditionnée dans son extension et dans son pouvoir de conception par ce qui est dans l’expérience qu’elle éprouve a posteriori de cet univers. Car s’il est possible pour elle de concevoir ce qu’est une planète, un astre, une galaxie, voire un cosmos, etc., non cependant sans la réduction intellectuelle de leur essence et de leur nature à l’intérieur de la science qu’elle fait naître afin d’en transmettre la connaissance, il n’est pas possible pour elle de se figurer ce qui serait autre chose que ces mêmes objets ailleurs éventuellement de la démarche heuristique qui la lui découvrent comme étant, sans être accessible à l’expérience immédiate qu’il peut en réaliser, une découverte qui devient l’objet d’un étonnement qui permet d’anticiper sur d’autres découvertes, toujours dans la continuité des natures existantes. § Or, ces deux qualités mêmes, si elles dépassent non seulement l’entendement humain par leur profondeur et leur compréhension, voire même par leur essence même — ce qui est possible n’est pas encore et suppose une puissance qui en réalise une effectivité — mais encore échappent à son effort de se représenter ce qu’elles pourraient signifier réellement dans leur éventualité, tellement elles font appel à une créativité productrice de formes qui est au-delà de toute anticipation et de toute désidération humaine, par son infinitude, sa complexité et son déploiement dans la durée et puisque, dans sa constitution même, le fait indéniable de son existence devient alors une donnée irréfutable que l’on peut simplement accepter comme un acquis, sans chercher plus loin à se la justifier à la conscience, ou dont on peut interroger la provenance et la destination en constatant qu’elle illustre dans son existence même un tout dynamique qui est issu d’un avant — celui qui précède la conscience que l’on en possède, dans la connaissance que l’on en acquiert grâce à l’effort de l’intelligence — et qui se dirige vers un après — celui qui succède à celle-ci, en raison de transformations, de métamorphoses, de générations et de corruptions qui caractérisent ce dynamisme. Ainsi, la conscience se trouve-t-elle dans l’obligation d’évoquer une puissance qui, dans la nature et dans l’essence de sa substance, échappe à la conception humaine sans pourtant être étrangère à la logique et au sentiment qui en gouvernent l’activité même dans l’intelligence et dans la raison. § Mais déjà, dans cet acte d’appréhender, de désigner et de nommer, il y a pour l’esprit un désir de se dépasser, à la fois dans l’intelligence qu’il peut développer et déployer de son monde et de sa propre nature, comme de celle de l’être qui la manifeste, et dans sa propre capacité à l’habiter, à l’occuper, à la façonner et à la transformer en lui donnant un sens qui concorde avec cette intelligence. § Nonobstant toutes ces considérations, cependant, il existe un second mystère existentiel qui est concomitant au mystère de la création mais qui, à première vue, est entièrement subsumé par celui-ci, sans l’être réellement, puisqu’il touche à l’immatérialité et à la sublimité de la conscience dont il est la substance intangible et nécessaire, car sans elle, la conscience ne saurait exister, celui du vivant, de sa génération et de sa distinction en deux genres sexués majeurs — le masculin et le féminin —, présents à des degrés variables, plus ou moins discrets, à l’intérieur de tous les genres de la création, doués de vie, et de toutes les espèces qui les spécifient jusque dans leur individualité unique, deux genres qui tantôt se complètent dans l’harmonie et tantôt entrent en rivalité dans la discorde, en illustrant, par cette tension continuelle, la présence d’un état d’attraction fusionnelle des âmes, des intellects et des corps qui, lorsqu’elle est suffisamment accomplie, et toujours apte à s’accomplir encore plus et plus complètement, produit la premier effet qui se manifeste dans la progéniture qui en procède. Ce mystère, inhérent à la vie qui accomplit la Création et qui actualise l’émanation de la Puissance qui en est à l’origine, est celui de l’amour qui est peut-être l’état le plus sublime et le plus désirable que peuvent réaliser deux êtres sexués qui se reconnaissent comme en actualisant l’état, en éprouvant dans leur intériorité consciente le sentiment correspondant, ineffable et inénarrable comme le sont la conscience, l’intelligence, le cœur et la raison qui le produisent — car la pensée est aussi, à sa manière, un sentiment comme le sentiment est aussi, une manière de penser — et qui, à travers lui, aspirent ensemble à atteindre la plénitude de la vie par la perfection et la complétude qu’ils parviennent, sur la durée, à développer pour elle, en raison de l’expérience — et des épreuves que celle-ci apporte avec elle — que l’existence les entraîne à éprouver et leur permet de vivre pour en réaliser, en totalité ou en partie, la potentialité infinie et éternelle qui en caractérise l’essence. — Création et amour, substance réelle de la vie qui en procède et qui l’achève — voilà donc les deux concepts-clefs d’une analyse existentielle qui n’est pas concernée uniquement par le fait de l’existence mais encore par une pleine intelligence de tous ses ressorts et de tous ses conséquents, autant au plan de l’esprit qui se les représente et les appréhende dans l’intelligence et dans l’expérimentation agissante, par la raison, au plan de l’âme par les sentiments qu’il éveille en l’esprit, en suscitant ainsi son activité, et au plan de l’action concrète et sensible par lequel il entre en relation tantôt constructive et tantôt destructive avec la nature et la matière — vivante et/ou inerte — qui la constitue.

La légende rapporte que saint Rémi, s’adressant à Clovis le jour de son baptême, lui ordonna désormais «d’adorer ce qu’il avait brûlé (les signes, les insignes et les autres témoignages ostensibles de la foi Chrétienne) et de brûler ce qu’il avait adoré (ceux qui rendaient hommage à l’idolâtrie Païenne germanique de ses ancêtres, dont il se faisait jusqu’alors le défenseur)»: le saint archevêque illustrait ainsi qu’il est possible de dévaloriser ce qui est éminemment désirable, en contredisant ainsi un principe fondamental de la piété et, en lieu, d’accorder une valeur prépondérante à ce qui ne mériterait nullement une telle considération. § Or, il serait intéressant de s’interroger sur la propension réelle des hommes à effectuer un tel renversement des valeurs (ce qui, en ce cas-ci est une remise en question radicale d’une tradition culturelle et des idées reçues qui en procèdent) — et sur les conditions réelles de son apparition, résultant de l’adoption d’une croyance nouvelle, importée de l’Orient en raison de l’exposition de l’Empire romain à toutes les formes de pensées, de sagesses et d’appartenances religieuses qui y prolifèrent — et de voir en ce qui est vil et méprisable, aux yeux de celle-ci, quelque chose qui est éminemment digne d’être estimée, tout en jugeant comme étant du dernier ordre ce qui, à leur esprit, devrait figurer au premier rang, lorsque l’on considère en toute sagesse la véritable importance des idées et des convictions, ainsi que des personnes qui les incarnent. § Il ne serait pas inutile, en passant, de faire remarquer que la piété de Clovis, au sens où les Anciens utilisaient ce terme, ne s’est jamais démentie: or, le génie de saint Rémi fut non pas de détruire celle-ci, mais de la ré-orienter, avec l’aide de Clotilde, son amie et l’épouse de Clovis, vers une forme plus élevée de sa réalisation, celle que lui permettait de découvrir la religion chrétienne. Car il faudrait se souvenir que les convictions antérieures de Clovis étaient formées par la tradition, autant de ses pères, puisqu’il était Franc et roi de cette tribu, et de sa culture d’adoption, puisqu’il était également un patricien Romain, un vir magnificus selon saint Rémi, un titre de fonctionnaire hérité de son grand-père Childéric, qui, en tant que le gouverneur impérial d’une province romaine, la Seconde Belgique, le situait au second rang de la hiérarchie sociale, celui des aristocraties romaines municipales. Or cette fonction, comme toutes celles comportant un certain prestige et émanant du pouvoir impérial romain, ne faisait aucune distinction entre l’exercice laïc et l’exercice religieux du pouvoir, puisque ces deux aspects étaient éminemment liés à l’intérieur du magistère politique des dirigeants de l’Empire. Or, dans cette action spirituelle et religieuse opérée par le digne archevêque, l’on retrouve ainsi illustrée la véritable nature de la conversion, qui n’est pas une destruction de la personne, et des qualités qui en définissent l’excellence, autant morale que politique, mais dans une transformation de ses croyances, de ses convictions et de ses formes de pensée, une idée que rend plus clairement le mot grec metanoèse d’où procède le mot d’origine latine.

Si d’un point de vue logique, la subreption consiste en ce processus par lequel on argue d’un principe en sophistiquant, ou en altérant autrement, l’argument qui l’apporte un aspect essentiel à sa compréhension intégrale, de manière à en détourner le sens essentiel et premier, et l’obreption, celui qui consiste à formuler un argument en induisant l’interlocuteur en erreur, soit en faussant les informations qu’il contient, nous pourrions nommer infrareption celui qui consiste à soustraire à un argument des éléments de sorte à en diminuer la portée et empêcher que l’on amène celui-ci à sa pleine conclusion logique afin d’en tirer des conclusions justes et adéquates, le biais cognitif caractérisant le processus qui refuse de reconnaître la qualité du sens véridique de l’argument afin d’en nier la portée, d’en reconnaître la force et d’en accréditer la validité et ainsi, pour l’intelligence, d’avoir à modifier ses perspectives préalables sur le sujet. § Ainsi, le rasoir d’Occam, qui énonce le principe que la raison explicative la plus simple est souvent la plus juste et satisfaisante, et que par conséquent elle doive être retenue, serait un tel exemple d’infrareption, lorsqu’en effet, cette raison simplifiée s’avère bien en-deçà de celle qui, dans sa complétude, assurerait une appréhension pleine et une compréhension entière du phénomène qui en motive l’application.

Par un étrange paradoxe, le Surhomme nietzschéen, dont l’éruption spontanée dans l’histoire de la pensée requerrait que l’historien en explique la survenue, nécessite, afin de se réaliser au plan sociétal une technologie complémentaire, un pharmakon, apte à décupler artificiellement ses capacités et à diversifier les domaines en lesquels ses aptitudes trouvent à pouvoir se développer et à s’exercer. § De sorte que cette version augmentée de l’homme, qui en exprime à la fois la forme la plus haute de son accomplissement et la découverte ainsi que l’exacerbation de ses possibilités les plus inattendues, inscrites à même sa nature malgré qu’elles fussent au départ insoupçonnées, constitue la finalité d’un état qui, tout en étant organique, nécessite de faire corps avec un appareillage et un outillage qui orientent la direction de sa réalisation comme ils l’encadrent de manière à lui faire sentir des limites que l’idéal du Surhomme sera appelé à dépasser. § En somme, sous cet aspect, le nietzschéisme est une forme de prométhéisme par lequel la nature humaine cherche à combler ce qu’elle en conçoit comme en étant déficitaire et, dans cette opposition que fait Nietzsche entre le côté appolinien de l’homme, axé sur la vérité, et son côté dionysien, porté sur l’expérience hédoniste, on voit se dessiner l’opposition mythique entre son côté prométhéen (technologique) et son côté épiméthéen (naturaliste), sauf à taire discrètement, peut-être de manière éditoriale, ce second terme du dilemme.

Freud, ainsi que nous l’avons relevé en d’autres circonstances, opposa comme étant les deux principes fondamentaux de l’existence, Eros et Thanatos, l’Amour dans son sens le plus primordial qui ne renvoie pas à la sensualité des hédonistes, mais plutôt celui des eudémonistes, et la Mort qui semble être dans cette conception une force aveugle — plutôt qu’une agence volitive consciente et intentionnelle — qui mène ultérieurement à l’interruption de l’existence. § Or cette opposition n’apparaît clairement, quant à sa réalité expérientielle, que si Eros devient la principe de la Vie (Zoé), le véritable contraire de Thanatos, et que le principe de celui-ci serait la Haine (Misos), le véritable contraire d’Eros. § Ainsi, en en spécifiant tous les termes de l’éllipse, qui transpire du couple sémantique freudien Eros - Thanatos, on retrouve l’analogie implicite Eros : Misos :: Zoè : Thanatos, par laquelle il est signifié que la dialectique fondamentale serait celle qui s’établit entre Zoè (la Vie) et Thanatos (la Mort), lesquels trouvent leur expression finale dans l’opposition constant, dynamique et protéiforme, entre l’amour (Eros) et la Haine (Misos). Consécutivement rejoint-on en même temps la théorie d’Empédocle qui propose, en addition aux quatre éléments physique de base des Anciens, l’Eau, l’Air, la Terre et le Feu, les deux éléments-forces de l’amour-sympathie (philotès) et de la haine-antipathie (neikos) qui se résorbent dans l’opposition entre Eros et Misos. Nonobstant les nuances aptes à être apportées entre les notions d’Eros et de Philotès, comme entre celles de Misos et de Neikos, le paralléllisme conceptuel est suffisamment évident et percutant pour qu’il suscite une interrogation et une attention intellectuelles.

Il y a également un parallèle à établir entre la signification réelle, religieuse et spirituelle, des deux fêtes capitales du Judaïsme et Christianisme, la Pâque et Pâques: l’une célèbre la libération du peuple Juif de l’esclavage en lequel il avait été réduit, lors de son séjour en Égypte et l’autre, par la résurrection subséquente de Jésus après son supplice, de la victoire de la Vie sur la Mort,  laquelle renvoie implicitement à la théorie freudienne amplifiée et proposerait comme article de foi celle de l’Amour (Eros) sur la Haine (Misos). § Or, qui s’arrête à considérer ces nouvelles distinctions entre, d’une part, la liberté et l’esclavage et, d’autre part, la Vie et la Mort, s’apercevra qu’elles sont complémentaires, voire qu’elles se situassent à deux modes d’existence distinctes, la vie psychique pour l’une et la vie spirituelle pour l’autre, puisque toutes les deux représentent une conception de la Vie et des restrictions qu’elle est susceptible de subir: l’une en limitant les possibilités de son expression, suivant les conditions d’une volonté étrangère aliénante, et l’autre par l’exacerbation radicale de ces conditions menant à une souffrance atroce, préalable à la privation irréversible de la Vie que constitue la Mort. § Comme la puissance surnaturelle de l’Éternel devient le garant du miracle que constitue la libération politique des Hébreux captifs du régime Égyptien, l’illustration encore plus glorieuse et consommée de cette Toute-Puissance prodigieuse et incommensurable trouve son expression avec la Résurrection annoncée, puis accomplie du Messie supplicié et livré à la Mort, c’est-à-dire avec le triomphe absolu de la puissance de la Vie sur celle qui la détruit par la souffrance et l’homicide. § Ainsi, plutôt que voir en ces deux religions des réalités spirituelles opposées et distinctes, aptes à produire un choix exclusif, c’est-à-dire opter soit pour la liberté politique, soit pour la libération spirituelle, il s’agirait de les concevoir toutes deux comme étant la célébration du miracle de la Vie et, pour ce qui est du Christianisme, l’accomplissement au plan spirituel de la liberté au plan existentiel, grâce à la puissance transcendante et surnaturelle de l’Éternel qui rend possible cette issue hautement désirée mais tout aussi improbable, l’émancipation entière de tout un peuple et le triomphe de la Vie sur la Mort du peuple des enfants de Dieu qui se sait et se conçoit comme tels, cette seconde conséquence apparaissant comme ayant été préparée par la première. § Car non seulement la liberté est-elle essentielle à l’expression optimale de la Vie, mais encore la primauté et la prépondérance de celle-ci est-elle nécessaire à la plénitude de sa manifestation la plus accomplie, non plus à l’échelle historique des existences particulières mais plutôt à l’échelle intemporelle et universelle de l’éternité et de l’infinité.

Aucun État n’est l’illustration d’une forme pure de la modalité et du principe fondamental de sa constitution qui peut être l’une de plusieurs: l’ocholocratie fondée sur le principe de l’anarchie; la démocratie fondée sur celui de la synarchie; la théocratie sur celui de l’hiérarchie; l’aristocratie sur l’oligarchie, tantôt économique et financière (l’aristocratie de l’argent, avec pour ressort la ploutocratie, et tantôt politique et morale (l’aristocratie du sang, avec pour ressort la timocratie); la kleptocratie sur la biarchie; la bureaucratie sur l’autarchie; et l’autocratie sur la monarchie, soit séculière et profane, soit religieuse et sacrée. § Pour cette raison, il représente à différents degrés des uns et des autres, des formes mixtes qui tendront, dans la concurrence des valeurs, des intérêts et des forces qui les caractérisent, vers l’accomplissement d’un idéal de perfection qui, à défaut de se réaliser historiquement, sur une période de temps trans-générationnelle, deviendra, en raison de ce manque, la cause de son éventuelle décadence et de sa disparition.

La grande ironie de l’existence romantique: l’âme aspire à rencontrer le compagnon ou la compagne désirés afin d’accomplir l’un avec l’autre le grand amour mais tantôt les circonstances ne permettent pas que se réalise la relation, en raison de l’adversité qu’elle suscite et des contrariétés qui en caractérisent les événements, et tantôt elles se mettent en place sans que ne se révèle la possibilité de faire cette rencontre et de fonder le couple qui l’exprime.

Un grand nombre d’erreurs résultent de l’inconscience et de l’ignorance de leurs auteurs et, si ceux-ci sont dans l’obligation d’assumer une quelconque responsabilité face à celles-là, c’est de ne pas avoir suffisamment produit l’effort afin de combler les lacunes laissées par elles et que seules la réflexion et l’étude, l’introspection et l’éducation peuvent corriger. § Nonobstant cette considération cependant, il n’est pas exclu que certaines conséquences fâcheuses et déplorables puissent procéder, le cas échéant, de la malice qui accompagne l’évidence de leur présence — qui est en réalité une absence, celle de l’expérience adéquatement examinée, de la science que l’esprit en retire et de la sagesse de la conduite et des actions qui en résultent —, le défi consistera à distinguer entre l’erreur produite distraitement, sans intention malveillante, et la faute commise à dessein et à déterminer si une action reprochable est attribuable à la première ou à la seconde instance.

Ce n’est pas parce que l’on n’a pas découvert le sens d’une chose que l’on doive conclure que celle-ci n’en reçoit aucun.

Le meilleur argument en faveur de la présence éventuelle d’un sens qu’il convient d’attribuer à une chose, c’est l’inclination spontanée à lui en découvrir et à lui en attribuer un, lorsque celle-ci ne semble aucunement en posséder, car alors il s’agirait de savoir quelle est la source et l’origine de cette spontanéité.

Le corollaire de la thèse spinoziste, qui énonce que tout existant tend à se conserver et à se perpétuer en son état, serait que celui-ci, ayant la puissance en ce sens — celle qui est propre à une vie intelligente et rationnelle — tendra à se justifier dans l’état où il se trouve de sorte que le caractère épistémique du jugement porté sur cette justificatioon sera celui qui est le propre de toute science, à savoir la vérité de cette action et la probabilité de sa démonstration, conformément à l’évolution épistémologique de l’esprit du temps en lequel se produit cette action.

Le degré de l’intégration sociale d’un individu s’apprécie à l’honneur dont on lui témoigne et qui s’apprécie en termes de la désirabilité de sa compagnie, et de la recherche qu’elle suscite de se trouver en celle-ci, autant chez ses congénères du même sexe que chez ceux du sexe opposé, et du prestige qui lui est accordé en raison de son importance sociale et de la fortune dont il jouit en raison de celle-ci, ces deux facteurs entrant en rapport d’interaction mutuelle.

Il en est de toute qualité comme de tout autre concept qui soit le reflet du réel: soit qu’il nous appartienne de la constater, comme étant ou n’étant pas, soit qu’elle nous échappe comme étant fictive et inventée; dans le premier cas d’une qualité qui se révèle, elle est apte à exister à des degrés différents sous certaine conditions que l’esprit est susceptible d’apprécier.

Le tabou crée la vache sacrée.

Lorsque l’on s’interroge sur la nature d’une action — sur sa valeur eu égard aux effets qu’elle produit et des conséquences qui en résultent —, on doit toujours en examiner à la fois sa raison d’être — ce pourquoi elle est effectuée — et la fin proposée pour sa réalisation — ce en vue de quoi elle est actualisée, tout en s’assurant qu’il existe une concordance logique et ontologique entre ces aspects ou, du moins, un minimum de dissonance.

Séparer pour mieux distinguer ne signifie pas distinguer pour mieux séparer: car implicite à toute distinction existe l’unité qui la rend possible, car l’on ne distingue que ce qui, tout en formant un ensemble, est néanmoins composé d’éléments qui, malgré leur particularité et leur singularité, constituent cet ensemble de sorte que la distinction recherchée par l’analyse logique ne constitue qu’une première étape dans l’appréciation de l’ensemble et fait surgir la question du mystère sur lequel peut procéder et surgir cette qualité unifiante, à partir d’une variété aussi apparemment disparate.

La thèse qui énonce que le politique est par essence amorale (J. Freund) omet une considération primordiale, à savoir que son activité est au service de la vie et que, par conséquent, ce champ ne saurait être indifférent à cette valeur essentielle et à cet état fondamental puisque, autrement, il nie l’état même qui en établit et en établit la possibilité.

Une dialectique existentielle, spirituelle et morale, oppose au profond vortex de l’adultère, indéterminé quant à son envergure, autant intensive qu’extensive, et variable d’une conscience à l’autre selon la qualité de l’expérience qui le produit et du sentiment moral qui lui est associé, la spirale infinie de l’amour sur lequel repose l’énergie vivifiante et édifiante qui, dans l’âme, en rachète et en comble, pour la dépasser et la transcender, la puissance nihiliste (mais non pas complètement annihilante).

Trois réductions et trois réfutations sont l’effet de la subreption de l’amour, laquelle résulte de l’aliénation de son essence noo-psychique par la force attractive mystérieuse de la matière qui devient pour elle l’occasion, non pas d’une évolution et d’une progression vers sa réalisation, son accomplissement et sa perfection, mais d’une involution, conformément au principe du soma sema (de corps conçu tantôt comme signe, tantôt comme prison et tantôt comme tombeau): ce sont l’amour comme objet de l’intellection, susceptible d’être connu par l’appréhension théorique que l’intellect en accomplit, plutôt que comme un état et une action existentiels; l’amour comme objet esthétique plutôt qu’expérientiel, apte à faire l’objet d’une contemplation, plutôt que comme une puissance à actualiser et à être éprouvée; et l’amour comme objet charnel utilitaire, cause et moyen d’abord d’un plaisir sensuel, souvent dans la vénalité, plutôt que l’extériorisation de sa personne, source du bonheur éprouvé dans la rencontre avec autrui, d’un sentiment qui s’accomplit dans la mutualité de la relation cultivée.

Savoir, ce n’est pas encore comprendre: ainsi, le savoir devient-il une incitation à l’effort de comprendre, c’est-à-dire d’étendre l’horizon, la profondeur et la hauteur de son intelligence, le mystère étant, relativement, la connaissance qui dépasse la limite de son illustration actuelle et, absolument, sa capacité et sa possibilité effectives.

Dans cette dialectique transcendante et divine succède éternellement à la perfection une perfection plus grande encore, un mouvement qui est implicite à l’entéléchie de l’accomplissement qui émane de Dieu et qui est inhérente à son essence immuable mais néanmoins changeante dans la superlativité suprême qui la caractérise (car autrement, comme la source et la finalité du changement pourraient-elles être inscrite dans la nature fondamentale de l’homme ? ), aucun être n’est complètement réalisé puisqu’il est engagé sur cette voie de la perfection et que, dans sa sociabilité, chacun est apte à participer à la perfection de son congénère.

La dialectique se fonde sur la découverte d’un mixte ontologique naturellement présent dans les choses de sorte à fausser le principe du tiers exclu — ou A ou B (sans terme mitoyen) plutôt que et A et B à des degrés variables (ce qui fait intervenir un terme mitoyen possédant à la fois les propriétés à la fois de A ainsi que de B) —: son premier moment vient avec la découverte par les physiciens de l’archè qui transpose au plan matériel le principe réel (de l’eau, de la terre, de l’air et du feu) d’une origine que la métaphysique orphique, plus spécifiquement sa cosmogonie,  situait au plan intellectuel et spirituel de l’être, c’est-à-dire de déités abstraites plutôt que personnelles et individuelles; son second moment, illustratif  aussi d’une opposition, celle du spirituel qui correspond au matériel, toutes les deux étant constitutives de l’Être, résulte de la découverte, par les philosophes subséquents, de principes intellectuels et spirituels (le nombre, le noos, l’apeiron, l’Eros et l’Un) auxquels revient également le statut d’archè, mais en ceux-ci, en ce qui concerne l’Un et l’Eros, existe une opposition implicite, l’Eros étant dynamiquement constitué autour des principes de la Sympathie et de l’Antipathie, comme dans l’Un, il existerait non plus uniquement l’Immuabilité, mais également le Changement; son troisième  moment vient avec la découverte de l’arêtè aristolécienne comme étant un mixte d’opposés moraux — le vice opposé au défaut, tous les deux constituant soit une déviation, soit la perversion ou la déviation de la vertu, laquelle devient alors l’idéal et situe l’archè de la vertu, en en spécifiant la forme,  au plan du terme mitoyen susceptible de les transcender et de les réconcilier (in medio stat virtus); viennent ensuite les troisième et quatrième moments de la dialectique augustinienne, puis hégélienne, qui, en vertu de leur schéma respectif, moral pour celle-là — la vertu qu’oppose le vice et que tente de réconcilier le défaut du vice — et rationnel pour celui-ci — l’affirmation que réfute la négation et que dépasse transcendantalement (selon le principe de l’Aufhebung) la négation de la négation —, expriment chacune de leur côté une conception de la transcendance comme subsumant la vertu, chez Augustin, et comme sursumant implicitement, chez Hegel, la transcendance, puisque celle-ci est contenue dans le concept en raison de son imperfection à signifier la vérité intégrale et complète; le cinquième moment, qui fait son apparition avec Marx, transpose au plan historique et matériel les moments idéels de la dialectique hégélienne en opposant à la possession arbitraire et concentrée des richesses par une classe de la société (la bourgeoisie) le travail rémunéré d’une autre classe de la même société (le prolétariat), une opposition qui doit inéluctablement aboutir à la violence révolutionnaire avec l’effort de rétablir une justice parfaitement équitable en raison de la lutte que se livreront ces deux classes distinctes de la société, dans cette scission originelle, remontant à la nuit des temps, entre l’inaccomplissement relatif de l’être et le devoir-être de son accomplissement de plus en plus complet.

Le destin, qui se résume dans le mouvement de l’histoire mais qui procède d’une logique transcendante dont l’intellect s’efforce de capter les ressorts — sa source, sa cause, sa raison d’être, son principe, ses lois et sa finalité — apparaît aux Anciens qui en ont étudié la nature comme étant inexorable et implacable, voire mystérieux et inexplicable; d’où la nécessité, afin d’en neutraliser les effets, qui ont résulté d’un abus historique fatal par l’homme de sa liberté, consigné dans les mythes, d’une Rédemption qui trouve son origine dans cette transcendance et dans l’univers spirituel qu’elle caractérise par son action.

Il conviendrait de considérer et d’analyser l’apophtègme suivant: «Nulle action n’est sans conséquence et il revient à son auteur d’assumer entièrement le sort issu de la responsabilité qui est la sienne de l’avoir produite».

Tout propagandiste a compris ce principe, à savoir que quiconque contrôle le mythe du monde (le récit qui le rend intelligible et que l’on tient pour être vrai, peu importe de savoir si tel est le cas) contrôle également la pensée et l’action de ses habitants car le mythe est avant tout rassembleur, c’est-à-dire constitutif d’une unité, et il importe peu qu’il soit vrai — porteur exclusivement de la vérité objective, vérifiable dans son propos et dans son action  — car l’efficace de son action unificatrice est la véritable et peut-être même l’unique raison d’être de son existence et la conviction qu’elle inspire d’être véridique malgré sa fausseté réelle, chez les auditeurs qui l’accueillent sans être critique de son influence, est suffisante à en assurer la pérennité et la persistance. §Voilà pourquoi la vérité est le plus grand ennemi du mythe quoique celle-ci, en autant où elle ne remplit pas la condition d’être entièrement juste et complète, participe du mythe en raison même de cette imperfection et de cette incomplétude: c’est la raison pour laquelle la recherche constante de la vérité, dans la critique de ses propres énoncées et de ses propres conclusions, est une action primordiale et aussi celle pour laquelle elle est perçue en certains milieux intéressés comme étant répréhensible et menaçante, adversaire de la pensée prédominante et subversive de l’action qui en résulte; de sorte qu’il devient essentiel au plus haut point non seulement de connaître et de véhiculer la vérité, mais aussi d’en défendre le caractère essentiel et d’en justifier l’existence, comme le besoin de le communiquer ouvertement, car non seulement est-ce nécessaire que l’objet de sa croyance soit en même temps vrai, mais aussi de savoir que ce en quoi l’on croit est éminemment vrai, si ce n’est afin d’éviter la désillusion car, lorsqu’elle est conséquente, elle peut également être funeste et compromettre, non seulement la qualité de l’existence, mais jusqu’à son état même; d’où la priorité accordée à favoriser la vérité sur le mensonge et la capacité de distinguer le vrai du faux et la réalité du rêve qui, si convaincant qu’il paraisse, n’en demeure pas moins empreint de fantasme et d’imaginations.

Anamnèse — qui suis-je ? d’où proviens-je ? où vais-je ?

L’être de l’homme est amour quant à son essence et vie quant à son existence.

La dignité est à l'univers moral ce que sont la valeur financière à l'univers économique, le prestige et l'importance à l'univers politique, la substance à l'univers intellectuel et la situation à l'univers social: plût-au-Ciel qu'une cohérence et une correspondance minimales existassent entre ces trois plans afin que s'établisse une stabilité à l'intérieur d'une société bien  constituée et bien ordonnée.

Tels sont ceux qui se glorifient eux-mêmes de peu mais éprouvent énormément de difficulté à louanger autrui de beaucoup.

Si la bonté est une qualité par essence infinie, sous quelles conditions alors, le cas échéant, est-il légitime de dire d'une personne qu'elle serait "trop bonne" ou même "bonnasse" ?

L'homme est un être social autant qu'un être individuel et personnel: ainsi, autant comptent l'opinion qu'autrui a de soi-même, quant à la formation de l'image de soi et aussi de celle qu'elle cultive face à son semblable, que celle que la personne à d'elle-même et de l'estime qu'elle se porte, avec la confiance qui la caractérise lorsqu'elle interagit avec ses proches. Par ailleurs, le double risque qu'elle court, lorsqu'elle se conforme aveuglément à l'un ou autre genre d'opinion, c'est de convenir intégralement, soit de la substance de l'une, soit de celle de l'autre car il est également possible qu'elles toutes les deux erronées, étant exagérées de sorte à valoriser ou à dévaloriser indûment le sujet, soit par intérêt, soit par résignation. Ainsi importe-t-il avant tout de s'assurer que, quelle que soit la qualité de l'opinion tenue, in foro interno,  et/ou énoncée, in foro externo, elle fût d'abord juste avant d'être louangeuse, quoiqu'il ne fût pas à dédaigner qu'elle fût en même temps favorable et distinguée.

Pour un éducateur, il n'y a pas d'action plus satisfaisante que celle d'amener son pupille à faire l'assomption de sa propre individualité, ce qui présuppose en même temps la pleine conscience de son identité, autant sociale que personnelle, celle de sa propre histoire, autant celle de l'humanité à laquelle il appartient que celle de la société où elle se trouve que celle de sa propre vie, autant chronologique que pré-existentielle, autant ethnique et culturelle que familiale et personnelle et du destin, comme de la destinée, qu'il lui revient d'assumer avec tous les devoirs et toutes les responsabilités, comme tous les avantages et tous les désavantages, qui leur sont inhérents, y compris ceux qui sont issus de la culture politique ambiante.

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