samedi 14 janvier 2012

Euthúmèma VI (réflexions) — Révision du 28 janvier 2021

[Depuis le 14 janvier 2012, avec mises à jour périodiques. — Since January 14th 2012, with periodical updates.] 

[action]«Le concept renvoie toujours à une idéation et à la réalité qui puisse se révéler, même si celle-ci est négative — telle le néant, la mort, l’abîme, l’absence ou la privation entières, le trou, le vide, le rien —, et si l’idée qui l’exprime signifie l’absence d’un être ou d’une qualité de l’être. Mais là où naît la confusion, c’est non pas tant dans l’affirmation de cette adéquation qui existe, entre l’idée et le réel, laquelle est au fondement de toute action, pour l’une, et de toute communication, pour l’autre, mais dans la découverte et dans le choix d’une conduite optimale à tenir, pour celle-ci, ainsi que de l’explicitation de la schématisation et de l’exhaustivité du discours qui en procédera pour celle-là.» — Plérôme.

[action]«Le défi majeur, une fois que l’on a visualisé l’idéal et formulé la doctrine qui en exprime la théorie, consiste à en appliquer les principes élevés et de rendre conforme son expérience, ainsi que les actions qui actualisent son existence, aux conceptions merveilleuses qu’elle révèle.» — Plérôme.

[amitié]«L’amitié caractérise celui pour qui le sentiment qui lui est porté répond à l’intensité, la franchise et la profondeur de celui que l’on témoigne à l’égard du frère; la fraternité décrit celui pour qui l’affection éprouvée trouve sa contrepartie dans la constance, la sincérité et la loyauté qui se vivent à l’égard de l’ami.» — Plérôme.

[amour] Dans l’idéal, l’amour est l’état et le sentiment qui naît dans l’âme d’un homme et d’une femme, qui commande leur union, qui anime leur couple et qui dynamise le rapport en vue de la réalisation la plus élevée possible de leur mutualité générique.» — Plérôme.

[amour]«L’expérience nous apprend, voire parfois cruellement et de la manière la plus insensible, que lorsque l’on vit un amour profond et éperdu, ou lorsque l’on est animé par un désir qui nous paraît être aussi légitime qu’il est intense, on doit néanmoins, même là, alors que rien ne semblerait être moins fondé et plus irrésistible, se préparer à comprendre que les plus beaux raisins que le vignoble promettait d’offrir n’offraient pas alors pour autrui la teinte espérée.» — Plérôme.

[art] «L’art est la représentation sensible de la plénitude de l’idéal qui se manifeste et se réalise, d’une manière qui est à la fois unique et excellente — et qui, pour cette raison, devient un modèle de la représentation, en raison de la beauté qui s’en dégage et à laquelle elle donne corps —, parce qu’elle sollicite au plus haut point les moyens, physiques et spirituels, mis à sa disposition dans l’accomplissement de l’œuvre.» — Plérôme.

[art]«Ceux qui relèguent la poésie à n’être que l’expression de la subjectivité pure en nient la qualité opérante par laquelle elle parvient à rejoindre des consciences autres et à opérer éventuellement sur elles une suite de transformations qui influeront jusque sur les choix qu’elles exprimeront et sur les actions qui en découleront; ceux qui voient en la philosophie uniquement l’illustration d’une objectivité pure omettent de considérer l’apport de l’expérience individuelle dans la formulation des théories philosophiques et l’éventuelle information que procure celle-ci au propos établi et au discours qui en résulte, nonobstant la prétention à l’universalité qui anime sincèrement le penseur qui les forment.» — Plérôme.

[communication]«Il existe un phénomène sémantique qui se laisse observer dans la vie des mots, qui consiste à vider les concepts de leur étymologie, c’est-à-dire de leur signification originelle et de son évolution au cours de l’histoire, pour mieux encore leur substituer des connotations à la fois moralement neutres et épistémologiquement créatives, issues de l’interprétation continuelle, et donc éphémère et changeante, que la conscience collective opère sur la réalité qui constitue son expérience et qui illustre tantôt l’inconstance de la nature humaine dans son rapport à l’essence des choses, êtres réels ou êtres de la raison, et tantôt l’effet prédominant du mouvement historique qui est inhérent aux conditions de l’existence.» — Plérôme.

[conscience]«Peut on estimer adéquatement le passé sans comprendre sa signification effective pour le présent ? Peut-on regarder et vivre à l’intérieur du présent sans considérer qu’il se construit sur des réalisations antérieures et que les accomplissements auxquels il conduit auront une continuité plus ou moins longue dans l’avenir ? Peut-on anticiper sur l’avenir sans imaginer qu’il doive, à la manière du serpent qui quitte une peau devenue trop serrée, se transmuer en quelque chose qui préserve l’essence de son fondement, mais non pas l’intégralité de celui-ci ?» — Plérôme.

[critique]«Deux mentalités opposées, mais non pas nécessairement contraires: la mentalité critique, qui tait les qualités positives d’une chose en vue de faire ressortir celles qui sont négatives; et la mentalité apologétique, qui passe sous silence les qualités négatives qui sont susceptibles de lui être attribuées, afin de mettre en relief plutôt celles qui sont positives et insister sur leur présence.» — Plérôme.

[critique]«La critique sincère, profonde et objective s’avère en principe essentielle à la progression de l’humanité, puisqu’elle ramène toujours la réalité qui est au fondement de son activité à une notion de la perfection, au nom de laquelle celle-là est estimée accomplie et acceptable, ou au contraire révocable, puisqu’elle serait susceptible de recevoir une amélioration. § Mais voilà que l’action critique peut aussi s’exercer à l’endroit de la notion de la perfection elle-même, de sorte qu’il ne suffit pas seulement de posséder une telle notion, ou même prétendre la posséder, pour justifier la critique que l’on exerce à l’endroit d’un état donné, mais encore faut-il se représenter le concept que l’on en possède et éventuellement le communiquer, afin qu’il soit illustrée  et reconnu comme étant un des termes qui entrent dans le processus de la critique de la réalité que constitue cet état, de manière à pouvoir estimer en quoi la critique portée est entièrement justifiable et en quoi elle peut s’avérer être, au mieux, fantaisiste et imaginative et, au pire, erronée et déformante. § Car seul le désir d’accomplir avec justesse et probité une activité critique doit animer la volonté de son auteur et seule la réalisation effective de ce désir par une critique aussi juste qu’elle est fondée doit servir à témoigner de cette intention, de sorte que toute critique qui se refuserait à confronter ses assertions et ses conclusions à l’idéal de la perfection au nom duquel elle s’accomplit, serait passible du soupçon qui pèserait alors sur elle de transporter en elle une partialité inadmissible et un subjectivisme inavoué.» — Plérôme.

[culture]«Il entre dans le dessein de toute culture d’être égale à elle-même, c’est-à-dire conforme à l’idéal le plus élevé que l’esprit collectif qu’elle a développée entretient de lui-même, tel qu’il s’incarne dans son élite la meilleur à travers les âges: ainsi, dans l’émulation que les cultures ne cessent de démontrer entre elles, dans le rapport qu’elles entretiennent les unes avec les autres, celle qui fera preuve d’une supériorité morale et culturelle sera celle qui réussira le mieux à rencontrer cet idéal, pourvu que cela faisant, elle n’empiète pas sur l’action de l’autre à rencontrer son propre idéal. De plus, lorsque l’idéal d’une culture rencontre en celui de l’autre une heureuse complémentarité, sinon une franche identité dans la perfection qu’elles ont atteinte ou après laquelle elles aspirent de manière authentique, alors leur rapport sera harmonieux au plus haut point et se manifestera par une coopération constructive et mutuellement bénéfique. § Mais lorsque la nature des idéaux, que proposent respectivement à leurs populations des cultures distinctes, s’avère irréconciliable avec ceux d’une autre culture, que par surcroît la contiguïté des espaces géographiques et/ou spirituels rapproche, il en résultera que la rivalité particulière inscrite dans le rapport d’émulation dégénérera en conflit et en guerre, constituant alors l’aveu implicite et la manifestation explicite de l’échec essuyé par les représentants, formels ou informels, de ces cultures, à s’entendre sur un terrain idéologique et axiologique, apte à réaliser le désir et la volonté de réconcilier leurs idéaux respectifs et à découvrir les moyens pratiques correspondants, susceptibles de se résorber en une mutualité des finalités spirituelles et existentielles.» — Plérôme.

[culture]«La barbarie déconcerte l’idéal grâce auquel l’esprit civilisé vit le bonheur de sa réalisation actuelle et, par anticipation, la joie de pouvoir espérer atteindre un niveau encore plus élevé de son achèvement; la décadence illustre la distance régressive et dégénérée parcourue par l’idéal bafoué, lorsque ne reste plus, pour en exprimer l’importance essentielle, que la nostalgie d’une idée que l’on ne trouve plus à pouvoir actualiser, sauf très incomplètement, devant la résistance générale qui est opposée à ce qu’elle puisse à nouveau briller dans le firmament de son exaltation effective.» — Plérôme.

[devoir]«En l’absence du devoir-être, que représente implicitement un idéal, le sujet conscient et moral ne saurait comprendre en quoi la situation qui prévaut peut se comprendre comme étant ni parfaite, ni accomplie; et en l’absence d’un idéal, compris comme inspirant le devoir-être le plus élevé que l’on puisse concevoir, il ne saurait accorder une direction optimale aux actions, tant individuelles que collectives, qui émaneraient de cet idéal, producteur des idées-régulatrices qui le gouvernent, ni espérer qu’elles puissent recevoir une telle direction, lorsqu’elle semblerait leur manquer.» — Plérôme.

[devoir]«Le devoir de tout homme politique, lorsqu’il met son action au service de la vie, autant celle de la collectivité dont il fait office de représentant que celle des particuliers et des groupes qui la composent, c’est de préserver ce qui vaut l’être, de transformer ce qui doit être amélioré et d’imaginer, en consultant auprès de ses collègues et de ses commettants, les solutions aux problèmes inédits qui se présenteront, le tout dans le respect le plus intégral des valeurs transcendantes et éternelles, de la bonté, de la beauté et de la vérité, et des sentiments incorruptibles et purs en vertu desquels, conjointement, la vie apparaît, se maintient et se perpétue.» — Plérôme.

[droit]«L’intuition fondée sur l’expérience nous enseigne qu’il existe un lien implicite et nécessaire entre la moralité et le droit puisqu’elle est à l’origine du pressentiment qu’aucun droit réel ne saurait exister en l’absence d’une moralité qui commande que l’acteur moral et social s’en inspirera et le maintiendra afin de réaliser un bien et que le plus grand droit est celui qui porte à réaliser le plus grand bien concevable possible; mais que reste-t-il au juste de ce rapport, lorsque l’expérience nous apprend en même temps que seule la moralité qui est cautionnée par la légalité réussit, en société, à échapper à toute sanction (alors qu’en principe toute moralité qui est bonne devrait être cautionnée et même favorisée et encouragée par les autorités et la société en général) et que, d’une manière complémentaire, l’immoralité qu’aucune légalité ne réprouve formellement n’apportera avec elle nulle flétrissure ni blâme qui seraient commandés juridiquement par des autorités légalement constituées ?» — Plérôme.

[droit]«La tolérance-zéro manifeste en réalité une intolérance absolue puisque, en négligeant d’exercer un jugement particulier sur les circonstances entourant la production d’une situation ou d’un événement, elle risque d’exclure des considérations morales essentielles de ses considérations et de châtier sans discrimination une exception autrement louable, étant bénéfique et estimable.» — Plérôme.

[droit]«Lorsqu’une loi ou un système de lois s’avèrent subversives de la justice même, ce qui en définit la mauvaiseté, elle pèche par deux effets majeurs importants: pour les sujets de droit qui, scrupuleux de faire preuve d’un civisme exemplaire et irréprochable, obéissent aux injonctions et aux obligations qui en émanent, elles constituent un empêchement à réaliser le bien, autant celui qui est constitutif de l’idéal que celui que l’agent moral accomplit; pour les sujets de droit ensuite qui sont dévoués au bien et prennent conscience de l’iniquité juridique qui prévaut, elles accablent injustement l’acteur social qui est moralement irréprochable, en criminalisant son action, en punissant son auteur et en érigeant en exemple d’une conduite répréhensible, une action qui en réalité respecte l’esprit de la loi, puisque celle-ci ne saurait jamais, en principe, se vouer au service du mal et devrait toujours encourager à l’accomplissement du plus grand bien.» — Plérôme.

[économie]«Le paiement en monnaie de singe, qui consiste pour l’essentiel à imiter les mécanismes de la rétribution, s’inspirerait d’une conception adéquate du droit, mais toujours détournée à l’avantage de son agent, fonde son action, non pas sur la raison juridique, réfléchie et profonde, mais sur une apparence minimale de justice qui aura l’avantage d’exonérer celle-ci, en recourant à des arguties sophistiquées et superficielles, tout en discréditant celui-là en invoquant la production d’un tort artificiel et supposé, auquel le principe de l’imperfection généralisée apporte une crédibilité indiscutable, souvent appliquée à ceux dont la vertu exemplaire risquerait de créer un embarras chez ceux qui aspirent à cet état de manière artificielle, une manœuvre qui est contingente, en raison de son utilité, ou apparente, en vertu de plaire généralement.» — Plérôme.

[économie]«Par quelle magie peut-on s’attendre à ce que, à l’intérieur d’une société économique, où chacun serait censé contribuer au bien-être collectif, d’une manière qui est équitable et qui est à la mesure de ses talents et de ses possibilités, dans la plus mutuelle des coopérations et des partages des tâches qui profitent à l’ensemble, les uns en réalisant toujours plus afin de répondre à l’expectative entretenue par les autres qu’ils pourront en contrepartie consentir un effort toujours moindre, l’infrastructure humaine qui fonde la dynamique de cette économie ne s’effondre pas et ainsi neutralise les résultats de  tout désir qui en définisse la performance et de toute espérance qui en suscite le rendement ?» — Plérôme.

[écriture]«Même s’il ignore leur visage, leurs dispositions ainsi que leurs goûts particuliers, puisqu’il n’existe a priori aucun moyen pour lui de connaître son auditoire, avant qu’il ne se révèle et se déclare par les choix de lecture qui le caractérisent, l’écrivain écrit pour ceux qui veulent bien le lire et accueillir son propos, les acceptant comme qu’ils sont, mais en espérant pouvoir exercer une influence transformatrice sur leurs vies. § Par ailleurs, cette espèce de l’écrivain que représente le penseur théoricien écrit afin de révéler ses découvertes intellectuelles, sans présomption par là à rejoindre quelque conscience particulière, à recruter l’adhésion de son intelligence à la vérité que peut communiquer son propos, ni même à opérer sur cet esprit une transformation existentielle, quoique la possibilité que s’effectue une telle rencontre, que sa nature sociale entrevoit en vertu d’une essence humaine qui est commune à tous les hommes, ne saurait être inexistante en lui. § Vérité intérieure subjective et vérité publique objective, voilà grossièrement les deux pôles autour desquels les deux genres majeurs d’écrivain à la fois se distinguent et se ressemblent. De sorte que, si le philosophe désire réconcilier la nature de l’activité à laquelle ils s’adonnent et ils s’exercent respectivement, il doit parvenir à réconcilier en même temps les deux espèces sous lesquelles la vérité se présente, celle qui énonce l’adéquation du sentiment intérieur et du propos manifesté ainsi celle qui exprime l’adéquation de la pensée, du regard de la pensée engagée à réaliser son activité, avec l’objet spécifique ou générique qui en reçoit l’attention et l’intérêt. Deux déterminations donc se présentent à la conscience et sollicitent un effort sérieux de sa part à révéler et à exprimer, pour chacune d’elles, la nature et les conditions: l’intériorité et l’extériorité. § Or, l’une semble être, pour une même activité réflexive, exclusive de l’autre et cette exclusion mutuelle, pourtant réalisée à l’intérieur d’une même conscience, tout en exigeant d’elle qu’elle s’exerce différemment, selon qu’elle se révèle être introspective ou qu’elle s’efforce à étudier la nature et à dégager les lois de l’empirie, serait à l’origine de la scission profonde que l’on a créée entre la littérature et la philosophie, le cœur et la raison, l’âme et l’esprit, la théorie et la pratique. § De cette division profonde, dont la compréhension réelle constitue un défi majeur lancé à la raison comme à l’intelligence, puisque sans une réconciliation de ses termes, l’on ne saurait prétendre à l’unité ni de la conscience (qui est apte à ressentir comme à réfléchir), ni de l’être vivant (susceptible de penser, de s’émouvoir et d’agir), ni de la réalité (en laquelle ils s’inscrivent et en vertu de laquelle ils sont susceptibles de s’exercer différemment, selon les modalités à la fois de la réalité physique et de l’essence qui est propre à leur état), résulte une dichotomie qui est au fondement de toutes celles qui caractérisent la pensée moderne (politique et religion; spiritualité et croyance; science et foi; éthique et droit; pensée et sentiment) et peut-être même l’histoire de la pensée tout court, selon que ces disciplines prétendent à une vérité qui se fonde sur des impressions subjectives, qui se vérifient entre elles par la concordance ou la discordance du sentiment, ou sur des perceptions objectives et consensuelles, parce qu’elles sont avérées et indéniables.» — Plérôme.

[éducation] «Tels sont ceux qui faussent le tronc de l’arbre, puis qui déplorent qu’il ne croisse pas correctement et que ses fruits tombent ailleurs que dans son propre champ.» — Plérôme.

[esprit]«L’esprit de l’homme vacille perpétuellement entre les possibilités imaginaires innombrables que la nature suprasensible de sa pensée théorique lui autorise d’entrevoir, les possibilités limitées que son imagination détermine, en raison de l’influence qu’exercent sur elles les contraintes du monde naturel et qui, par la diversité des conditions qui en résultent, sont autant d’empêchements pour la raison pratique, lorsqu’elle tente de les réaliser toutes. § L’intelligence consiste à comprendre toutes les manières dont serait susceptible de s’exercer l’une et l’autre forme de la pensée, seule ou conjointement l’une avec l’autre, le tout à l’intérieur d’une nature vivante qui est systématiquement connaissable et dont l’autonomie relative, en vertu des lois qui sont immanentes à sa réalité, est à la fois désirable moralement et assurée physiquement. Par ailleurs, la créativité informera la pensée des idées et des moyens optimaux par lesquels celle-ci exercera au maximum ses possibilités intellectuelles, d’une manière qui est harmonieuse avec ses possibilités pratiques, telles qu’elles ont la possibilité de s’exercer à l’intérieur d’un univers constitué en vertu de lois qui offrent une résistance à une efflorescence et à un épanouissement complets de l’imagination, telle qu’autrement elle pourrait se réaliser spontanément, c’est-à-dire en l’absence d’une opposition émanant des conditions propres à sa présence-au-monde et à son intégration organique et harmonieuse à l’intérieur de la phusis.» — Plérôme.

[État]«Un État qui ne se remet jamais en question, en encourageant la critique que ses fonctionnaires pourraient formuler à l’égard de son opération, ni n’accepte d’être remis en question, en suscitant l’expression pondérée et éclairée des opinions dissidentes, émanant de ses citoyens animés par une intention bienveillante et idéale quant à sa réalisation et sa continuation effectives, ou encore celle de leur désaccord profond, voire qu’il fût viscéral et spontané, avec les politiques qui sont appliquées, lorsqu’elles contredisent la théorie juridique sur laquelle se fonde sa constitution et son interprétation actuelle, sera un État dont les théories émises par ses penseurs et ses idéologues, afin de représenter la réalité de son existence et la justesse de son action, justifieront exclusivement son état et sa manière d’être, ses valeurs et ses fins, y compris jusque dans ses hypothèses et ses projections sur l’avenir, puisque précisément l’idée implicite qu’Il véhicule, par la rigidité de ses positions, c’est qu’Il a atteint effectivement un niveau de perfection indépassable, jamais donc susceptible d’être amélioré, sauf dans la catastrophe (produite naturellement ou engendrée socialement) qui en ébranlera les assises fondamentales, juridiques, culturelles et morales, et en détruira les infrastructures matérielles, les structures organisationnelles ainsi que les schémas explicatifs et justificatifs.» — Plérôme.

[existence]«Qui s’instruit, enrichit son esprit; qui vit, enrichit son cœur.» — Plérôme.

[expérience]«Le fait accompli ne constitue en aucun cas une justification suffisante ou adéquate de la valeur morale que l’on peut accorder en toute conscience au dessein qui le médite et à l’acte qui le produit.» — Plérôme.

[féminisme]«Lorsque le féminisme fait la publicité de l’héroïsme incroyable de ces femmes qui, dans le sacrifice qu’elles font de leur existence et dans l’accomplissement de leurs exploits, vont jusqu’à se mesurer au courage des hommes, et parfois même à le surpasser, n’exprime-t-il pas en même temps, si l’on s’y attarde un peu, que collectivement nous oublions combien toute femme, lorsqu’elle se réalise pleinement selon les virtualités inimaginables de sa nature féminine, vaut entièrement de recevoir l’admiration qu’elle suscite et les louanges qui seraient susceptibles de lui être adressées, sauf à déroger de la promotion, par l’exemple, de l’excellence de son sexe et de l’effort constant et sincère à l’accomplir réellement.» — Plérôme.

[foi]«En général, une foi se vit «bien», c’est-à-dire esthétiquement, sans nécessité que le doute ne remette en question la beauté transcendantale de son contenu, tant et aussi longtemps que les vérités sublimes et essentielles qui en constituent la substance ne sont pas éprouvées dans l’expérience: car c’est uniquement avec celle-ci — dont la variété et l’importance des épreuves qui en sont issues procurent à la conscience l’évidence objective et la certitude subjective de la vérité éminemment juste et élevée des principes et des maximes, des commandements et des défenses, des leçons et des enseignements, contenus dans les récits et les doctrines qu’elle professe et qui sont la matière de la foi, trouvant son illustration par excellence devant les difficultés à surmonter et les défis à relever sans qu’ils ne parviennent à infirmer sa valeur essentielle —, que la foi acquiert du relief et de la profondeur comme elle démontre et atteste de sa valeur salutaire, autant pour l’individu qui persiste devant les épreuves qui lui sont imposées que pour la collectivité qui se trouve enrichie par la vertu dont témoigne le fidèle victorieux devant l’adversité.» — Plérôme.

[foi]«La foi transfigure la vie, lorsque la vérité qui est proposée et énoncée par celle-là, ainsi que les témoignages éloquents qui procèdent ultérieurement des conduites et des actions du croyant et qui constituent le gage de sa valeur, transforment et renouvellent les conditions d’un état qui est embourbé dans les conditions sensibles et naturelles qui en étouffent l’expression pleine et adéquate; la vie transfigure la foi, lorsqu’elle inspire les dogmes et qu’elle dynamise les canons qui structurent l’expression de celle-ci pour empêcher qu’elles en nient l’essence et le mouvement et qu’ils compromettent jusque la possibilité de sa réalisation: c’est que la foi constitue l’éclairage le plus brillant et le plus juste sur une vie pleinement et complètement réalisée comme la vie est le principe dynamique par excellence de la foi, en tant que son accomplissement devient la finalité la plus élevée que la foi peut prétendre servir; car toutes deux, autant la foi que la vie, procèdent de la même Source infinie et éternelle, de sorte qu’une foi qui nierait la vie serait une conception aussi absurde que celle d’une vie qui ne supposerait aucune foi, car elles supposeraient toutes deux, ce faisant, une division essentielle et cruciale au sein de l’Unité en vertu de laquelle elles tirent, l’une et l’autre, leur possibilité même, celle-là en tant qu’elle est la révélation de l’Intelligence suprême et la communion de l’esprit de l’homme à Son être, celle-ci en tant qu’elle est l’actualisation et l’instance circonstanciées d’un Être vivant et d’un Principe Suprême de la vie à l’intérieur du monde social, culturel et naturel.» — Plérôme.

[foi]«Le plus grand danger que court toute croyance, toute doctrine ou toute confession, lorsqu’elle est appuyée sur une censure officielle, réside, non pas dans sa négation formelle — ce qui n’est pas toutefois sans représenter un obstacle à son expression —, mais dans la profession ouverte que l’on en fait, sans que ne vienne l’appuyer aucune pratique ni aucune évidence de la sincérité de la personne qui fait l’aveu de son adoption.» — Plérôme.

[guerre]«Lorsque sévit l’état de guerre, voire sous la forme la plus subtile qu’elle est susceptible de prendre, la première erreur est de ne pas s’en apercevoir, la seconde, de prêter sa confiance à ceux qui ne la méritent pas et la troisième, de ne pas savoir reconnaître l’ami véritable que le climat belliqueux rend de plus en plus rare, mais aussi de plus en plus précieux.» — Plérôme.

[histoire]«S’il est vrai que les gens heureux ont aussi une histoire, peut-être serait-il alors avantageux d’en prendre connaissance, sans que cela ne constitue une imposition onéreuse et indue sur leur vie personnelle, et d’en tirer des leçons positives pour ceux qu’elle serait susceptible d’inspirer.» — Plérôme.

[homme]«L’homme est créé, non pour mourir, mais pour vivre; non pour détruire, mais pour créer; non pour exposer, mais pour protéger; non pour haïr, mais pour aimer; non pour goûter au malheur et à la souffrance qui en démultiplie les effets, mais pour jouir au bonheur et aux joies qui l’accompagnent pour en attester la présence: le paradoxe, c’est qu’il lui semble souvent devoir, malgré ses inclinations les plus profondes, agir dans le sens du premier terme du dilemme, afin de réaliser la plénitude du second.» — Plérôme.

[homme]«Si l’homme est la mesure de toutes choses, comme l’affirment les sophistes, nommément Protagoras, il devient alors, puisque l’idée de l’homme se constitue en la mesure de la réalité de tous les hommes, la raison d’une démultiplication des raisons qui l’engendrent et le conçoivent et qu’elle crée des distinctions innombrables entre les hommes autour du pôle logique d’une incomplétude — celle d’une nature limitée et imparfaite— qui ne trouve aucune incitation véritable de vouloir atteindre à un dépassement, en raison de la disparité des critères contre lesquels mesurer l’excellence de chacun et de l’imperfection inhérente à la nature humaine, ni à pouvoir concevoir un Être dont la forme superlative de l’essence et de l’existence surpasse de loin celle qui se réalise en l’humanité et qui pourtant est nécessaire à l’explication et à la justification à la fois de son surgissement et de la possibilité qu’il se produise.» — Plérôme.

[honneur]«En tant qu’il porte atteinte à la victime, qu’il blesse celle-ci dans son intégrité physique et qu’il flétrit la dignité de son être moral, tout crime peut être dit un crime d’honneur: non pas cependant d’un honneur bafoué que l’on relève, tel que l’entend habituellement le sens attribué à ce terme, mais d’un honneur que l’on déconsidère, que l’on méprise, que l’on bafoue, que l’on afflige et que l’on humilie. § Il revient d’ailleurs à un système juridique qui est juste et équitable de reconnaître, de préserver et de sauvegarder en tout justicier le sentiment de cet honneur, dès lors que l’on en impute à lui, sauf alors à devoir composer avec les crimes d’honneur, au sens habituel du terme, lesquels ne sont alors nulle autre choses que des tentatives, de la part des individus que l’on a déshonorés impunément, à redresser les injustices subies et qui ont échappé à l’action légitime de l’appareil étatique comme de l’ordre judiciaire.» — Plérôme.

[honneur]«L’auréole de la gloire, qui entoure une action d’éclat ou une réussite inespérée, est un état auquel chacun s’associe spontanément mais le sujet moral se dissocie volontiers de la honte, issue d’un dénouement malheureux et infortuné, et cédera plutôt naturellement à ses semblables sur lesquels il retombe l’opprobre qui puisse en résulter.» — Plérôme.

[hystérisme]«Quel est ce mystérieux pouvoir de l’esprit, associé aux virtualités étonnamment puissantes de la vie, qui parvient à oblitérer tout un pan, éventuellement essentiel et sûrement remarquable, de la réalité afin de se conforter dans l’espérance de savoir construire un avenir qui serait la représentation imaginaire de l’amélioration merveilleuse que l’on accomplit de la désolation de l’actualité ?» — Plérôme.

[idéal] «Tels sont ceux qui tuent le rêve pour encore mieux établir, accentuer et prolonger le cauchemar qui le suscite.» — Plérôme.

[ignorance]«L’inscience se laisse souvent deviner par ce qu’elle tend à dépriser et à déprécier l’essentiel, pour ne pas dire à le banaliser et à le réduire à une expression tellement simplifiée qu’il en vient à perdre de sa substantialité et de son originalité, en même temps qu’elle est portée à élever l’accessoire et à lui apporter une considération excessive, en complexifiant son expression et en consacrant à sa nécessité et à son importance une théorie élaborée qui parvient, hélas !, à occulter son insignifiance relative par rapport aux questions qui, en raison de toucher le cœur et le fond des choses, demeurent malgré tout primordiales et prioritaires.» — Plérôme.

[ignorance]«Les mathématiques de l’ignorance dérivent et construisent leurs propres équations par lesquelles elles constituent le monde qu’elle recouvre de son ombre négative et obscurante, en espérant ainsi lui assurer la permanence et maintenir son actualité, fondées sur des axiomes paralogiques et incomplets.» — Plérôme.

[imagination]«En dernier ressort, seul l’imaginaire qui se confronte au réel, au réel possible quant aux instances plausibles, au réel effectif quant aux événements véridiques, peut se revendiquer de constituer une valeur de certitude et donc de devenir une faculté génératrice de confiance pour la conscience épistémologique.» — Plérôme.

[imagination]«L’imagination est actuellement, mais faussement, la reine lorsque la conscience s’autorise à s’imaginer faire ou avoir fait une chose et à prétendre néanmoins à l’avoir réalisée effectivement, à vivre ou avoir vécu telle ou telle expérience et à entretenir toutefois le souvenir factice de son accomplissement réel.» — Plérôme.

[intelligence]«Le défaut de l’entendement et de l’interprétation constitue la différence entre la vérité en soi, que la conscience perçoit avec intelligence et reçoit dans sa plénitude, et qui est apte à inspirer les conceptions et les propos les plus édifiants, et la connaissance que l’on reconstruit à partir de l’expérience sensible et qui illustre, en vertu des limitations de la conscience, puisque sa possibilité de faire preuve d’une ouverture intégrale à une nature distincte se trouve malheureusement entravée par les apparences sur lesquelles elle fonde ses jugements.» — Plérôme.

[intérêt]«L’intérêt qui est centré exclusivement sur lui-même signe la fin de la sagesse, dont la naissance et la présence signifient l’intelligence désintéressée de la réalité de l’essence sur laquelle elle déploie son regard et qui suscite son jugement.» — Plérôme.

[liberté]«Nombreux sont-ils pour qui la liberté se réduit pour l’essentiel à pouvoir agir à sa guise, sans considération ni de la valeur de l’action qu’ils ont entreprise, ni de la raison d’être de son instance, ni même de l’importance des conséquences ou de la qualité des résultats qui pourront en être issus.» — Plérôme.

[matérialisme]«Même s’il était le premier à s’en défendre, le matérialisme actif et agissant, puisqu’il est l’héritier historique de la magie, constitue une religion séculaire et laïque dont la «foi» consiste à croire que, en ayant défini la nature de toute chose — dont l’intelligence parvient à connaître les lois par les artifices méthodiques de la science — et en agissant avec pondération sur son substrat matériel — qu’elle soit comprise comme un état supra-sensible, sensible ou mixte, c’est-à-dire réunissant, comme c’est le cas pour le vivant, ce qui est organiquement composé, à divers degrés, de l’un et de l’autre à la fois —, l’agent moral parviendra à imposer sur la phusis la prépondérance de sa volonté de manière à exercer un contrôle absolu et total sur elle, d’une manière qui est conforme au désir et à la nature de la conscience que recrute, en vue de sa finalité, cette croyance naturaliste et profane.» — Plérôme.

[métaphysique]«La multiplicité des concepts négatifs en philosophie, tels la mort, le mal, la souffrance, la maladie, le vide, le froid, le moins, la haine, le vice, l’erreur, etc., lesquels renvoient tous à un état de manque et à l’absence des conditions qui le combleraient, lorsqu’il s’agit de restaurer l’état positif, interpelle à une réflexion métaphysique sur le concept de l’absence, sur la nature effective de la notion qu’ils signalent implicitement et sur la conséquence réelle qu’elle comporte pour une praxéologie réelle et morale.» — Plérôme.

[moralité]«Il existe un rapport de complémentarité étroite entre la charité et la justice, puisque la justice est la cause expressive, formelle et finale de la charité et la charité, la cause efficiente et créative de la justice: nonobstant cette relation nécessaire, inhérente à ces idées-valeurs et à ces vertus, elle ne doit jamais servir à limiter, ni de la charité, ni de la justice, mais elle doit viser toujours à la plénitude de leur accomplissement, autant à l’intérieur de l’état culturel et social qui en résulte et qu’en cultivant la disposition intérieure et morale qui le procure.» — Plérôme.

[moralité]«La moralité et la science se rejoignent en ce que celle-ci exprime une hypothèse sur la raison et la désirabilité d’une transformation de l’état objectif de la nature qui est requise et réalisable afin de rendre optimale l’usage que l’on serait susceptible d’en faire; et que celle-là propose la nécessité qu’existe, à l’intérieur de soi, un état, ou que s’instaure, de manière autonome, une transformation visant à le réaliser: or, cet état se nomme la vertu, que l’on peut concevoir comme étant la perfection qui est requise afin d’inspirer, de concevoir et d’imprimer sur la réalité subjective de la nature — celle qui est douée de conscience, de sentiment et de vie —, un caractère qui rende plus heureuses et plus harmonieuses la coexistence et la participation de chaque être vivant au mouvement qui est implicite à la finalité qui est inhérente à son entéléchie, lorsqu’elle favorise l’expansion, la propagation et la plénitude de la vie, ou qui agit sur le mouvement afin de le rendre plus conforme à cette fin.» — Plérôme.

[moralité]«Lorsqu’un microbe ou un parasite s’introduit dans un organisme pour l’infecter et le rendre malade, se demande-t-on quel était l’état d’esprit du malade, pour occasionner cet effet chez le patient, ou s’il avait pu consentir à l’action de l’agent infectieux ou parasitaire, avant d’en disposer avec les moyens curatifs et préventifs de la médecine et d’apporter la guérison réfractaire à toute récidive ? Cette analogie médicale peut s’avérer fort utile afin d’explorer la nature du processus judiciaire, car si l’on n’a aucune hésitation à neutraliser et même à détruire sommairement un organisme invasif, tout en préservant l’organisme hôte qui en subit les inconvénients, l’on accompagne de toutes sortes de procédures les actions qui viseraient à protéger le corps social et les individus qui le constituent. § Or, ne trouve-t-on pas une meilleure preuve de la dichotomie ontique que la conscience morale établit entre le microcosme microbique et le macrocosme humain dans l’attitude double qui fasse que l’on garantisse à celui-ci une variété de précautions que par ailleurs l’on déniera à celui-là lorsque l’on traite avec lui ? Car si les deux mondes appartiennent au règne du vivant, il existe une séparation radicale dans la conception et la valorisation respectives que l’on entretient à leur égard, qui fasse que l’on n’oserait jamais, à l’intérieur d’une société civilisée, intacte et cohésive — c’est-à-dire qui n’a connu ni la dissolution de ses valeurs essentielles, ni la désintégration de sa nature morale et qui donc se révèle à la hauteur de sa perfection effective et réalisée —, adopter les mesures pour l’une que l’on réserverait sans hésiter pour l’autre. D’un point de vue philosophique, c’est cette distinction radicale des attitudes et des moyens, telle qu’elle se présente à l’intérieur de la pensée et du corps juridique, qu’il s’agirait d’élucider et d’expliquer et qui laisse déjà anticiper et présupposer une valeur irréductible à l’être humain, fondé sur la conscience de sa moralité et à son aptitude à la développer et à la perfectionner.» — Plérôme.

[moralité]«Lorsque le tout de la considération réside dans la bonté de la fin escomptée, l’honorabilité du caractère et la respectabilité du moyen choisi pour y parcourir s’avèrent de peu d’importance pour l’agent moral qui l’accomplit, comme l’est alors également la vertu qui en supposerait la présence.» — Plérôme.

[moralité]«Que visent les hauts principes, formulés avec la plus élevée des abstractions et portant nécessairement sur la plus transcendantale et universelle des vérités ?: la métanoïa, c’est-à-dire la conversion, la transformation de l’esprit, son passage à une appréhension plus juste, plus implicite et plus adéquate de la réalité, à partir d’une forme de la connaissance moindre, imparfaite et/ou inachevée — caractérisant respectivement l’ignorance, l’erreur et la fausseté —. § Mais à quoi bon peut servir donc la métanoïa, si rien de cette conscience nouvelle ne transparaît et ne s’inscrit à l’intérieur même de la réalité qui est plus clairement aperçue par elle, non seulement en ce qui concerne son actualisation présente, telle qu’elle apparaît sous toutes ses perfections comme sous toutes ses limitations, mais aussi en vertu de toutes les virtualités qui sont les siennes et qui autorisent à penser que ces perfections, qui appartiennent à une phusis, inclusive de l’univers social des êtres vivants, aux catégories objectives et normatives usuellement conçues pour elle, peuvent être encore améliorées et procurer un plus grand bonheur chez ceux qui lui sont exposés ? § Car voilà le tout de la difficulté qui guette le découvreur et le contemplateur de la vérité: qui consiste, en un premier temps, à communiquer la substance de l’objet sur lequel porte son activité intellectuelle afin de mieux la rendre compréhensible à autrui; et, dans un second, à agir d’une manière qui est adéquate et conforme à ses intuitions et à ses représentations et à transformer celles-ci en actions qui sont susceptibles de contribuer au perfectionnement de la réalité et à l’accession de l’ensemble social à sa plénitude. D’où la nécessité pour la métanoïa de se traduire par une activité qui, en puisant aux ressources créatives de l’individu, associera le génie de sa moralité pratique à l’intelligence de sa perception théorique afin de parvenir à transformer le monde. § Que cette extension intensive et active de la métanoïa fût obligatoirement morale, il n’y a aucune place pour le doute, puisqu’une transformation pour le pire — lorsqu’il se compare au critère du meilleur bien possible à réaliser — ne saurait être envisageable, sans que l’on suppose que la conservation de l’état prévalent fût de loin désirable, non pas en raison de ses imperfections, mais à cause du bien relatif qui se poursuit à travers lui. § Seulement une amélioration de l’état présent peut justifier une action qui est consécutive à cette fin: la métanoïa qui apercevrait les principes aptes à justifier cette bonification, en même temps que la possibilité de son instauration, procurerait alors à la conscience l’incitation à découvrir la raison d’entreprendre l’action par laquelle s’opérerait cette évolution et les moyens de l’accomplir. Et si la nécessité d’une négation, pratique et radicale, de l’état présent s’offre à elle, comme lorsque l’on doit songer à la destruction d’un édifice afin d’en ériger un autre, plus fonctionnel et plus approprié aux exigences que l’on en tiendra et à l’emploi que l’on en fera, cette solution devient envisageable uniquement en fonction du plus grand bien qui doit en résulter et du coût nécessaire qu’une telle entreprise occasionnera, lequel doit en tout temps être comparé au bienfait qui serait censé en procéder et qui ne saurait en cela nier ou autrement déconsidérer l’état suprême de la nature, lequel est l’illustration de la vie, dont la plénitude est le plus grand bien concevable et réalisable.» — Plérôme.

[moralité]«Toute liberté suppose une moralité qui lui donne forme et l’incorpore dans la réalité, mais laquelle ?: tel est le problème fondamental et historique qui préoccupe le philosophe de la liberté comme celui de l’histoire morale des cultures et des civilisations.» — Plérôme.

[opinion]«Si au départ, toutes les opinions se valent, comment alors en vient-on à privilégier de facto les unes par rapport aux autres, sauf à se condamner à l’inertie certaine qui résulterait d’une l’acceptation conditionnelle et simultanée de propositions contradictoires et/ou contraires; si, au contraire, il est faux que toutes les opinions se valent, alors au nom de quel critère départage-t-on de jure celles qui, selon les circonstances qui se présentent et le moment de leur apparition, vaudraient qu’elles reçoivent une considération plus élevée et estimable que les autres.» — Plérôme.

[perfection]«C’est déjà le début du processus de l’aliénation que de s’obliger à être — et à plus forte raison d’obliger autrui à être — moins que soi-même, c’est-à-dire de se montrer en-deçà de ce que l’idéal de soi, la perfection que l’on serait censé atteindre en vertu d’une entéléchie et d’une propension excellente à l’accomplir, exigerait de nous que nous soyons, comme répondant à la virtualité constitutive de notre nature la plus intime.» — Plérôme.

[perfection]«Les piliers de la réalisation sociale et culturelle de l’homme sont au nombre de quatre: le savoir, l’esprit de sacrifice, l’entraide et l’esprit d’initiative; tous ces éléments entrent en combinaison dynamique, grâce à la perfection de la personne qui les réalise dans l’amour, par l’entremise de la forme qu’il donne sciemment à sa présence, en vue d’accomplir les consciences et les essences particulières de chaque individualité, dans la mutualité complémentaire de ces formes et en puisant à ces qualités constitutives et fondatrices pour son actualisation et son aboutissement: l’égoïsme, qui ne peut concevoir cette fin, détourne ces mobiles en vue de servir des buts strictement individuels et voit, dans l’éventuelle résultante qui en procédera, des alliances et des complicités en ce sens, émanant de la nature sociale et de l’essence native de l’homme, un effet accidentel, et non pas nécessaire, des efforts dépensés à exprimer ses désirs et ses volontés.» — Plérôme.


[perfection]«Lorsque ceux qui ne sont pas suffisamment réalisés veulent en dicter à l’être et se trouvent en position de pouvoir le faire, en raison d’un ascendant qui leur est reconnu ou qui leur est échu; alors ceux qui sont réellement achevés deviennent pour eux, non pas des modèles de l’accomplissement, dont le sujet moral admire le degré et la qualité de la perfection, mais l’empêchement pour eux de persister dans leur état de non-être et éventuellement l’exemple d’une essence qu’il serait désirable de réduire à un état de non-être relatif qui serait pour eux tolérable, puisque ne compromettant pas la dignité de leur position sociale et le prestige associé à leur accession hiérarchique.» — Plérôme.

[philosophie]«En réalité, la philosophie est une propédeutique de la vie; malheureusement, cependant, certains ne parviennent jamais à sortir du cursus de la discipline pour aller vers là où celui-ci les prépare et, en cultivant un enseignement qui n’est nullement orienté vers cette fin, ainsi qu’un entourage qui perpétue la substitution de fins particulières à la fin pédagogique idéale et souhaitable, ils se posent en obstacle à ce que leurs semblables puissent suivre la trajectoire qui s’impose, en vertu d’une conception sage, saine et équilibrée de l’essence de la mission pédagogique véritable.» — Plérôme.

[philosophie]«L’empirisme exige implicitement, en raison que seul le témoignage des sens est susceptible de produire des connaissances vraies et fiables du principe qui guide son action et qui veuille que le sentiment de l’être dont chacun fait l’expérience devienne vérifiable au regard d’autrui, à défaut de quoi il s’avère à toute fin pratique fantaisiste et irréel: une telle position théorique se présente comme étant limitée et erronée puisqu’elle nie la réalité de la subjectivité et, par conséquent, de l’intériorité du sujet moral, et la réduit à n’être plus que la cause connaissable de ses conduites et de ses actions, la «boîte noire» des béhavioristes, inaccessible à la conscience épistémologique, voire même qu’elle fût éprouvée par la conscience subjective comme étant non seulement une donnée intime de la conscience, mais la seule explication possible de l’existence d’une convivialité entre les hommes.» — Plérôme.

[philosophie]«L’inclination première de la pensée philosophique est de proposer et de justifier un état, tel qu’il constitue la limite du concevable, sans que la conscience ne puisse entrevoir que cet état puisse être autre, puisqu’il est celui qu’elle connaît; dès lors cependant que l’esprit, en faisant usage de son imagination, a la possibilité de concevoir un état qui, tout en étant meilleur, serait désirable et souhaitable, il en concevra la production de l’instance et en entreverra l’actualisation subséquente, sous la forme d’un projet susceptible de se recruter un assentiment dans le sens commun, en constituant ainsi ce qu’il est convenu de nommer le progrès. § Le malheur arrive lorsque ce qui est proposé comme étant une progression, c’est-à-dire une amélioration et un accomplissement, s’avère en rétrospective comme étant une régression et peut-être même une décadence, et pis est, se révèle être le moyen, issu d’une force morale entropique, d’une entreprise qui vise à s’avantager injustement au détriment de l’ensemble. Le rôle de la philosophie devient alors, à la fois d’apercevoir le mouvement de recul de ses congénères, d’en comprendre les causes, les mobiles et les dynamiques et de proposer des alternatives à l’état rétrograde, qui produisent une restauration de l’élan et du mouvement par lequel la collectivité s’engage à nouveau sur la voie de sa réalisation et de sa plénitude, laquelle ne saurait passer autrement que par la réalisation et la plénitude de ses membres, lorsqu’ils participent activement et consciencieusement à cette fin.» — Plérôme.

[philosophie]«La profession de foi philosophique, susceptible par contre d’être examinée, suppose implicitement, ou énonce explicitement, que la raison a réponse à tout, que, par conséquent, elle constitue la seule source réelle de la vérité et qu’ainsi, elle est l’unique moyen de la confiance qui est portée en la possibilité humaine d’en arriver à une connaissance parfaite, c’est-à-dire complète, fidèle et constante, des choses.» — Plérôme.

[philosophie]«La philosophie est une réflexion sur la vie qui, s’alimentant de l’expérience vécue, vise à en découvrir et à en exprimer à la fois l’essence et le sens, le principe et la finalité, la raison et la cause, pour ensuite retourner à la vie dont elle favorise l’instauration, l’expansion, la conservation, l’enrichissement, la perpétuation et la perfection, en vue d’accomplir le bien-être et le bonheur de tous que fondent ceux de chacun en particulier, acquis en vertu d’un effort honnête et d’une poursuite et morale dont la réalisation est favorisée par les idéaux, les valeurs, les normes et les actions d’une société harmonieuse et bienveillante.» — Plérôme.

[philosophie]«La décadence de la philosophie occidentale se découvre en ce que, avec l’écoulement historique du temps et l’évolution spatiale des cultures, elle est passée de la recherche de la sagesse, comme le suggère l’étymologie du nom qui est attribué à sa pratique, à une simple excellence de la dianoèse et de la dialectique vers laquelle la prédispose le culte de la raison auquel elle s’est vouée.» — Plérôme.

[philosophie]«La philosophie a parfois la tendance fâcheuse de considérer l’éternité comme si elle était un simple instant, pour ainsi en escamoter la complexité, et d’aborder l’instant comme s’il résumait l’éternité et l’élaboration complète de sa totalité, comme si tout le réel se référait au moment actuel de la conception que la conscience s’en forme et que la raison en formule.» — Plérôme.

[philosophie]«Le devoir de toute philosophie, comme celle de toute discipline qui est en même temps une pratique, ou dont les principes énoncés fondent une pratique effective, est de réaliser et de transformer la vie, qui est à l’origine de son activité et dont la négation constitue en même temps celle de sa cause, de son entéléchie et de sa raison d’être.» — Plérôme.

[philosophie]«Par sa culture, et en particulier par les idées-valeurs que celle-ci forme et défend, grâce aux institutions qu’elle met en place à cette fin et aux agents qui en représentent les principes à l’intérieur de la population en général, toute société constitue une matrice vitale qui autorise à l’être des uns, qu’ils deviennent les moyens de la censure et de la sanction plus ou moins radicales de celui des autres et du maintien du non-être de ses membres restants: d’où l’importance de la philosophie pratique par laquelle se développent ces idées régulatrices à l’intérieur de la société, qu’elles fassent l’objet d’une critique et/ou que l’on en fasse l’apologétique.» — Plérôme.

[philosophie]«Plus que par la compétence dans l’exercice de la pensée (la dianoèse) et avec la performance dans l’expression de la parole (la dialectique), la philosophie se constitue avec la découverte de la vérité, dans son sens le plus élevé, compréhensif et profond, et dans l’accomplissement de l’action qui est conforme aux principes épistémologiques de son illustration.» — Plérôme.

[politique] «La puissance qui s’exerce sainement, c’est-à-dire conformément à son entéléchie la plus excellente, illustre le pouvoir de la vie à réaliser la pureté de son essence et la plénitude de ses virtualités, en dépit des obstacles naturels parfois énormes, inclusifs des dynamiques politiques et sociales, qui pourraient s’opposer à elle et risquer d’en empêcher l’accomplissement.» — Plérôme.

[politique]«Autant par sa structure que par l’esprit qui l’habite, laquelle en informe à la fois les valeurs, les idéaux, les normes et les priorités finales, toute institution sociale doit constituer à la fois un facteur de l’évolution et de la conservation de la société, en cherchant à composer adéquatement avec les exigences constamment renouvelées, issues de la nature et du milieu social ambiants, et à améliorer ce qui, pour l’une et pour l’autre, pourrait constituer un empêchement à la réalisation des idéaux les plus élevés auxquels elles puissent prétendre, d’une part; mais aussi en assurant que, d’autre part, nulle régression des perfections qu’elles ont réussi à atteindre ne s’opère, lesquelles qualités ne doivent en aucun temps constituer une justification en elles-mêmes, soit en rapport avec l’état de l’organisation ou du mouvement de l’institution, soit par rapport à l’inertie des individus qui en constituent l’unité et en assurent le dynamisme, mais doivent plutôt être considérées et estimées, ouvertement, objectivement et de manière désintéressée, en rapport avec le bien qui est servi par elles et le plus grand bien encore que l’ensemble pourrait servir, soit dans son mouvement général, soit quant au bien-être de chacun des membres qui le composent; car autant la préservation des individus et la sécurité des collectivités est-elle un bien à viser, autant l’intelligence que la flexibilité de leur mentalité et le génie de leur adaptation aux exigences, intérieures et extérieures, qui provienne respectivement d’une inclination et d’une incitation à réaliser la perfection de la vie doivent-elles représenter pour eux une fin à accomplir et un état à cultiver.» — Plérôme.

[politique]«Selon une perspective politique amorale, aucun vice n’est réellement interdit ni aucun crime véritablement châtié, pourvu qu’ils s’accomplissent selon les formes légalement prescrites: la difficulté qui procède d’un tel principe empirique, c’est que, en divorçant les champs de la légalité et de la moralité, l’on en vient inévitablement à opposer la vertu au vice, et ultérieurement le bien au mal, ainsi que les genres de vie qui en découlent, avec l’aspiration implicite, chez ceux qui les illustrent, à faire prévaloir les uns sur les autres, d’où apparaîtra la source d’une tension, et éventuellement d’un conflit, en escalade jusqu’à son irruption finale.» — Plérôme.

[psychologie]«L’idée de l’inconscient recouvre tout ce qui touche implicitement et spontanément aux rapports de l’être vivant avec la réalité, à la fois individuelle et sociale, avant toute tentative ce la réflexion d’en comprendre, d’en conceptualiser et d’en verbaliser les différents aspects: bref, il est la manifestation de la vie même, telle qu’elle se réalise en l’âme et en l’esprit de chacun à l’intérieur des conjonctures physiques, y comprises celles qui gouvernent le monde du vivant, qui en conditionnent l’apparence et telle qu’elle actualise, à l’intérieur d’un univers social, les transformations sur l’univers physique qui, en se les appropriant, définissent la culture de l’homme; et le recours habituel que l’on accomplit à son concept est souvent le résultat d’une dissonance qui s’installe entre sa manifestation chez un particulier, susceptible de susciter pour lui des ennuis, soit au plan de la santé, soit à celui des relations sociales, et renvoie à une causalité qui ne se comprend qu’en raison de l’accomplissement d’une introspection et de l’examen intérieur de la conscience et de l’âme qui en résulte.» — Plérôme.

[psychologie]«La philosophie peut espérer inspirer la psychologie en offrant à celle-ci les idéaux qui informeraient éventuellement la conscience en vue de favoriser les choix, susceptibles d’être adoptés par elle, et de fournir les directions optimales en vue de leur réalisation, afin d’orienter les actions de la personne qui manifeste les intentions, les désirs et les volontés qui leur sont subséquents; par ailleurs, et d’une manière en tous points complémentaire, la psychologie peut souhaiter inspirer la philosophie, en définissant les conditions naturelles qui se répercutent sur ce travail, de manière à rendre non seulement possible, mais encore conforme à la nature des agents et de son milieu, l’instance effective et bienfaisante de la conscience, lorsqu’elle est engagée dans son action réelle. § Car une philosophie qui resterait ignorante des conditions de la nature, ainsi que du rapport intime que la conscience entretient avec celle-ci, serait hautaine, fantaisiste et irréelle, pour ne pas dire illusoire; et une psychologie qui se refuserait à considérer les possibilités de la conscience et les lois qui gouvernent son actualisation effective, lorsqu’elle oriente et qu’elle dirige l’esprit à définir ce qu’est une réalité à la fois existante et possible, serait simplement phénoméniste, normative, incomplète, empirique et auto-justificatrice, sans capacité d’anticipation ou de prévision sur un monde qui est fluide, engagé qu’il est dans un mouvement qui lui est propre et qui en réaliser les possibilités.» — Plérôme.

[psychosexualité] «Lorsqu’ils sont appelés à s’exercer en vue d’une même fin, les pouvoirs de l’homme et de la femme, tout en demeurant distincts et respectant la liberté et la dignité qui sont propres à leur genre respectif, l’homme comme la femme, en exerçant leur puissance selon la nature générique qui les caractérise, se conjuguent et deviennent par là complémentaires — et même éventuellement s’encouragent et se potentialisent, en raison de leur action concertée de la confiance mutuelle qu’ils inspirent l’un à l’autre lorsqu’ils la réalisent  — , chacun en illustrant la capacité, le talent et l’intensité qui sont propres à leur individualité, des vertus dont l’actualisation est exacerbée par le désir respectif de contribuer à l’œuvre commune et l’urgence, commandée par les circonstances, de la réaliser ensemble.» — Plérôme.

[psychosexualité]«La nature est à l’homme comme la culture est à la femme, de sorte qu’une relation saine et équilibrée entre les genres se réalise avec la «naturalisation» de la culture, accomplie par l’homme, et avec l’«acculturation» de la nature, que réalise la femme.» — Plérôme.

[psychosexualité]«L’imaginaire de l’homme est constitutif du rapport des hommes aux choses, à la société des autres hommes ainsi qu’à l’univers dans son ensemble; l’imaginaire de la femme est surtout et particulièrement constitutif de l’homme à cet effet, une action qui, tout en se trouvant conditionnée par la dimension physique du cosmos, appartient en propre à sa nature générique et ontogénique.» — Plérôme.

[psychosexualité]«Si autant l’homme comme la femme sont au service de la vie qu’ils participent à créer et à engendrer, chacun selon sa nature distinctive, on peut dire en général, et d’une manière simplifiée qui n’alloue aucunement pour les complexités sociologiques ni pour les avatars parfois imprévisibles et extrêmes de l’existence, que, afin de distinguer leur contribution respective à la vie, la femme réalise la vie dont l’entéléchie tombe sous la protection de l’homme et que l’homme protège la vie qui se réalise effectivement, d’une manière privilégiée, grâce à la femme et par l’entremise de celle-ci.» — Plérôme.

[psychosexualité]«Si tout homme n’est pas père, et si toute femme n’est pas mère, on retrouve un père en puissance, chez tout homme qui n’a pas étouffé en lui-même cette disposition naturelle,  et une mère éventuelle, chez toute femme qui n’a pas éteint en elle-même cette aspiration qui est tout autant cohérente à sa nature.» — Plérôme.

[raison]«Aussi brillante que soit l’analyse d’une proposition initiale et du point de départ d’une pensée, aussi géniale que soit la déduction que l’on opère de leurs tenants et de leurs aboutissants, comme des conséquences que l’on pourrait tirer du principe qu’ils étaient, elles seront toujours au service de l’ignorance, dès lors que le fondement originel est faux ou incomplet, et elles ne serviront qu’à illustrer, plutôt que la capacité de la raison à faire l’intuition de la vérité et à capter les nuances les plus subtiles de son expression, les significations les plus profondes comme les manifestations les plus réelles qui la révèlent, le pouvoir incroyable de la raison à représenter et à constituer une fiction, voire d’une fiction qui est tenue pour être vraie, par ceux à qui la fausseté ou la superficialité du premier moment de son élaboration auraient échappé.» — Plérôme.

[raison]«La raison énonce ce que l’intelligence observe et aperçoit du monde de l’expérience sensible ce que sait le cœur en son for intérieur, en la pensée intime de son souvenir et de sa réflexion.» — Plérôme.

[raison]«La finalité de la raison consiste en l’expression, à l’intérieur du discours, de l’intelligence du locuteur ou de la révéler à l’œuvre dans l’action mais elle n’est pas de constituer l’intelligence, c’est-à-dire de créer une réalité idéelle contradictoire qui soit parallèle à la réalité physique intégrale, sauf à vouloir faire mentir celle-ci dans son originalité et dans son essence et lui substituer un fantasme qui en nie la réalité effective.» — Plérôme.

[réalité]«L’on oublie trop souvent que les concepts, comme les images, étant des représentations produites par l’esprit, sont des fictions qui servent soit à constituer, soit à reconstituer la réalité et que par conséquent, lorsqu’ils sont comparés au réel, ils doivent toujours être examinés en gardant à l’esprit que cette comparaison est inhérente à l’action représentative et qu’elle suppose une imperfection, vu qu’elles en sont, pour celle-là, l’ersatz et la figuration incomplète.» — Plérôme.

[reconnaissance]«Le paradoxe de la reconnaissance, lorsqu’elle concerne la qualité, la profondeur et l’excellence fondamentales et essentielles de la personne, c’est que, en la recherchant par les mêmes moyens qui sont employés afin de l’en priver injustement, le sujet moral qui a recours à ses expédients réussit uniquement à se dévaloriser, à ses propres yeux comme à ceux des gens vertueux, tout en acquérant éventuellement le prestige et la renommée, pour les avoir recherchés et cultivés en suivant la voie artificielle qu’il s’est fixée, concurremment avec les normes du milieu, afin d’en jouir.» — Plérôme.

[religion]«Les historiens, les avocats, les hommes d’État, les romanciers et les scénaristes apprécieront sûrement que, en dehors d’un contexte strictement religieux et théologique et d’un point de vue simplement temporel et séculier, les Évangiles, ce sont aussi l’histoire cohérente d’un homme réel, pleinement accompli dans son histoire individuelle et familiale comme dans sa dimension religieuse et spirituelle, que l’appropriation inadéquate et le détournement des principes sacerdotal, monarchique et impérialiste ont systématiquement, cruellement et impunément défait et que, par conséquent, ils peuvent interpréter à la lumière des principes et des idéaux de l’époque, tels qu’ils deviennent concevables lorsqu’ils se comprennent à la lueur des idées-valeurs transcendantes du beau, du bien et du vrai.» — Plérôme.

[richesse]«Un monde qui démontrerait de l’intérêt uniquement pour la valeur concrète de l’accumulation de la richesse et des biens n’accorde aucune place réelle pour son semblable, et surtout pour la légitimité qui fonde et conserve sa présence dans le monde, son existence et sa vie, sauf en ce qu’elles participent, jusqu’à l’exclusion et/ou au sacrifice de soi, à cette finalité économique  égoïste et solipsiste.» — Plérôme.

[sentiment]«La raison spécule, et parfois très habilement, mais seule, en définitive, l’intelligence du cœur sait.» — Plérôme.

[sentiment]«Les fausses-joies sont pires à recevoir que les déceptions: car si la déception s’accorde, voire péniblement, avec le rêve que l’on caresse et qui néanmoins s’effondre, tout en convenant qu’il ne s’était pas encore réalisé, et donc faisait place à la possibilité qu’il n’aboutirait pas réellement, la fausse-joie quant à elle se trouve devant la nécessité d’accepter la prise de conscience soudaine et cruelle que l’espérance qui donne tout à promettre, en raison de la conviction que sa réalisation est imminente, et même de la croyance intime et vive qu’elle est déjà réalisée, toutes deux dispositions étant parfois encouragées et entretenues par celui qui les fait naître, repose en réalité simplement sur une illusion qui avait toutes les apparences d’être vraies, parce que toutes les conditions semblaient réunies pour qu’elle s’accomplisse, mais seulement en apparence — et que peut-être même, ô cruauté du destin, un malin génie a créée pour mieux encore produire son effet —.» — Plérôme.

[sexualité]«Si la sexualité n’est qu’un jeu, pourquoi alors l’entourer d’autant de tabous; mais si la sexualité est autre chose qu’un jeu, c’est-à-dire une affaire sérieuse, pourquoi alors la traiter avec autant de désinvolture et aussi peu de solennité ?» — Plérôme.

[société]«Comme l’ont si bien perçu de nombreux juristes, le mobile premier et fondamental des particuliers se réduit à la préservation et à la défense de leurs intérêts; et comme l’ont encore adéquatement compris une multitude de sociologues, la finalité d’une société est beaucoup plus que la somme de l’ensemble des intérêts que ses membres y cultivent à l’intérieur des activités qui sont les leurs: si ces deux conclusions peuvent se réconcilier entre elles et produire une unité sociale relativement durable et stable, malgré ses contradictions, c’est en raison de la nature paradoxale de l’intérêt qui, pour l’individu, trouve sa résolution dans la perfection de la société apte à favoriser sa culture, laquelle société ne saurait cependant trouver son compte, et par conséquent cultiver et maintenir son propre intérêt, en l’absence de la perfection des individualités qui la fondent et constituent sa dynamique ainsi que son progrès; d’où il résulte que la culture, qui est l’expression de la vie sociale, consiste en le raffinement des intérêts particuliers, de telle sorte que ceux-ci trouvent nécessairement, mais non pas sans résistance, leur résolution dans la reconnaissance et l’avènement, réciproques et mutuels, des intérêts d’autrui en vue de satisfaire l’intérêt collectif — lequel ne saurait s’entendre comme étant exclusivement, ni même principalement, celui d’un ensemble, mais doit le transcender et ainsi inspirer son perfectionnement et son entéléchie —, sans pour autant ignorer le sort qui autrement serait réservé au plus humble de ses éléments constitutifs et à se demeurer indifférent à la qualité, à l’intensité et à l’importance de celui-là.» — Plérôme.

[société]«En aucun temps de l’histoire, le principe de la primauté de la structure, qui organise la réalité sociologique et la constitue selon une raison politique, énonce implicitement que toute forme de la liberté politique demeure acceptable, dans l’initiation de la dynamique qui produit et qui maintient la conjoncture, pour autant qu’elle ne compromette aucunement les formes sociales établies, lesquelles constituent les balises des conduites, des créations et des actions sociales, instituées à cette fin ou s’étant établies subrepticement ou ayant évolué imperceptiblement et progressivement en réponse à un courant social sous-jacent, inhérent à la vie collective, et que ses dirigeants estiment nécessaires pour en maintenir, sous certaines conditions explicites, les possibilités de leur expression: de sorte que, à l’intérieur de la société en général, le passage d’un mode fondamental d’organisation structurelle à un autre ne pourra se produire que si la structure existante se trouve exposée à un bouleversement majeur (une révolution, une invasion, une catastrophe naturelle) qui en ébranle les assises mêmes et en fait apparaître les limites comme les imperfections ou encore que si on assiste, peut-être même en pressentant et en anticipant son apparition, à un changement profond dans les sentiments des cœurs et dans les convictions des esprits qui portent inévitablement les dirigeants à réévaluer l’ordre social et à instaurer une nouvelle structure afin de le préserver.» — Plérôme.

[société]«La stagnation et la régression sociales trouvent leur explication non seulement dans le non-être de certains membres de la société, considéré à la lueur des virtualités les plus profondes de leur être, mais encore dans la négation qui est faite aux autres de la possibilité pour eux d’exister pleinement, conformément à leur nature propre, et de réaliser au plus haut point les dispositions inhérentes à leur être intime, le tout dans la réciprocité inégale, et parfois inexistante, des propos, des conduites et des actions dont on témoigne de part et d’autre.» — Plérôme.

[société]«Lorsque l’on s’intéresse à considérer le rapport d’une discipline ou d’une pratique à l’ensemble de la société où elles se trouvent et qu’elles concernent, on est frappé de constater que l’on se situe toujours à deux niveaux souvent inconciliables, parfois complémentaires, mais toujours en présence à l’intérieur du mouvement historique de la progression des consciences et de l’illustration manifeste de leur potentiel intime, et qui néanmoins sont au cœur du mouvement social et culturel, tel qu’il se réalisera subséquemment et peut-être même parallèlement: celui premièrement de l’action produite et de l’œuvre réalisée, avec leurs intentions profondes, leurs mobiles réels, leurs qualités essentielles, leur créativité singulière, le fond particulier de la spontanéité dont elles tirent leur inspiration et qui est la source de la forme finale qu’elles revêtent aux yeux de tous, laquelle s’inscrit dans le temps historique et à l’intérieur de l’espace, imaginaire ou géographique, de la culture qui la reçoit et l’enveloppe de son champ spirituel, axiologique, conatif et désidératif; et celui ensuite de l’utilisation généralisée que chacun en réalise pour soi, en vertu de l’interprétation et de la signification qui lui sont accordées, de la valorisation qui lui est apportée, implicitement, quant aux attentes formulées à son endroit, et ouvertement, avec le report qui en est fait concurremment à d’autres exemplaires ainsi qu’à un modèle ou à un archétype, lesquels servent de commune mesure à l’évaluation collective, susceptible de naître à l’intérieur des consciences qui en témoignent, une utilisation qui constitue l’information des actions et des œuvres subséquentes que celles qui ont précédé ou qui leur sont synchrones inspireront, non sans inclure, pour leur accomplissement, les mêmes facultés et les mêmes facteurs, ceux qui sont inhérents à l’achèvement de la nature de l’esprit humain, incarné et historique, et qui sont nécessaires à l’actualisation de leur instance.» — Plérôme.

[société]«Par sa division implicite, entre le plan privé et le plan public, la société réalise le rapport complémentaire et nécessaire entre l’ontogénique et le phylogénique; car le plan public constitue l’instance de l’ontogénie qui se met au service de la phylogénie; alors que le plan privé est le lieu de la phylogénie qui développe l’ontogénie; car si le privé actualise la dimension personnelle et en canalise les virtualités et les possibilités individuelles afin d’en faire bénéficier la collectivité — que cela soit intentionnel ou non —, tout ce travail social ne mènerait à rien qui vaille et ne comporterait aucun sens, si la collectivité ne trouvait pas, par quelque moyen, à réaliser l’individualité sans laquelle la société ne saurait exister ni même prétendre au développement, à l’affinage et à l’accomplissement de la culture qui la caractérise. Par ailleurs, la vie collective serait inexistante, en l’absence des individualités qui se réunissent et qui, avec la perfection concertée de leurs aspirations, de leurs idéaux, de leurs qualités, de leurs sentiments et de leurs talents respectifs, parviennent à formuler et à ériger un projet d’ensemble qui satisfasse d’une manière optimale et bienfaisante autant à la nature manifeste qu’à l’idéal virtuel de ses membres, en vertu de répondre à une notion de justice fondamentale qui reconnaisse la contribution de chacun au bien-être et à la vie de l’ensemble par l’entremise du bien-être et de la vie des particuliers et qui cherche à réduire les inégalités susceptibles de concourir à ce que l’on méconnaisse la possibilité que tous puissent fournir leur plein rendement, en vertu des moyens particuliers  respectifs qu’il leur appartient de mettre en œuvre.» — Plérôme.

[société]«Toute théorie sociale — qui est en définitive une théorie sur le bien social qui est concevable et que l’on souhaiterait instaurer, s’il est estimé inexistant, ou encore auquel l’on souhaiterait remédier, lorsque la forme sous laquelle il existe est imparfaite ou lacunaire — définit la direction vers laquelle doit effectivement s’engager la société et donc l’idéal qui doit animer le mouvement de l’ensemble qui la constitue: elle est donc destinée à transformer les consciences et, par conséquent, à faire des heureux et des exclus, selon qu’ils se rallient, ou non, aux principes qui émanent de cet idéal et se conforment, ou non, aux exigences qui résultent de la fonction qu’elle acquiert, de constituer, dans la conscience collective, l’optique principale des idées et des valeurs, des normes et des critères, qu’elle y instaure, c’est-à-dire le droit contre lequel les pensées et les conduites particulières sont estimées et jugées, cautionnées ou sanctionnées; l’alternative, c’est de postuler un mouvement immanent aux consciences qui composent l’ensemble et qui connaîtrait implicitement le bien vers lequel elles tendraient spontanément et nécessairement, en illustrant la sagacité et le courage qui sont inhérents à leur nature, de savoir identifier, parmi toutes celles qui participent à sa dynamique vitale, un esprit qui puisse l’aiguillonner, si la volonté de poursuivre son élan lui fait défaut; de l’encadrer, si son action devient dispersée; ou de le recentrer, après réflexion, sur l’orientation essentielle et fondamentale, appropriée à sa nature et connaissable par l’intelligence qui l’examine, si jamais il s’en égare: mais n’est-ce pas justement le rôle de la théorie sociale de spécifier cette orientation et de fournir les balises ainsi que les actions directrices subséquentes, aptes à assurer la réalisation des virtualités de l’ensemble ainsi que de la destinée qui en anticipe et en présage l’avenir ?» — Plérôme.

[temps]«C’est, de tout temps, le terrain durable du présent qui contient en son actualité les germes de l’éternité, celui, mouvant, de l’avenir qui procure à l’agent moral les occasions de leur croissance et les moyens de leur épanouissement, le passé se constituant, voire imparfaitement, incomplètement et sélectivement — puisqu’aucune expérience naturelle n’autorise à une perspective singulière qui soit en même temps unique, absolue, éternelle et universelle —, à partir du souvenir de ce qui, pour le meilleur ou pour le pire, a pu contribuer à constituer le moment actuel et à conserver la possibilité de son éclosion éventuelle.» — Plérôme.

[théologie]«En termes teilhardiens, les deux polarités de l’alpha et de l’oméga, lorsqu’elles sont dissociées l’une de l’autre, en les coupant de leur référent théologique, comme la philosophie moderne laïciste a convenu de le faire, en adoptant une position athéiste qui n’obéissait pas uniquement à des préoccupations  méthodologiques — celles de découvrir une méthode dont la fin est de conduire l’homme à faire un usage maximal de sa liberté de pensée, en recrutant en lui-même les facultés intellectuelles et pratiques qui illustreraient sa pleine actualisation —, mais constituait la véritable expression d’une conviction profonde — à l’effet que l’esprit de l’homme pourrait comprendre, connaître et raisonner le monde intégralement, sans supposer ni le domaine de la transcendance, ni l’existence d’un Être transcendant, et qui pourtant conserverait le pouvoir d’interagir de manière effective avec lui et d’agir effectivement sur lui —, créeraient la dichotomie fondamentale entre des termes extrêmes qui se définiraient nécessairement l’un sans l’autre, puisque ne possédant aucun terme médial et commun qui en assurerait la jonction, la continuité du rapport logique ainsi que la parenté ontologique: le résultat serait de créer une nostalgie du passé qui serait sans lien avec les valeurs et les aspirations du présent, puisqu’il n’admettrait aucun principe supérieur qui puisse les relier; comme il serait de faire la promotion d’une croyance dans le futur qui serait issue spontanément du présent, sans qu’elle n’entrevoie quelque principe d’unification avec les événements qui ont mené à son accomplissement ou entre les esprits qui, par leur prévision et leurs actions, auraient produit son instauration et son actualisation.» — Plérôme.

[vérité] «La vérité que l’on fausse ne saurait servir d’argument à la justification de la destruction ou de la subversion de sa valeur intrinsèque.» — Plérôme.

[vérité] «Lorsqu’elle est exposée à la vérité, et qu’elle en prend connaissance, la conscience épistémologique et morale n’a d’autre choix que de reconnaître sa valeur apodictique et d’agir effectivement selon ses principes et ses préceptes; par ailleurs, elle peut choisir, cédant en cela à la mauvaise foi de sa disposition intime, soit de l’ignorer, c’est-à-dire de feindre ne pas savoir qu’elle ait jamais été prononcée et se conforter de pouvoir mieux encore laisser diriger sa conduite et son action sur un statu quo ante axiologique, soit de la fausser, en entier ou en partie, en vue d’éviter de poursuivre cette actualisation, peut-être en raison du coût implicite à cette démarche, soit de l’opposer à d’autres vérités, dans une tentative de la discréditer ou à tout le moins de semer le doute sur sa validité, ou de proposer des champs de recherches et d’investigations alternatifs qui, sans en imputer la valeur, serviront éventuellement à distraire la conscience de la valeur prépondérante de cette vérité, aux yeux d’une conscience discernée et heureuse.» — Plérôme.

[vérité]«Aucune justification que l’on souhaiterait apporter d’une action ou d’une situation commises, par soi ou par autrui, ou aucune tentative que l’on entreprendrait afin de la faire oublier, en cessant de l’évoquer ou en interdisant son évocation, en déviant l’attention sur un autre événement ou encore en se fiant sur la passage du temps pour en maquiller ou en voiler les conséquences, ne sauraient en altérer la qualité et la valeur initiales — bonnes ou mauvaises, excellentes ou médiocres, belles ou laides —.» — Plérôme.

[vérité]«Certains se contentent de croire en la vérité, telle qu’elle se présente à leurs yeux; d’autres voudront en éprouver à la fois la compréhension et la profondeur, c’est-à-dire la nécessité de son essence et l’universalité de sa substance, afin d’en apprécier l’importance intégrale et explorer la possibilité réelle de sa manifestation, afin de les communiquer à leurs semblables, comme étant l’unique conception à la fois suffisante et adéquate, susceptible d’être envisagée par l’intelligence, qu’ils seraient en droit de formuler à l’endroit de la réalité, autant celle du monde que celle de l’esprit.» — Plérôme.

[vérité]«En limitant la recherche de la vérité à un domaine où elle serait supposé se laisser découvrir, l’on risque fort bien de ne pas s’y trouver, ou de ne s’y retrouver que partiellement, puisque la vérité éternelle et immuable, universelle et transcendante, ne saurait se laisser conditionner par les vues que l’on prétend détenir sur elle.» — Plérôme.

[vérité]«La connaissance réelle et complète de la vérité se réalisera toujours à la fin, mais nul n’est en mesure de savoir avec certitude, ni d’anticiper avec précision quand elle se produira,.» — Plérôme.

[vérité]«Plus terrible que la conclusion, qui proposerait que l’homme ne saurait envisager la vérité, lorsqu’elle lui est présentée dans la pureté de son intégralité, serait celle qui énoncerait que l’homme ne vivrait que de mensonge et ne participerait avec ses semblables qu’à entretenir une culture de l’illusion: et pourtant, l’on peut suggérer en contrepartie la notion d’une vérité qui est tellement élevée qu’elle demeure inaccessible à l’homme, comme aussi celle de la vérité qui serait à ce point terrible par la majesté de son essence et l’ampleur de ses implications que l’homme préférerait, pour ne pas l’apercevoir et la contempler, détourner son visage d’elle plutôt que la regarder en face. § La conséquence logique de telles propositions serait que, à défaut de demeurer en attente et de cultiver la vertu qui rendrait la conscience digne de contempler une vérité qui peut-être ne se révélerait jamais, et peut-être de courir le risque de concevoir une vérité dont la substance pourrait s’avérer terrifiante, l’homme érige pour lui-même une culture spirituelle parallèle, qui s’inspirerait de la vérité uniquement lorsque celle-ci s’avère utile à servir ses desseins et qui ignorerait toute vérité, ne comportant aucune valeur utilitaire ou pragmatique. § Or, cette dernière position ne semble-t-elle pas décrire la culture intellectuelle et axiologique du monde occidental contemporain, un monde où prévaut le culte de la science et de la technologie, ces deux disciplines se substituant aux traditions religieuses, ancestrales et historiques, et s’orientant sur un rapport intime avec la matière sensible, concrète et tangible, en vue de procurer une connaissance certaine qui n’est susceptible ni de doute, ni de contestation, et qui se refuse à considérer, au plan de la raison publique, les questions morales et religieuses qui touchent à la collectivité, pour reléguer plutôt leur examen à des institutions spécialisées, dont l’étanchéité des frontières intellectuelles, les unes face aux autres, et la division des loyautés et des spécialisations, à l’intérieur de chacune d’elles, empêcheront que l’on puisse jamais, dans l’état actuel des choses, parvenir à une entente sur le caractère suprême et transcendant que pourraient prendre les réponses adéquates, sérieuses et profondes, à ces questions.» — Plérôme.

[vérité]«Quel est le critère de l’excellence d’une doctrine ? et en vertu de quelles balises et de quels critères compare-t-on les doctrines entres elles afin d’en apprécier leur importance respective et leur valeur relative ? Une telle question s’avère surtout pertinente en raison du foisonnement des doctrines, de leur concurrence en vue de recruter l’aval des consciences aux principes qu’elles exposent, des éventuelles dissonances qui peuvent surgir entre des enseignements opposés, contradictoires et parfois même contraires, soit en raison des propositions qu’ils contiennent, des conceptions qu’ils répandent et qu’ils inclinent à entretenir, malgré les conséquences douteuses et indésirable qui en procèdent, mais surtout en vertu du principe de la vérité unique, absolue, complète et sans partage qui n’autorise à aucune contradiction ni à aucune conception ou expression qui soit contraire à la pureté et à l’extension de son essence.» — Plérôme.

[vérité]«Tels sont ceux qui, plutôt que transcender les erreurs d’autrui, dans l’espoir que la vérité qui est représentée en leur personne sera un jour entendue, abstrairont la vérité d’autrui dans l’espoir que leurs propres erreurs passeront inaperçues.» — Plérôme.

[vertu]«L’on ne saurait parler de vertu s’il est entendu que celle-ci émane de la personne et de la partie la plus profonde de son âme, étant une disposition et un état intérieurs et non pas seulement l’expression d’une attitude superficielle et la conformité habituelle à une manière d’être socialement codifiée.» — Plérôme.

[vertu]«Où et quand il s’enracine et il produit son efficace, le mal se réalise toujours par la négation de la vertu, que celle-ci se manifeste en la propre personne de l’agent moral ou qu’elle s’accomplisse en la personne également morale de son semblable: ainsi importe-t-il, afin d’enrayer le mal et les effets nocifs qui en procèdent, de s’engager à faire l’illustration et la promotion du bien, autant en soi que chez autrui, et à se commettre en tout temps à concrétiser réellement ses intentions en ce sens.» — Plérôme.

[vie]«C’est un paradoxe qui veuille que la vie se déroule et se réalise par excellence dans la profondeur, l’intimité et la sérénité du silence, des causes et des principes qui pourraient chercher à en taire l’éclosion, en inhiber l’accomplissement et en corrompre la perfection.» — Plérôme.

[vie]«Tout ce qui émane du vivant — sa conduite et son action, mais aussi sa physiologie, sa physionomie et ses virtualités — est une expression de la vie à travers l’expérience qu’éprouve et que vit celui-ci et qui est nulle autre chose que l’illustration de la vie, engagée dans un rapport, délibéré ou spontané, avec l’univers: le sentiment est la vie qui se ressent elle-même et qui s’apprécie elle-même dans la conscience qu’elle possède d’elle-même; l’intelligence, la vie qui se reflète et qui se sait dans la relation qu’elle entretient aux choses; la conscience, la vie qui se découvre dans la subjectivité de la réalité de son expérience; la raison, la vie qui s’exerce et qui s’exprime en tant qu’elle est une présence, une puissance de transformation, tantôt active et tantôt passive, se réalisant dans la mutualité parmi et concurremment avec toutes les présences qui l’entourent; et l’action, la vie qui s’exprime en tant qu’elle est la vie, digne d’être appréciée en soi et comme telle, en vertu de la valeur inestimable et infinie que véhicule sa présence, autant pour l’existence qui la manifeste que pour celles qu’elle affecte et qui, en retour, dans la mutualité des rapports, l’affectent également .» — Plérôme.

[violence]«La première violence n’en a souvent pas l’apparence, puisqu’elle consiste à refuser et/ou à retirer à une personne, à un ensemble de personnes ou à une société ces conditions qui seraient vitales et nécessaires pour qu’elles se réalisent adéquatement, ou à procurer à celles-ci des conditions qui seraient éventuellement contraire à une cette entéléchie, sans pour autant qu’il soit évident que cet apport, puisqu’il se produirait imperceptiblement ou qu’il le présenterait comme ayant une valeur apparemment neutre ou insignifiante, serait la cause d’un empêchement à la fin désirable ou d’un détournement qui l’amènerait dans une direction qui lui est opposée.» — Plérôme.

vendredi 11 novembre 2011

Euthúmèma V (réflexions) — Révision du 20 décembre 2020

[Depuis le 11 novembre 2011, avec mises à jour périodiques. — Since November 11th 2011, with periodical updates.] 

[action]«Ceux qui enjoignent au changement oublient trop souvent que celui-ci peut se faire autant dans le sens du meilleur que dans celui du pire: par conséquent, l’on ne saurait exiger, de celui dont la conscience et l’intention sont droites, pures et entièrement dévouées au bien, celui d’autrui comme celui de lui-même, de réévaluer et de modifier son attitude, sauf à l’inciter à vouloir un plus grand bien encore et à appuyer une mesure qui réponde à la bonté d’un tel désir (ou à refuser d’appuyer une mesure dans le sens contraire): ce principe suppose alors que les voies existent, de mener à bien cette fin, qu’existe un accueil effectif et bienveillant au bien-être espéré et à l’action qui le produit, et que, par conséquent, aucune mauvaise volonté ne caractériserait la culture de la société et l’esprit de ses dirigeants, ni aucune incompétence n’en entraverait délibérément et impunément l’impulsion comme l’effet, ce qui accorderait à cette volonté d’amélioration de se révéler être autre chose que l’expression illusoire d’un vœu pieux, superficiel et éphémère.» — Plérôme.

[action]«Une attitude de la pensée contemporaine particulière pose problème, en même temps qu’elle illustre une décadence regrettable, pour la conscience historique et épistémologique de la culture occidentale: c’est qu’elle a réduit l’action d’informer à n’être plus que la communication et l’échange de renseignements alors qu’en réalité, l’information est le principe même de la spécification de toute action et de toute effectivité sur le monde, conformément aux particularités de la nature de l’agent, de la conjoncture à l’intérieur de laquelle il est appelé à agir ainsi que des mobiles et des motifs qui président à l’initiation libre, spontanée et créative de son interaction avec elle; ainsi, la communication en est venue à se concevoir en opposition à l’agir — le temps d’entendre et d’écouter signifiant une suspension de la volonté et de l’action qui en procède —,  alors qu’en réalité, elle serait censée, comme pour toute action en général, procéder d’une cause supérieure, intelligente et rationnelle, et constituer une manière d’agir qui améliore et enrichit fondamentalement la faculté de l’action et complète toutes les autres formes particulières de l’action susceptibles d’être influencées par elle, en lui fournissant sens et direction, y comprises celles qui sont ambiantes et, par leur présence, prédisposantes, voire contraignantes.» — Plérôme.

[âme]«La véritable quête de l’âme trouve sa résolution avec la plénitude de la vie: le moyen de cet achèvement est l’amour dont l’accomplissement se parfait dans l’inclusivité de l’essence particulière de son semblable, y compris de ses virtualités propres, en autant qu’elles tendent vers leur finalité vitale; et l’évidence, la preuve de sa réalisation est le bonheur, dont la profondeur et l’intensité sont proportionnels au degré de la complétude qui est atteinte.» — Plérôme.

[âme]«Le paradoxe de l’âme: si, en vertu de sa substance immatérielle, l’âme participe de l’éternité et de l’immortalité, l’exercice des capacités et des possibilités inhérentes à la nature vivante devient conditionné, lorsqu’elle participe à l’expérience immédiate, par la réalité qui circonscrit son existence et qui s’inscrit dans un temps historique, mais sur laquelle elle agit pour la transformer et en altérer les conditions pour les générations actuelles ou futures.» — Plérôme.

[amour]«Ceux qui sont préparés à sacrifier l’avenir du bonheur que promet l’amour à l’immédiateté du plaisir que leur autorisent à entrevoir l’immaturité de leur désir ou la fantaisie apparemment aléatoire de leur caprice ont peu compris quelles étaient, autant pour le bonheur de l’individu que pour le bien-être de l’humanité, l’importance de cet état et la valeur réelle de ce sentiment, dont la manifestation la plus élevée se réalise dans l’intensité, dans la profondeur et dans la plénitude de la subjectivité, ressentie par le sujet et exprimée par lui, laquelle ne se laisse pas réduire à être simplement la réponse à un appétit physiologique  et l’assouvissement d’un instinct biologique.» — Plérôme.

[amour]«L’amour devient l’ultime principe de la justification morale, lorsque l’action du sujet moral est remise en question et qu’il exige de lui que son mobile déterminant s’abreuve à la source pure et inaltérable du principe qui en fonde absolument la raison d’être et la finalité, comme le choix des moyens qui permettent de les actualiser.» — Plérôme.

[amour]«Où est l’amour et quelle importance lui accorde-t-on réellement, dans l’infinie variété des manières que se choisissent les individus afin de mieux se distinguer et affirmer leur autonomie et leur différence irréductible ? — voilà la question fondamentale qu’il convient de se poser, à l’intérieur d’un monde où règne l’idéologie du pouvoir et de la richesse qui à la fois l’accorde, par les moyens qu’elle démultiplie de l’acquérir, et en signifie la possession, en accordant à ses détenteurs le prestige qui les singularise et les valorise aux yeux de la multitude.» — Plérôme.

[amour]«Peut-on imaginer plus blessant que l’avilissement, par la personne aimée, de l’amour sincère et profond qui lui est porté, quels que soient la forme revêtue par cette déconsidération ou le motif invoqué afin de la justifier, quoique la raison la plus fréquente d’en témoigner serait la désinvolture avec laquelle l’espèce humaine en est venue à diminuer et à banaliser l’amour et à le réduire à n’être plus que l’occasion d’un plaisir sensuel.» — Plérôme.

[apparence]«Il arrive parfois que la beauté d’une chose soit tellement accomplie que la sublimité de son apparence et l’effet saisissant qui en résulte pour l’âme fassent oublier à la conscience que ladite chose ne saurait être sa propre cause et que par conséquent son arrivée à l’existence doit être attribuée à une cause extérieure qui lui est supérieure: quelles ne seraient donc pas alors la beauté et la sublimité qui appartiendraient en propre à cet agent et à cet agent étiologique ?» — Plérôme.

[ascendant]«Le principe inexorable de la solidarité des «forts» contre les «faibles», outre qu’il témoigne d’une dureté impitoyable chez ceux qui le défendent, en raison d’exprimer un manque de compassion, qu’aucun argument moral ne parvient à ébranler, manifeste d’une ignorance injustifiable des moyens naturels des principes qui fondent leur mise en œuvre et par lesquels opèrent les forces du destin ainsi que des raisons comme des causes sous-jacentes qui sont susceptibles de départager, en recourant aux moyens par lesquels les formes de la suprématie des créatures vivantes se manifestent dans la nature et impriment leur mouvement sur elle, de celles qui peuvent imposer le pouvoir de leur volonté sur autrui et de celles qui en subissent l’arbitraire.» — Plérôme.

[bureaucratie]«Comment peut-on caractériser un ordre social et bureaucratique, gouvernant un membre de la société, et qui constituerait une épreuve à son intégration sociale, en raison de ses imperfections, lorsque les aléas de la fortune l’obligent à recourir aux programmes qui ont été prévus et conçus justement afin de pallier aux inconvénients occasionnés par ces éventualités imprévues et parfois même imprévisibles ?» — Plérôme.

[changement]«Le changement pour le changement n’a aucun sens et n’en acquiert un que s’il vise à apporter une amélioration effective et durable de l’objet sur lequel il porte.» — Plérôme.

[changement]«Nombreux sont-ils à accueillir le changement avec enthousiasme, pourvu qu’ils voient en lui une amélioration de leur condition matérielle et qu’ils n’aient pas à payer le prix de sa production, mais rarement le perçoivent-ils comme étant un défi posé à leur mode d’existence et l’occasion de contribuer éventuellement à leur perfectionnement, en favorisant leur accession à un niveau de maturation et de sagesse plus élevées.» — Plérôme.

[communication]«Si l’euphémisme de la litote peut être une marque de finesse ou de délicatesse, en exprimant sous des couverts lénifiants, mais évocateurs, des vérités, des principes ou des réalités qui sont beaucoup plus substantiels et essentiels que l’expression employée pour les révéler pourrait le laisser entendre; si elle peut témoigner d’une ingéniosité de l’esprit, dans la découverte des formules par lesquelles elle se réalise dans l’intelligence et sous lesquelles elle se manifeste à la conscience de ceux qui en reçoivent la communication; elle peut aussi constituer un genre de faux-fuyant, qui cacherait l’essentiel d’une chose, non par pudeur, mais par intérêt, en raison du caractère troublant et peut-être même inavouable de la réalité qui est ainsi voilée à l’intelligence.» — Plérôme.

[compétence]«La compétence, qui réfère à une habileté technique, peut en effet se concevoir en dehors de l’univers moral, lorsqu’elle réalise mécaniquement la fin qui est commandée à l’agent qui en fait preuve: mais lorsqu’elle s’exercera, sans référence à un principe de moralité, ou conformément à un principe de moralité, minimaliste et par conséquent incomplet, l’exercice d’une compétence, si excellente fût-elle autrement quant au résultat qui est recherché, et qui est implicite à sa finalité, produit une actualisation qui s’effectue, non pas pour les bonnes raisons, mais pour les mauvaises raisons, ou à tout le moins pour des raisons médiocres, qu’elles émanent de l’extrincésité hétéronome d’une autorité extérieure ou qu’elles soient l’expression de l’intrincésité autonome de la conscience individuelle.» — Plérôme.

[connaissance]«Dans la volonté de réconcilier la connaissance, qui ne se sait pas encore complètement, puisqu’elle ne s’est pas accomplie dans la plénitude de sa possibilité, et l’ignorance qui lui oppose, dans la conscience, l’inertie d’une incapacité ou d’un refus de déloger en elle cet état stagnant, pour ne pas avoir à ébranler les structures d’un statu quo favorable à son maintien ou simplement par l’impossibilité de recruter en son for intérieur les énergies morales requises à cet effet, on ne saurait retrouver autre chose qu’illusion, demi-vérités, mensonges, affabulations, délires et théories partielles ou incomplètes qui, si elles ne sont pas dénuées de contenu réel, ne courent aucun risque d’avoir à éprouver la vérité de leur matière, vu qu’elles ne recevront aucune impulsion à se voir converties en action, soit que la volonté subisse la corruption de l’intérêt, soit encore que celle-ci procède de son indifférence, de sa lâcheté ou de sa complaisance.» — Plérôme.

[conscience]«En dehors d’une conception adéquate de l’essentiel, toute connaissance est à la fois vaine et futile, c’est-à-dire illusoire et dévoreuse de temps, puisque seule cette idée et cette valeur constituent une fin légitime qui est digne de ses efforts et en justifiet l’espérance ainsi que les actions qui en procèdent.» — Plérôme.

[couple]«Comme la femme éprouve viscéralement le manque de son complément masculin, l’homme quant à lui souffre tout aussi vivement de l’absence de l’être de la femme qui est son complément: mais alors que, pour la femme, le manque est perçu vaguement mais non moins fortement comme étant une privation qui la presse à la combler, ce qui la mène à rechercher activement l’âme-sœur dont elle pressent l’existence, pour se réjouir de cette intuition et voir se préciser en elle l’imago de celui qu’elle cherchait, lorsqu’enfin elle l’a trouvé; pour l’homme, l’évidence sentimentale de cette existence se fait sentir d’abord comme étant un avènement inespéré, une sorte de cadeau providentiel, susceptible plus tard d’être vécu comme étant une perte importante, c’est-à-dire un chagrin profond, si jamais l’âme-sœur venait à disparaître de sa vie. Selon cette perspective, l’enfant qu’ils concevront éventuellement devient la preuve de l’amour infini et de l’attachement indissoluble qu’ils ont l’un pour l’autre, en ce qu’il est l’aboutissement de la quête de la femme, pour celle-ci, et le témoignage pour lui d’avoir été jugé digne d’être choisi par elle afin de parfaire sa nature et d’être parfait par sa nature. § Voilà pourquoi il importe de protéger la liberté dont dispose intrinsèquement la femme de choisir celui en qui elle trouvera son complément unique et parfait et de cultiver la relation qui s’ensuivra pour le couple, tout comme il est essentiel pour l’homme de pouvoir reconnaître en ce choix la possibilité de faire l’expérience d’un bonheur inégalable pour lui-même, pour le couple et la famille qui procéderait de cette union, par le lien qui naîtra en lui pour celle qu’il épousera comme lui étant destiné de tout temps et dont le chagrin réel éprouvé par sa perte serait le témoignage le plus éloquent, si jamais par malheur elle se produisait. § Voilà peut-être aussi pourquoi la civilisation s’est constituée en reconnaissance de ce que la nature a voulu, en encourageant la formation des couples autour d’un homme qui serait plus âgé que la femme: celui-là étant plus susceptible qu’elle d’éprouver l’intensité de la douleur qui accompagne la perte du conjoint, un tel arrangement, qui prévoit pour la survivance de la femme, lui évitera le terrible malheur de se retrouver seul, comme ce serait le cas si elle quittait ce monde avant lui. Car on peut remarquer, en général, qu’il existe en la femme une maturité et une sagesse émotionnelles plus grandes qu’en l’homme, et que cet état constitue une acquisition historique et culturelle, peut-être en raison du risque plus élevé pour elle de perdre son conjoint à une nature parfois intransigeante et à une réalité culturelle marquée par la violence alors qu’elle-même bénéficie de la paix relative qui résulte de la reconnaissance par la société du rôle essentiel que comporte sa personne pour la survivance et l’éducation de ses enfants.» — Plérôme.

[crime]«Une des «découvertes» de la criminologie moderne consiste en la victimologie, la science par laquelle l’on prétend illustrer une manière de synergie inconsciente entre le délinquant et sa victime, et qui pour celle-ci constituerait l’expression d’une complicité tacite ou involontaire avec son bourreau, en lui fournissant l’occasion et le moyen de la transformer en patient. § Une telle thèse pourrait s’avérer dangereuse cependant, puisqu’elle tend à transformer la victime en l’agent actif et assumé de son propre malheur, voire qu’il le fût par des mécanismes et des dynamismes inconscients, pour faire du bourreau le sujet passif, déterminé par la situation, d’une action déplorable qu’il n’aurait pas voulue, tout en niant à l’un et/ou à l’autre la possibilité d’influer d’une manière déterminante sur leur sort propre et d’échapper à une fatalité qui autrement lierait mutuellement leurs existences respectives. Plus encore, cette théorie pourrait également s’avérer vicieuse, lorsqu’elle aboutirait à cautionner l’indifférence qui est éprouvée devant l’injustice commise ou encore l’inaction par laquelle cette «danse du malheur» puisse s’exercer, sans que l’on ne songe à intervenir pour empêcher que se produise l’inévitable, ou ce qui en prend l’apparence clairement probante. § En somme, cette «science» qu’est devenue la victimologie, et qui repose, en l’occurrence et pour l’essentiel, sur une interprétation des coïncidences et des corrélations, pose doublement, d’une manière nette et claire, le problème sociologique du déterminisme social et la question morale de la liberté, autant celle que l’agent moral endosse et assume que celle que celui-ci refuse ou qu’il se montre incapable d’assumer. Elle est donc au cœur des relations susceptibles d’exister, entre des individus qui sont libres ou qui sont réputés l’être, comme elle remet en question la possibilité effective de la liberté, de constituer une essence réelle et de s’en faire une idée qui participe à un mythe dont la fonction serait de maintenir un quelconque statu quo en lequel on distingue ceux que l’existence favorise et ceux que la fatalité néglige ou condamne à l’épreuve de la souffrance.» — Plérôme.

[destin]«Il semblerait parfois que le changement réussirait à faire l’unanimité, pour autant que personne n’ait à remarquer ou encore à éprouver les effets des transformations qui seront apportés, conformément au mouvement historique et social par lequel il trouve à s’instaurer.» — Plérôme.

[destin]«Le destin politique, c’est le fait accompli que révèlent le souvenir personnel de l’âme ou la mémoire collective de l’histoire sociale: la moralité cherche à en définir les conditions de la bonté, afin de la réaliser à travers leur participation à l’ensemble, et le droit, celles de sa justice, afin d’inciter les consciences agissantes à l’en imprégner; par contre, lorsque ces formes idéales sont devenues inopérantes, soit complètement, soit en partie, c’est alors que le destin prend l’aspect d’une contrainte intolérable qui serait, entièrement ou sélectivement, aveugle, excessive et aléatoire.» — Plérôme.

[devoir]«À l’intérieur d’une société où domine le principe subversif, tout l’essentiel de l’action consistera à empêcher autrui d’accomplir ce qu’il doit accomplir et à l’inciter à ne pas accomplir ce qu’il devrait accomplir: ainsi déroge-t-elle du principe de la solidarité éthique, qui requiert que les institutions sociales encouragent chacun des membres de la société à remplir son devoir, adéquatement conçu, et à ne pas manquer à ses exigences les plus essentielles et fondamentales.» — Plérôme.

[devoir]«Tels sont ceux qui ne tiennent pas leurs engagements, qui par la suite se plaignent que l’on ne tient pas les engagements que l’on aurait contractés à leur endroit et qui parfois même imaginent qu’il existe en contrepartie des engagements légitimes auxquels leurs semblables seraient tenus, sans que la réciproque ne soit en même temps vraie.» — Plérôme.

[Dieu]«Le refus moral de Dieu, c’est le refus moral de l’autorité: non pas de toute autorité cependant, mais de l’autorité qui se fonde sur la reconnaissance de la liberté profonde et l’innocence intérieure propre à l’essence primitive de l’homme, fondées sur une bonté à la fois transcendante et innée, susceptible d’être retrouvée, advenant qu’elle ait été perdue par malheur; la conscience morale admettra donc une forme naturelle de l’autorité, celle qui se fonde sur la contrainte, autant celle que l’on serait susceptible de faire naître que celle sur laquelle nul puissance d’exercice ne saurait infléchir et détourner, mais elle ne saurait se satisfaire d’une autorité qui s’exerçât aveuglément ou capricieusement, au détriment des virtualités les plus nobles, pures, saintes et élevées des hommes et des autres habitants de la création. » — Plérôme.

[duplicité]«Se jouer d’autrui est peut-être, hélas, le sport le plus répandu et le plus méconnu de tous les jeux sociaux qui se pratiquent: peut-être cet état est-il la résolution logique de l’insociable sociabilité de l’homme, que propose Kant comme étant à la base de la dynamique sociale et culturelle, par laquelle l’homme insociable cherche se donner une respectabilité, afin de se hausser au niveau de la civilisation qu’il ambitionne d’atteindre, et l’homme sociable à se réconcilier avec une nature égoïste dont il ne peut complètement se départir, malgré toutes les tentatives accomplies en ce sens.» — Plérôme.

[duplicité]«Tels sont ceux qui fondent leur notoriété uniquement sur la réputation et le crédit que leurs semblables, par leur inestimable valeur et la qualité de leur travail, leur permettent d’acquérir, de maintenir, de conserver, de préserver et de perpétuer.» — Plérôme.

[duplicité]«Tels sont ceux qui, lorsqu’ils nécessitent de recevoir la confiance aveugle de leurs semblables, afin de mieux encore pouvoir en abuser, leur reprocheront amèrement de ne pas la leur accorder, avec tout l’enthousiasme et l’entrain requis afin de produire l’effet souhaité.» — Plérôme.

[duplicité]«Tels sont ceux qui s’autorisent à pratiquer tous les coups déloyaux et à manigancer toutes les combines décevantes, mais qui néanmoins, pour ainsi parer à leur déconfiture, jouent les vierges offensées et se plaignent amèrement de ce que leur adversaire ne joue pas franc jeu avec eux, lorsqu’ils se sont vu déjoués par lui dans leurs entreprises douteuses,.» — Plérôme.

[épistémologie]«La philosophie ne serait-elle en réalité qu’un perpétuel recommencement du cheminement qui mène à la découverte de la vérité, en raison des doutes qui surgissent à l’intérieur des consciences individuelles, lorsqu’elles sont exposées à sa manifestation et à sa présence, ou bien se fonderait-elle plutôt sur une vérité qui les transcende et qui est implicite à tous ces doutes, apte à n’être jamais remise en question par ceux-ci, puisqu’elle est une acquisition irréversible de la conscience collective de l’humanité et qu’elle représente le franchissement d’un seuil épistémique, suite au travail millénaire effectué par des consciences réfléchissantes: en ce dernier cas, il s’agirait de concevoir quelle est la substance de cette vérité qui agit implicitement et tacitement sur les consciences, avant même qu’elles ne produisent leur action critique et leur interrogation signifiante.» — Plérôme.

[esprit]«La transcendance est la capacité innée en l’homme de s’élever, au moyen de l’esprit, au-delà des contingences, des conditionnements et des déterminismes inhérents à l’existence et à la nature, y inclus ceux qui procèdent de la coexistence des espèces vivantes les unes avec les autres et dont la plus haute manifestation, mais non la seule, s’exprime à l’intérieur de la société humaine.» — Plérôme.

[existence]«Devant l’importance et la valeur que prennent éventuellement les enjeux existentiels majeurs pour chaque individu — tels le bonheur, la durée et la qualité de la vie, la nature des relations sociales et l’essence des rapports intimes —, certains ne connaissent nullement leur intérêt alors que d’autres ne le connaissent que trop.» — Plérôme.

[foi]«La philosophie n’est pas en principe en rivalité avec la religion, lorsqu’elle constitue une tentative à connaître et à comprendre les principes qui sont à l’origine et fondent la raison des élans du cœur qui portent l’adepte et le fidèle à élever leur âme vers une réalité qui est sue par elle, ainsi que la conscience qu’elle en développe, et à dépasser les limites de l’entendement, sans peut-être chercher à déterminer l’essence de cette réalité et à concevoir spécifiquement quelle en serait la nature. § La rivalité s’installe entre ces disciplines seulement lorsque les principes religieux ne se découvrent pas spontanément à l’esprit comme étant en puissance légitimes ou même concevables et donc laissent croire à la possibilité qu’existât, de la part d’une autorité constituée, une volonté d’abuser de la crédulité d’une population naïve, en proposant à sa conscience des illusions et des chimères, avec le scepticisme et peut-être même le cynisme qui pourraient accompagner la suspicion qu’une telle machination prévalût. D’où l’importance, pour les fidèles et les adeptes qui sont ainsi disposés en ce sens, de faire la tentative de communiquer les raisons de leur foi, aussi clairement que cela leur serait possible, même si au départ, par définition, la matière suprasensible sur laquelle portera leur herméneutique — l’âme, l’esprit, l’immortalité, l’éternité, la Divinité, l’infini — peut se montrer réfractaire à un tel exercice, en raison même de l’ineffabilité de leur concept.» — Plérôme.

[ignorance]«Qu’elle est réconfortante et rassurante, cette ignorance dont on ne soupçonne même pas l’existence, mais qui laisse comme un parfum d’insatisfaction dans l’esprit curieux qui éprouve les lacunes de son actualité.» — Plérôme.

[imagination]«L’ingéniosité fait du crottin le moyen d’un sport; la magie le fait disparaître comme par enchantement; la science en analyse la constitution et, grâce à la technologie qu’elle a développée, l’utilise à des fins maraîchères ou agricoles; et le miracle de la vie le transforme en nutriment qui font croître la prairie, le jardin et jusqu’à la forêt.» — Plérôme.

[intérêt]«Lorsque le désintéressement moral est absent, c’est l’intérêt qui dirige l’action et contraint la passion comme il conditionne la générosité et la lésine: celles-là ne prennent alors en elles-mêmes nulle dénotation morale, mais adoptent du mobile profond qui les fonde l’entièreté de la valeur morale à laquelle elles peuvent prétendre, laquelle se détermine pour l’essentiel par celle que reçoit l’intérêt, au service duquel se porte l’intention qui commande à leur présence ou leur absence. La question devient maintenant de savoir s’il y a quelque intérêt pour l’homme de faire preuve de désintéressement et si l’on peut assister à la juste rétribution des actions et des conduites, en l’absence des revendications qui accompagnent toujours la défense de l’intérêt, autrement que par l’action d’un esprit qui est véritablement désintéressé, dont les motifs et les mobiles s’enracinent dans une moralité authentique et profonde et un sens entier et complet de la justice véritable et réelle.» — Plérôme.

[justice]«Quel remède peut-on espérer apporter à l’atteinte à la réputation, résultant de la procédure qui vise à inculper un particulier mais qui aurait abouti, soit à un non-lieu, soit à une exonération complète, surtout lorsque l’on sait que ces retombées délétères sont inévitables en de telles occasions et que peut-être même une conscience malheureuse pourrait chercher à les susciter, précisément en vue d’occasionner ces effets calomnieux pervers, même lorsque le moyen employé s’avère défectueux, comme lorsque le succès politique qui est produit — l’avilissement et la neutralisation d’un opposant — est la récolte de l’insuccès judiciaire qui en fut le garant ?» — Plérôme.

[liberté]«La véritable liberté consiste à se montrer à la hauteur de la vertu qui est requise à réaliser la plénitude de la vie à laquelle chacun est appelé, laquelle ne saurait s’accomplir dans l’ignorance d’autrui et de ses propres virtualités quant à cette virtualité.» — Plérôme.

[liberté]«La plus grande liberté est de comprendre quel sens la vie prend pour soi et quelle destinée elle réserve à chaque particulier, pour ensuite disposer du pouvoir d’agir selon ces connaissances, sans épargner l’effort pour traduire l’idéal en réalité, malgré les contrariétés qui se présentent à l’agent moral dont l’horizon existentiel prend en considération la liberté de ses semblables et concourt alors à la réaliser dans la mutualité des rapports.» — Plérôme.

[liberté]«La liberté est un état que tous désirent, en vue de la plénitude du bonheur à laquelle elle permet d’aspirer et qu’elle encourage à actualiser — un bonheur qui est inhérent au fait même de la possibilité d’en disposer et de la réaliser —, mais que peu réalisent effectivement, en raison des exigences qui accompagnent cette quête suprême et qui doivent être rencontrés afin de garantir la réussite qui signifie son aboutissement.» — Plérôme.

[liberté]«Le problème de la liberté consiste à réconcilier le principe de son illustration intégrale et complète avec les manifestations particulières qui sont issues des personnalités notables qui seraient censées incarner cette valeur et qui, au contraire, en détruisent, ou visent à le faire, l’essence et la substance même.» — Plérôme.

[mal]«La conscience morale réfléchie conviendra que le mal est la limite du bien; mais d’où vient-il donc que le bien dusse se trouver à être limité et quelle justification peut-on apporter à cet état, sauf peut-être à ne pas chercher à contester l’évidence du fait accompli et de la prépondérance de la force et/ou de la ruse qui serviront à l’occasionner, en évoquant un agnosticisme radical qui ne saurait proposer un principe supérieur, ou éventuellement suprême, dont la bonté fonderait l’actualité bienfaisante ?» — Plérôme.

[médecine]«La chirurgie, lorsqu’elle vient compléter son travail, révèle hélas! l’échec de la médecine clinique et thérapeutique.» — Plérôme.

[métaphysique]«Au nom de l’autonomie de l’homme, ceux qui en préconisent la valeur éminente du principe cherchent à édifier le monde sur des conceptions immanentes, alternatives aux valeurs transcendantes du beau, du bien et du vrai, ou plus radicalement négatrices d’icelles, tout en adoptant néanmoins les noms qui se rapportent à elles, mais n’en représentent en réalité que des ersatz et des approximations incomplètes. Car seule la transcendance parvient à donner à l’œuvre humaine le fondement de sa sublimité, qui repose sur l’exacerbation dans l’excellence de ces idées, et sans la transcendance, l’homme ne saurait se contenter que de réaliser la médiocrité. § Ainsi, tout refus de la transcendance constitue-t-il en principe un déni à l’humanité de la possibilité qu’elle pourrait autrement légitimement revendiquer de réaliser au plus haut point, pleinement et sans réserve, les virtualités qui sont intimes à sa nature. De plus, la volonté de propager un immanentisme strict, fondé sur la rationalité empirique et positive de l’homme, et ainsi de généraliser la négation d’une transcendance devient-il le motif profond de l’instauration, à plus ou moins long terme, de la décadence de la culture et de la déchéance de l’homme ainsi que du nihilisme qui en fonde, au cœur de l’âme, l’impulsion implicite. Rome et Jérusalem en savent particulièrement quelque chose, puisque leur histoire s’est caractérisée, mais de manière différente, par un refus radical de la transcendance: celle-là en conditionnant ses mœurs par un épicurisme décadent, celle-ci en les centrant sur une observance religieuse stricte et sans spiritualité réelle.» — Plérôme.»

[moralité]«La notion du bien se réduit-elle seulement à l’estimation et à l’interprétation que l’on peut en posséder subjectivement, individuellement ou collectivement, en raison du plaisir ou du déplaisir qui en résulte pour le particulier ou pour l’ensemble social, ou n’implique-t-elle pas la référence à un idéal et à un critère objectifs, par lesquels on peut concevoir une essence indépendante des conditions à l’intérieur desquels elle est appelée à s’exercer et qui interpelle l’agent à se surpasser, tout en inspirant son action en ce sens, en même temps qu’un barème qui serve à évaluer celle-ci et qui ne se fonde pas uniquement sur une appréciation subjective et éventuellement biaisée, qu’une conscience morale pourrait spontanément s’en former et s’en représenter ?» — Plérôme.

[moralité]«Paradoxalement, on peut retrouver, chez certaines personnes qui illustrent des conduites moralement répréhensibles, l’expression d’une indignation qui n’est autre chose que la révolte, profondément sentie, contre le déshonneur qui un jour leur fut imposé malgré elles: peut-être cela constitue-t-il l’attestation de la thèse rousseauiste de l’effet corrupteur de la société sur les âmes pures, sans pourtant excuser l’individu de ne pas faire preuve du courage de s’en extraire.» — Plérôme.

[moralité]«Personne ne manque consciemment ce qu’il ignore qu’il n’a pas (alors que la présence de ce manque peut être délétère à l’accomplissement de sa nature véritable): tel est le principe sur lequel se fondent les forces qui basent leur ascendant sur la culture de l’ignorance, sans égard pour la légitimité des actions par lesquelles ils maintiennent leurs charges dans un état de privation et d’insuffisance; si le mensonge et la propagande, qui tissent un narratif plausible mais inexact, ainsi que, à un plan plus général, le mythe dont on trafique sans vergogne les interprétations véridiques, sont les moyens historiques les plus sûrs, employés à entretenir cet état d’inégalité politique, ces stratégies et ces manœuvres opèrent sans compter sur l’idéal transcendant de la justice et de la vérité qui inspirent toutes les actions et tous les propos, voire à des degrés différents; et qui tôt ou tard se réalisera, en tant qu’il est essentiel à l’accomplissement de la nature humaine et à la plénitude des sujets moraux, telle que la bonté, originelle et innée, de celle-là est appelée à se manifester en ceux-ci, dans la liberté d’une conscience qui fait l’effort de se réaliser entièrement.» — Plérôme.

[moralité]«Qu’elle émane d’une technologie, éprouvée en vue de produire une fin recherchée, ou qu’elle soit le produit de la liberté créative, qui s’exerce spontanément en vue de la promotion, du maintien et de l’avancement de la vie, il n’existe aucune action qui ne renvoie à la moralité et à la conception de la meilleure perfection possible, susceptible d’être atteinte et rencontrée par un agent moral autonome et responsable, pour autant que celui-ci serait susceptible de s’assumer comme tel.» — Plérôme.

[moralité]«Quel mérite peut-il y avoir à accomplir le bien, si cette action consiste simplement à suivre aveuglément les injonctions qui en définissent le contenu et les moyens de sa réalisation éventuelle, sans qu’elle ne réalise en même temps la condition de la liberté qui est au cœur de la nature humaine, lorsqu’elle est conçue par l’intelligence comme étant pleinement accomplie ?» — Plérôme.

[moralité]«Tels sont ceux qui, enjoignant continuellement autrui à être, ne soupçonnent pas qu’en réalité, ils expriment en même temps, non pas uniquement leur propre non-être, mais aussi la suffisance de leur contentement à le maintenir et l’insuffisance de leur volonté devant le  changement qu’ils pourraient apporter à leur état.» — Plérôme.

[mythe]«Le sain usage du mythe, qui interpelle l’intelligence herméneutique de ceux qui prennent conscience de la puissance de son influence et de son action sur les consciences, c’est non pas d’entretenir l’inexistence au détriment de l’existence, mais de favoriser, d’entraîner et d’exacerber l’épanouissement de l’existence, en suscitant dans l’âme un processus mystérieux par lequel elle parviendrait à s’extraire de l’inexistence relative en laquelle elle est tenue par la force des circonstances.» — Plérôme.

[mythologie]«Une conception imparfaite de la divinité grecque voudrait qu’elle s’installât en observateur impartial de la condition humaine, un peu à la manière de fonctionnaires impassibles et critiques, ou encore de spectateurs uniquement impliqués esthétiquement par l’action, les propos et les émotions exprimés par des personnages de théâtre, sans éprouver de sentiment pour les malheurs qui frappaient l’humanité, ni d’espoir en la possibilité de voir une amélioration de la situation décadente des hommes ou encore de désir de participer à l’effort d’instaurer la véritable justice dans le monde. § Or, cette perspective est indéfendable, lorsque l’on considère l’histoire des dieux particuliers (v.g. Dionysos, Athéna, Zeus, Hercule, qui portait en lui autant l’espoir de son père Zeus, que de Héra dont il portait le nom dans le sien, Apollon, etc.), qui ne cessent d’entrer en interaction avec les hommes, et non pas seulement pour des motifs subjectifs et intéressés. Par ailleurs, les sentiments divins n’étaient pas toujours bénéfiques pour les hommes, puisque l’influence de Dionysos sur le monde rapproche celui-ci toujours plus du chaos et que la vanité des trois déesses, Athéna, Héra et Aphrodite, conduit au désastre de la guerre de Troie qui mit fin à la maison des Atrides et à la civilisation Mycénienne. Peut-être peut-on voir en le genre de ces interactions avec l’espèce humaine une manifestation de l’avatar qui est particulière à la théologie Grecque, sans que celle-ci n’en accrédite ni l’idée, ni la réalité.» — Plérôme.

[patience]«L’impatience veut déjà ce qui se prépare encore et parfois même se laisse emporter par ce qui est déjà près, en répondant aux signes qui l’annoncent, mais sans entrevoir ce qui pourrait, encore mieux et plus, répondre à son désir, si elle avait su tempérer l’urgence de son sentiment et lui suppléer la patience de pouvoir anticiper avec pondération sa réalisation plus juste et plus adéquate.» — Plérôme.

[perfection]«L’ambition personnelle exagérée, pour ne pas dire hyperbolique, se découvre à ce que chacun, non content d’être un modèle, souhaiterait être en définitive le modèle: le malheur se produit lorsque, tel individu s’érigeant de son propre gré et de manière tout-à-fait gratuite en modèle unique, il en vient à exiger d’autrui, sans s’imposer ni flexibilité, ni latitude de conscience ou de sentiment, qu’il fasse correspondre ses jugements et ses conduites aux schémas et aux représentations issus de l’imagination du premier, sans égard pour les conceptions que la conscience de celui-ci lui dicterait, voire même que ce fût au nom d’une compréhension transcendante, hautement sage, délibérée et réfléchie, de l’essence et de la nature de la liberté.» — Plérôme.

[perfection]«La voie de la perfection est un cheminement inépuisable, en vertu de la nature de cet état qui appelle à chercher continuellement à se parfaire, en cette vie bien sûr, en réponse aux contingences et aux conditions qui en caractérisent la manifestation et l’état, mais aussi dans l’au-delà indéfini où elle se réalise dans l’éternité et dans l’infinité de l’univers de Dieu.» — Plérôme.

[perfection]«On peut volontiers comparer l’occasion qui se prépare à un fruit qui arrive lentement à maturation; mais contrairement à ce fruit qui, arrivé au terme de sa croissance, tombe de l’arbre et jonche le sol, pour lentement se décomposer et, avec la passage du temps, enrichir le sol de sa semence et de son compost, s’il n’est pas cueilli au bon moment, une occasion féconde qui se développe ne souffre pas d’être manquée et de ne pas être mise à contribution ponctuellement, puisqu’elle profitera toujours du passage du temps pour se parfaire encore, dans l’attente du jour où toutes les conjonctures se mettront en place pour qu’elle soit exploitée de manière optimale.§  Par ailleurs, lorsque l’occasion manquée implique deux personnes qui sont promises l’une à l’autre et qu’elle est accompagnée d’un sentiment qui, étant pleinement préparé à faire fructifier ces possibilités, se voit indûment frustré dans son désir légitime de n’en point pouvoir disposer, étant arrivé au terme assigné de son attente, n’étant pas suffisamment accrédité par la personne aimée et se trouvant sommé par les circonstances devoir plutôt patienter jusqu’au jour où la satisfaction de son sentiment deviendra possible, la souffrance que cause ce délai, d’autant plus intense que le désir était profond et authentique, pourrait requérir de l’autre, contre laquelle les circonstances se seront liguées pour l’éprouver, qu’elle connût aussi une souffrance équivalente afin d’expier celle qu’elle aura causée, en vertu d’une loi naturelle mais immanente, exerçant son action à l’insu des intéressés et d’une manière subtile mais néanmoins efficace, qui commande que tous éprouvent le feu purificateur de l’expérience et que chacun devienne pour son semblable l’occasion d’une catharsis salutaire, conformément à un dessein providentiel, là où une telle purification serait désirable et exigible en vertu de l’exercice d’une justice naturelle.» — Plérôme.

[perfection]«Ultérieurement, la question morale se reporte, pour l’essentiel, sur celles qui concernent la vie et la perfection de sa forme, dans toute l’efflorescence de la complexité et de la variété qu’elle est susceptible d’acquérir et sans laquelle l’intelligence ne saurait se la représenter: conséquemment, qui dit moralité, implique en même temps la question de l’essence et de l’état de la vie ainsi que la recherche de son accomplissement et de sa plénitude; et qui dit immoralité, évoque son contraire, i.e. la cessation gratuite et insensée de la vie ou encore ce qui en cause l’amenuisement, la déchéance et la corruption.» — Plérôme.

[philosophie]«La philosophie est la discipline de l’esprit qui soit apte à façonner l’intelligence que la conscience acquiert de la réalité et à définir l’action qui puisse agir fructueusement sur elle, lorsqu’elle fait preuve à la fois de la perspicacité de la vision, de la droiture du jugement et de l’excellence créatrice de l’effort requis,.» — Plérôme.

[philosophie]«La philosophie doit représenter autre chose qu’un abîme intellectuel et spirituel, susceptible d’engloutir les esprits qui, en toute bonne foi, désirent s’aventurer sur la voie de l’élucidation des questions essentielles, propres à la volonté d’approfondir et d’éclaircir l’énigme de l’univers et les autres considérations dérivées de cette interrogation fondamentale, et un abysse cosmique dont la singularité est prudemment entourée par ses gardiens et ses praticiens, dont le rôle consisterait pour l’essentiel à voiler ce qui serait le but fondamental de leur action futile et oisive, qui s’accomplirait en abordant toutes les questions qui se présentent à leur esprit, en formulant pour elles des réponses aussi savantes qu’elles sont complexes et développées, mais en omettant surtout celles qui toucheraient à l’essentiel, un domaine qui serait censé attirer et concerner le véritable philosophe dans sa quête de la vérité et de la conception adéquate et complète de la réalité.» — Plérôme.

[philosophie]«Le paradoxe de Zénon est l’exemple d’une pétition de principe, par laquelle on parvient à prouver nulle autre chose que la proposition qui était implicitement contenue dans la prémisse: car, en cherchant à démontrer le principe de l’immobilisme de Parménide, lequel nierait le mouvement de l’être dans l’expérience empirique et sensible, et en réduisant successivement par la moitié la distance parcourue par un objet, vivant ou inerte, qui est en mouvement, le rapport entre la distance parcourue et la vitesse requise à cette fin condamnait nécessairement l’objet qui se déplace à se figer en une immobilité ultime, laquelle fondait le principe que le paradoxe tentait d’illustrer.» — Plérôme.

[philosophie]«Les réponses tranchées et univoques, comme la prétention à les détenir, sont en effet rarissimes en philosophie, et elles mènent concrètement, le cas échéant, en raison des oppositions inévitables des points de vue qui s’ensuivent, à l’établissement d’une série indénombrable d’antinomies irréconciliables, qui prétendent néanmoins à fonder la  compréhension de la réalité que peut faire le philosophe ou toute autre personne intelligente: outre que celles-ci mènent à une division et une dichotomie sans fin des conceptions, elle explique mal comment l’on puisse se construire, a priori et d’une manière certaine et crédible, des concepts unitaires et absolues, telles l’univers, l’être, l’Un, l’infini, le tout, Dieu, etc. En réalité, pour peu que l’on s’arrête à considérer les problèmes philosophiques sous les multiples points de vue possibles, l’on en arrivera nécessairement à des conceptions nuancées et éventuellement complémentaires, sauf se trouver devant la position épistémologique intenable d’accréditer simultanément une idée ou une proposition et leur contraire.» — Plérôme.

[philosophie]«Lorsque l’on affirme que la philosophie est une forme de la littérature, ce n’est pas enlever la spécificité à cette discipline, mais simplement affirmer quelle est sa vocation littéraire: car si la littérature, telle qu’on l’entend ordinairement, cultive la forme littéraire et, pour se réaliser, s’appuie le plus souvent sur le sentiment, c’est-à-dire la vérité du cœur, la philosophie quant à elle s’intéresse surtout à la vérité de l’esprit, qu’elle rejoint et qu’elle suscite, tel qu’elle apparaît à la conscience du penseur et qu’elle se déploie en vue de l’instruction de l’esprit de ses semblables, lorsqu’elle informe leurs enseignements. § Mais ce n’est pas dire que, de la même manière que la littérature n’oserait ni ne pourrait s’exercer à l’exclusion des facultés de l’esprit, la philosophie n’oserait ni ne pourrait s’exercer à l’exclusion du cœur: c’est bien plutôt le contraire qui se produit, puisque la littérature, tout en parlant de préférence le langage du cœur, appuiera son initiative sur l’action de l’esprit, telle qu’elle commande la formation et l’usage de la langue, comme la philosophie, tout en interprétant les vues et les visées de l’esprit, parlera en même temps au cœur, en tant qu’il est l’ultime juge de la pertinence morale de la philosophie à ce qui en fonde l’exercice, c’est-à-dire la vie, conformément à la manifestation et à la réalisation les plus élevées qu’elle souhaiterait atteindre, autant chez autrui que pour soi. Or, autant la littérature que la philosophie s’appuient sur les mêmes moyens pour se communiquer à un public identique, à savoir «la république des lettres», autant celles de l’écrit que celles du discours. Et cela seul suffirait à donner à la philosophie un statut littéraire valide, voire d’un genre autre, mais tout aussi ancien, que celui qui est accordé traditionnellement à la littérature.» — Plérôme.

[philosophie]«Une question qui est au fondement de la naissance du romantisme: la philosophie, par sa dépendance quasi-exclusive sur la raison, a-t-elle tué l’homme de cœur ?» — Plérôme.

[philosophie]«Une question que devra se poser, tôt ou tard, l’histoire de la philosophie: pourquoi l’humanité a-t-elle pris beaucoup moins longtemps à découvrir la faculté de la raison et de l’esprit qu’à faire la découverte de celle du cœur ? Et, accessoirement, mais non pas moins essentiellement, s’agit-il réellement d’une découverte ou ne serait-ce pas plutôt la réminiscence, ou l’anamnèse, d’une faculté négligée, voire oubliée ?» — Plérôme.

[politique] «En théorie, nul État ne saurait être plus grand que le plus grand de ses citoyens; et en pratique, rares sont les États qui, sans passer par la violence, seraient susceptibles de la magnanimité requise à reconnaître à leur juste valeur, les particuliers qui naissent, vivent et croissent sous leur gouvernance, en présentant des qualités qui, en raison de leur vérité supérieure, éclipsent celles qui sont actuellement illustrées par leurs souverains, leurs dirigeants ou leurs élites, même si elles ne déprécient pas pour autant celles dont ils témoignent néanmoins.» — Plérôme.

[politique]«Chacun possède une idée simple et claire de la guerre et de la paix: l’une, plutôt phénoménale et esthétique, se présente comme étant l’expression d’une réalité, i.e. un mélange en lequel s’affrontent l’ordre et le désordre et qui résulte dans la souffrance, la dégradation et la destruction aveugles de la nature, vivante et/ou inerte, et des populations qui l’habitent; l’autre, principalement téléologique, comme finalisant les manifestations de cette réalité désolante en vue d’établir (ou de rétablir) l’harmonie, le bonheur et la paix, au bénéfice de la vie apte à prévaloir et à régner parmi les protagonistes désormais pacifiés. § Car l’État culturel qui n’a pas accédé à celle-ci, sans pourtant qu’elle n’ait sombré dans la déchéance qui caractérise celle-là, est celui qui soit n’a pas encore identifié le moyen de parvenir à l’état parfait et accompli d’une paix perpétuelle, soit fait défaut d’y concourir, par manque de courage politique et/ou de la prévoyance nécessaire à y engager des effectifs suffisants, soit préfère emprunter la voie contraire pour des motifs qui sont le plus souvent associés à des intérêts particuliers que les agents moraux préfèrent cultiver au détriment des idéaux collectifs de la justice sociale et de moralité individuelle: le premier cas, il servira à caractériser un État amoral par manque d’inspiration et d’éclairage intellectuel; le second, un État amoral par impuissance morale ou imaginative; et le troisième, un État nettement immoral, uniquement réglé par l’intérêt égoïste et détruit par la corruption des idéaux et des valeurs.» — Plérôme.

[politique]«D’un point de vue empirique, la plupart des législateurs exercent leur activité au nom de l’ensemble, mais ils accomplissent cette fonction à l’intérieur des paramètres exigus de leurs intérêts particuliers, qu’ils soient simplement individuels ou qu’ils renvoient à la société et aux groupes d’appartenance et de référence qui sont constitutifs de leur identité. Le principe parlementaire, pris dans son sens le plus général, se fonde sur la diversité et la variété de ces intérêts afin de prétendre atteindre à généralité du bien-être de l’ensemble, par les tensions qui se produiront nécessairement entre eux, lorsqu’ils entreront en interaction, et dont le résultat serait un compromis qui représenterait ponctuellement la meilleure solution possible, susceptible de lier obligatoirement la conduite de l’ensemble jusqu’à une révision, habituellement reléguée à un futur indéterminé, de la politique législative qui en serait issue. § Ainsi, la démarche politique, qui se situe ordinairement et nécessairement à l’échelle historique de décennies, de siècles et peut-être même de millénaires, en raison de sa prétention à interroger la nature des circonstances et des événements et à proposer des solutions qui les transcendent, par la compréhension de leurs mesures et l’envergure de leur effectivité, repose sur deux actes de foi implicite, à savoir que, (1) premièrement, peu importe la nature des intérêts en présence, les législateurs s’en référeront in foro interno à l’intériorité de leur conscience morale, à l’exercice de la meilleure nature juridique, combinant une intelligence sensible et morale, qu’il est possible de réaliser, afin de définir des politiques et de spécifier des lois qui conviendront au plus haut point à l’ensemble, compte tenu des circonstances et des événements auxquelles elles s’adressent; et (2) deuxièmement, que l’éventuelle bonté de la résultante repose sur la prépondérance du bien, vers lequel tendraient le corps politique et l’appareil étatique — lorsqu’ils réalisent la conjoncture heureuse et harmonieuse du législatif, de l’exécutif et du judiciaire, en vue de définir le droit qui est apte à procéder de son travail politique et social —,  sur tout mal susceptible d’apparaître et d’être préconisé à l’intérieur de ces corps organiques. § Le corollaire de cette foi politique énonce que, lorsque les correctifs internes au système s’avéreront insuffisants à rétablir un ordre qui soit le reflet d’une bonté adéquate, telles que les consciences politiques, pures, matures et évoluées, sont susceptibles de l’entendre, y comprises celles des législateurs intègres que leur devoir inspire toujours et a rendu imperméables aux égarements déontologiques, lorsque en somme la corruption et la prévalence des intérêts particuliers se sont substituées à la bienveillance collective qui serait censée exister, sans que celle-ci ne parvienne à reprendre ses droits effectifs sur les dérogations qui se produisent, le corps politique aura recours à des mécanismes qui les lui imposeront de l’extérieur, au moyen des formes politiques que la démarche parlementaire s’était donnée pour but d’éliminer du paysage politique, sauf à devoir composer avec une anarchie conséquente et la possibilité qu’elle apporte avec elle un changement de régime et, avec lui, au-delà d’une rigidité systémique fondée sur le maintien illusoire d’une apparence d’excellence et de normalité, une conception alternative de réaliser effectivement la justice, avec toutes les conséquences qu’apporte avec elle cette nécessité d’opérer une réorganisation nécessaire et salutaire.» — Plérôme.

[politique]«Ironie politique: l’égalité entre les individus, dans la liberté pour tous, régnera ... jusqu’à nouvel ordre, c’est-à-dire au gré des caprices de l’histoire et non pas en vertu de la valeur incontestable du principe et l’immuabilité de l’état qui le révèle !» — Plérôme.

[politique]«L’imperfection politique se définit par l’incapacité de l’État à défendre son intégrité contre les mouvements intestins par lesquels les mélanges de l’ordre et du désordre qui caractérisent toute organisation naturelle se combinent afin de satisfaire à des intérêts qui ne sont nullement concernés avec le bien-être légitime et adéquatement réalisé, i.e. moralement poursuivi, du grand ensemble social, mais uniquement et d’une manière éphémère et intangible, avec les individualités de l’heure et les groupes particuliers dont le bien-être individuel est réputé par eux prévaloir sur celui qu’une justice pleine, entière, élevée et désintéressée lui procurerait, ainsi qu’à chacun de ses membres.» — Plérôme.

[politique]«L’indifférence éprouvée devant l’injustice, souvent engendrée par la confusion qui se fixe et se maintient dans les esprits, quant à la nature réelle de la justice et l’expression adéquate, concrète et particulière qu’elle serait censée recevoir, est probablement le plus grand fléau qui puisse s’imaginer, pour une société harmonieuse et saine, ordonnée par une moralité collective excellente, ainsi que pour l’humanité en général qu’une raison d’État adéquate gouverne selon les principes purs et éternels du droit, bien entendu.» — Plérôme.

[politique]«Pour un grand nombre, le politique se limite à la défense exclusive et étroite de leurs intérêts immédiats, sans égard ni pour une quelconque notion de communauté, sauf en ce qu’elle peut contribuer à leurs préoccupations égoïstes, ni même pour la conception d’un insuffisance naturelle, préalable à une nature sociale épanouie, susceptible d’inclure éventuellement autrui dans son horizon existentiel et à le considérer comme étant une personne autonome, apte à posséder une valeur et une dignité en soi.» — Plérôme.

[psychologie]«Lorsque les exigences de l’individualité deviennent trop pressantes, en raison de la demande implicite à découvrir et à assumer les particularités et les spécificités appropriées à sa propre nature, telles que l’expérience oblige à leur éclosion véritable et que l’intuition les révèle à la conscience, l’anonymat égalitaire et impersonnel du groupe devient un abri réconfortant et salutaire; lorsque par contre les contraintes du groupe deviennent trop aliénantes, par la force étouffante qui s’exerce et qui impose la privation d’une reconnaissance individuelle, fondée sur la profondeur de la conscience personnelle et sur la mutualité authentique des personnes, qui soit comme la nécessité d’obéir au code uniforme et indistinct de l’ensemble, l’individualité revendique le droit à l’accréditation et à la distinction de la valeur irréductible de la personne, ainsi qu’au sentiment de la dignité qui en procède pour soi. § Or, c’est dans la dialectique de l’individu et du groupe, comme de la dynamique qui en procède, par les résonances qu’elle trouve dans les intériorités individuelles et les manifestations qu’elle dans les phénomènes de masse, que réside la clef de la compréhension de la phénoménologie sociale et de tous les mouvements susceptibles de naître à l’intérieur d’une société: voilà quels sont le principe et la clef de la psycho-sociologie, qui cherche à faire la part, autant à la réalité intégrante de l’ensemble collectif qu’à la valeur intégrale de l’individu conscient et doué de sentiment qui compose cette unité et qui participe, à part entière, à la constitution, à la direction et au mouvement qu’elle reçoit de leur interaction.» — Plérôme.

[psychologie]«Tels sont ceux qui, ayant réévalué leur perspective sur les choses, et donc ayant effectivement procédé à une transformation de leurs schémas de pensée, s’imaginent qu’en réalité, c’est la manière de réfléchir qui appartient à autrui qui a changé: peut-être est-ce là l’indice qu’une transformation plus radicale encore, portant sur leur intériorité profonde, serait sur le point de se produire et de se révéler.» — Plérôme.

[psychosexualité]«L’espérance fondamentale et secrète de tout homme, c’est que la femme, par sa conduite, son attitude et son action, confirme en tout temps la forme de la virilité qui est exprimée par lui, comme celle de toute femme, c’est que l’homme témoigne envers elle à chaque instant, par cet état manifeste, la reconnaissance de la féminité qui est l’essence de son être: la difficulté, apte à expliquer les problèmes que rencontrent les couples, le cas échéant, c’est que les conceptions de la virilité, comme celles de la féminité, sont multiples et varient selon les individus, les cultures, les époques, les sociétés et les circonstances. § Il en résulte alors que le seul moyen d’obvier à la variabilité et à la relativité qui caractérisent les perceptions et les conceptions susceptibles d’êtres entretenues, tantôt par les hommes envers les femmes, et tantôt par les femmes envers les hommes, c’est de retrouver autant l’éternel Féminin en la femme et l’éternel Masculin en l’homme, de manière à refléter constamment ces essences et ces états dans les manières que l’un et l’autre choisissent d’agir, de réagir, de se manifester, de se communiquer et de s’exprimer.» — Plérôme.

[psychosexualité]«La femme de tous les hommes, mais l’épouse d’aucun; le mari de toutes les femmes, mais de nulle l’époux: telle est la conséquence morale du libertinage qui prétend retrouver en chacun des partenaires du plaisir sensuel qui est recherché par lui un complément social, voire qu’il fût superficiel, et un partenaire, voire éphémère, de la vie.» — Plérôme.

[réalité]«L’exemple d’un ordre naturel qui est ordonné en vue d’un bien, celui de la vie: un organisme vivant, existant en harmonie avec les autres organismes vivants et parcourant à leur bien-être comme au sien (v.g. le cultivateur qui cultive son champ en vue de nourrir sa famille et qui en même temps assure la conservation et la propagation de l’espèce cultivée); l’exemple d’un ordre qui existe en vue d’un mal, celui de la mort: une espèce qui accomplit aveuglément la destruction systématique de la vie comme étant la condition nécessaire à sa propre continuité et à sa propre perpétuation (v.g. une colonie de fourmis guerrières qui, en effectuant sa migration, détruit toutes les espèces vivantes qui se trouvent sur son passage, indépendamment de la valeur intrinsèque des autres espèces, lesquelles sont soumises obligatoirement aux impératifs de l’existence de cette unique espèce); l’exemple d’un désordre qui se produit aléatoirement en vue d’un bien, celui du maintien de la vie: une force de la nature qui, opérant indistinctement sur un territoire, le transforme et agit sur lui dans le sens de la conservation et de la propagation des espèces qui l’habitent et y vivent (v.g. les vents qui soufflent sur une contrée et qui apportent avec eux les nuages procurant une pluie bienfaisante et salutaire qui abreuvent les récoltes, les bestiaux et les humains qui en subissent les effets, ou encore les courants océaniques qui, malgré leurs fluctuations apparemment incertaines et imprévisibles, servent à transporter les espèces vivantes vers de nouveaux territoires et de nouveaux climats); l’exemple d’un désordre qui se produit aléatoirement en vue d’un mal, qui est l’empêchement de la vie: des forces de la nature dont l’action violente est indistinctement et généralement catastrophique et destructrice (v.g. les vents et les courants tropicaux qui, se mélangeant sous les tropiques chauffés par un rayonnement solaire intense et soutenu, forment les ouragans et les cyclones qui sont susceptibles de tout balayer et de tout détruire sur leur passage, y compris les espèces vivantes qui subissent leur fureur; ou encore les volcans et les séismes qui, en se produisant, refaçonnent entièrement la géologie ambiante du territoire sur lequel ils font irruption et empoisonnent l’atmosphère avec les gaz toxiques qui émanent de leurs cheminées et de leurs cratères, en causant l’extinction d’une grande variété d’espèces végétales et animales qui ne peuvent parer à leurs effets nocifs et funestes).» — Plérôme.

[réalité]«La pensée habituelle des idées reçues a accoutumé les consciences à concevoir l’ordre comme tendant nécessairement vers une perfection morale et le désordre comme exprimant ce qui en dévierait: mais si l’ordre, comme le désordre, peuvent s’interpréter comme pouvant réaliser, soit le bien, lorsqu’ils tendent vers l’accomplissement effectif de la perfection, soit le mal, lorsqu’ils portent à en réaliser la corruption et la décadence, seule une conception qui admettrait un amalgame de l’ordre et du désordre qui, en se combinant, réaliseront et produiront le bien, serait susceptible d’inspirer les ratiocinations d’une conscience honnête, lucide, critique et éclairée.» — Plérôme.

[réalité]«La réalité est un mélange d’ordre et de désordre, opéré naturellement et spontanément, et obéissant à sa propre dynamique et à ses propres lois: la physique en étudie la composition, la direction et les principes de la régularité qui la caractérise, en l’état où elle se trouve et à une époque particulière de son histoire; la morale énonce quelle est la nature de l’effort de l’homme requis afin d’en conditionner savamment, dans la mesure du possible, les manifestations en vue de créer l’harmonie entre l’état naturel et social des hommes et des autres espèces vivantes ainsi qu’entre tous ceux-ci et la nature physique en général, d’apporter de manière durable la paix qui en procède et le bonheur qui en résultera pour eux, grâce au succès de cette initiative.» — Plérôme.

[réalité]«Le penseur ne peut s’empêcher de remarquer deux grands paradoxes en philosophie sociale: (1) plus on étudie l’ensemble d’un groupe, d’une association, d’une institution ou de la société en général et plus on découvre l’individu qui les compose comme plus on étudie l’individu à l’intérieur de ces totalités et plus on découvre l’ensemble qui les abrite; (2) plus l’on considère l’ordre d’un ensemble, plus le désordre qui s’y trouve devient apparent comme plus le désordre d’une totalité se révèle à la conscience, plus le désir est grand en celle-ci de produire l’ordre, là où il n’existait pas, ou de le rétablir, lorsqu’il y était, mais s’était par la suite trouvé absent. § Or, autant l’individu que l’ensemble, l’ordre que le désordre, sont des concepts insaisissables en eux-mêmes, sans se référer à leur contraire, puisque ce sont ceux-ci qui révèlent soit la présence, soit l’absence de leur opposé; et pourtant, lorsque l’un semble être une option optimale, susceptible d’être préférée pour l’esprit lucide, l’autre ne cesse de s’imposer naturellement et nécessairement, comme étant essentiel à une vision complète et intégrale, pure et objective pourrait-on dire, de la réalité: ainsi, ce qui ferait l’objet d’une critique de celle-ci serait non pas la présence exclusive de l’un ou de l’autre, mais la nature et les principes de la relation de l’un à l’autre, considérées sous les catégories de la quantité et de la qualité respective de ces états.» — Plérôme.

[réalité]«Une vision nette de la réalité n’est pas pour autant entièrement intensive: pour autant qu’elle est exprimée avec intelligence et cohérence, la conception qui la transmet se laisse saisir, par ceux qui se donnent l’effort d’atteindre à l’essence du propos qu’elle exprime; mais pour ceux qui espèrent trouver en elle la matière d’une intelligence complète et intégrale de l’être, elle risque de devenir l’objet d’une confusion, celle qui émane de l’appréhension de la signification d’un discours, tout en sachant que, celui-ci étant au départ incomplet — puisque le devoir qu’il renferme n’est pas exhaustif de l’entièreté de sa captation — , elle ne saurait combler le désir inassouvi d’un savoir pleinement accompli, n’ayant pas réuni toutes les conditions qui en assureraient la plénitude, ni même aperçu quelles seraient celles-ci. § Or la confusion créée procède justement de cet écart entre la perspective intelligente, voire incomplète, et l’absoluité à laquelle elle saurait prétendre, si elle était en même temps entièrement réalisée, un écart qui ne se serait jamais laissé deviner, si la vision nette de la réalité, qui en l’occurrence y prétendait peut-être, ne s’était pas communiquée. Ainsi, la confusion qui trahit l’incomplétude d’une même  conception appartient avant tout au propos qui la révèle, si net et si précis fût-il autrement, puisqu’il dégage une forme de l’ignorance qui la situe au-delà de l’horizon de sa possibilité appréhensive, devient-elle pour l’intelligence l’incitation et le tremplin vers une compréhension plus universelle et absolue encore et, en ce sens, plutôt qu’elle ne caractérise un vice déplorable et indépassable de la connaissance, elle représentera pour elle le terme initial et salutaire d’une connaissance qui est apte à devenir plus parfaite encore.» — Plérôme.

[relation]«Le problème avec l’effet placebo, qui se fonde à la fois sur la confiance portée en la puissance de la vie, que l’âme estime être susceptible de voir se rétablir en elle-même, malgré la présence de forces contraires, et sur le désir de croire en la bienveillance des intervenants et en celle de leur engagement à se mettre au service de la vie, en exprimant ainsi la forme la plus élevée de la nature sociale de l’homme, c’est que la même confiance, positive et encourageante, peut se voir transformer en une crédulité désarmante, dès lors que les particuliers en qui la conscience a placé sa confiance consentent à utiliser de leur ascendant naturel, que leur position sociale vient confirmer, afin de faire la promotion, non pas d’un désintéressement, conformément à la déontologie qui correspond à la profession qui est la leur, mais d’un intérêt à favoriser les mesures qui serviraient leurs propres fins, et peut-être même au détriment de ceux qui ont recours à leur service et qui se fient sur leur bonne foi et sur l’excellence de leur compétence.» — Plérôme.

[relation]«Tels sont ceux qui cherchent avant tout le vice caché en autrui afin de s’avantager à son détriment; tels sont ces autres pour qui toute lacune présente en son semblable est l’occasion d’en prendre conscience et d’en découvrir la cause et, en s’associant à lui, de contribuer à l’éliminer, et ainsi de débloquer l’immense potentiel qui est éventuellement empêché de se réaliser en lui, soit en raison de cette lacune qui le subvertit et amenuise à des degrés variables ses moyens, soit en raison de la mauvaise lumière sous laquelle son entourage en est venu à le considérer et qui constituerait  une entrave à la confiance et au respect requis, afin de lui permettre d’exercer la bonté de ses forces et l’excellence de sa capacité à l’intérieur de son milieu social.» — Plérôme.

[religion]«Puisque le principe fondamental de toute religion est le bien, accessible à la conscience droite, sous la forme d’une essence pure, éternelle et divine, voire qu’elle soit conçue différemment peut-être par chacune d’elles, sans toutefois que ces conceptions ne se contredisent radicalement entre elles, horreur à ceux pour qui la religion sert premièrement de prétexte à l’accomplissement du mal !» — Plérôme.

[science]«L’érudition est une forme spéciale de la science, par laquelle l’intellect cherche à épuiser l’état des connaissances sur une question précise, tel qu’il s’est développé au cours de l’histoire et tel qu’elle se reconnaît en l’ensemble des esprits qui se sont intéressés à elle, à chaque moment de son parcours intellectuel, et elle est d’autant plus vaste que son entreprise est profonde et compréhensive.» — Plérôme.

[science]«La science n’est nulle autre chose que la conscience qui, se confrontant elle-même à sa propre ignorance, et s’assumant entièrement comme possédant cette lacune, cherche à combler, au moyen de la raison, par les questions auxquelles elle tente d’apporter une réponse adéquate, le vide épistémologique laissé par cette insuffisance radicale de sa capacité intellectuelle.» — Plérôme.

[société]«D’un point de vue strictement philosophique, la difficulté majeure, éventuellement insurmontable, avec la théorie rousseauiste de la bonté naturelle de l’homme, que la corruption de la société parvient à faire déchoir de son innocence primitive, c’est qu’elle n’explique pas l’opposition fondamentale qui est dressée entre la nature de l’homme et l’essence de la société, elle-même constituée d’hommes, et qui ne saurait exister et se continuer sans la contribution active, formative et  informative de ces membres à qui, puisqu’ils participent activement à son état, l’on imputerait l’influence décadente et perverse. § Or, pour qu’une société puisse se révéler dépravée, et en même temps être constituée d’hommes qui seraient les vecteurs et les agents de son influence corrosive sur d’autres hommes, il faudrait alors expliquer comment l’homme, qui est à l’origine disposé à réaliser la bonté, puisse avoir déchu de cette vertu primitive, pour s’associer à une société qui, elle, ne manifesterait pas la même inclination à faire la promotion de l’innocence et qui, de toute façon, ne saurait exister sans lui, quelle que soit la qualité morale qu’elle illustre en se constituant. § Ou la société est née de l’homme, ou elle ne l’est pas. Si elle n’est pas née de l’homme, comment peut-elle prétendre être composée d’hommes qui chercheront à aliéner la pureté d’autres hommes ? Si elle est née de l’homme, quelle raison peut expliquer la déchéance de ses membres d’une éventuelle pureté originelle et devenir alors un facteur de corruption sur ses semblables ? § Ainsi, sans explication additionnelle, la thèse de l’influence corruptrice de la société, comme relevant de sa nature essentielle, apparaît comme étant gratuite et inexpliquée. En somme, en soulevant le problème du mal — ce qu’il fait en proposant que la société puisse exercer une influence corruptrice sur ses membres —, Rousseau n’apporte aucune réponse, ni quant à la genèse effective du mal, ni quant à la cause susceptible d’expliquer que la société soit arrivée à exercer l’effet maléfique proposé sur la nature de l’homme et de l’humanité.» — Plérôme.

[société]«L’homme contemporain vit à l’intérieur d’une société hautement symbolique où la matière de sa constitution économique en est venue, non pas simplement à fournir la possibilité à l’action, mais à représenter idéalement aux consciences les individus avec des images modèles dont le contenu est archétype et informant: or il importerait de remarquer que, dans cette fonction, il existe un glissement implicite, vers l’objet social qu’est devenu l’individu dont la qualité et l’identité de sa personne avaient reçu une transformation, au moyen de la qualité inscrite dans la matière et qui agit sur la nature animée de la personne qui lui est exposée. § Devant cet effet aliénant de la matière, l’homme doit, pour ne pas se laisser engloutir par sa création morale et ainsi se perdre, retrouver le sens de la primauté de l’être et du vivre sur l’avoir et le paraître, de la dignité effective de la présence humaine sur le prestige qui se manifeste, par le truchement des attributs sociaux accordés à la possession des biens matériels accumulés, afin de se libérer de l’emprise que les artifices de la nature civilisée ont prise sur lui, à un moment de l’histoire de l’humanité qui a précédé l’époque de son actualité et qui a réussi à supplanter, dans sa conscience, un sens plus complet de la réalité métaphysique du monde et de l’intériorité de sa propre spiritualité, et aussi de celle que, implicitement, la sphère de l’organisation politique a consenti aux concepteurs et aux organisateurs de l’univers en fonction de critères qui sont pour l’essentiel matériels. § Car, sauf à accomplir ce retour à une innocence de l’âme et de l’esprit plus originelle et primitive, l’homme sera condamné à devenir de plus en plus tel que l’objet issu de sa propre ingéniosité, cette faculté créative étant devenue non plus simplement un outil, une manière de décupler son pouvoir sur la matière et de faciliter son action spirituelle et intellectuelle sur le monde, mais le moyen par lequel son intentionnalité et son désir sont réduits à la limite de son expression, par les objets mêmes qui, s’ils avaient été utilisés avec sagesse, devaient servir à les accomplir; autrement, l’homme en viendra à troquer la maîtrise sur son âme contre la possibilité de lui accorder une puissance sur la nature qui, tout en créant l’impression factice de pouvoir la dominer, lui fait oublier en quoi elle en est aussi une partie intégrale, intégrante et essentielle, de sa propre nature vivante et spirituelle.» — Plérôme.

[société]«Quelle que soit la puissance de l’énergie vitale, appartenant aux générations montantes, quelles qu’en soient l’habileté, les motifs et les incitations, à vouloir supplanter, au nom de ces considérations et en vertu de ces virtualités, les générations qui l’ont précédée — lesquelles ont elles aussi un jour goûté à l’ivresse et à la joyeuse inconscience de la jeunesse —  et à imposer son hégémonie par leurs idées et par leurs pratiques sur celles qui lui succéderont, il y a une mouvement qui lui échappera toujours: celui par lequel, en vertu d’une loi biologique inéluctable, elle sera appelée à occuper la place dorénavant vacante que son initiative a occasionnée et à devoir composer subséquemment elles-mêmes avec de nouvelles générations montantes qui peut-être, elles aussi, pourraient remettre en question la légitimité, ou simplement la réalité, de l’ascendant qu’elle exerce sur elles.» — Plérôme.

[sottise]«Il n’y a rien de plus désolant, lorsque l’on en a été privée, que de voir la liberté, acquise au prix de patience, de sueur et de sang, être dissipée avec désinvolture par ceux-là même qu’elle serait censée profiter, lorsqu’ils la transformeront, non pas en l’occasion d’un bonheur fondé sur la vertu, qui est l’essence même de la liberté qui se connaît et s’estime, mais de plaisirs sensibles que justifient superficiellement des fantasmes creux, oisifs, décadents et jouissifs, qui sont susceptibles d’impressionner uniquement des mentalités superficielles et futiles plutôt qu’ils n’attirent des esprits aussi éveillés qu’ils sont aptes refléter la maturité et la profondeur d’une conscience des enjeux véritables et réels de l’existence.» — Plérôme.

[sottise]«Tels sont ceux à qui l’on doit tout dire, concernant les choses les plus essentielles, les plus réelles et les plus vraies de la vie, et qui pour toute réponse à la révélation de cette quintessence, trouvent non pas à en méditer la portée et la profondeur, pour se les approprier et les adapter aux circonstances de leur propre existence, mais uniquement à rechercher l’abondance des mots qui distrairait de leur incapacité à se mettre véritablement à l’écoute de conceptions qui pourraient remettre en question leur manière d’être, de vivre, de penser et d’entrer en relation avec autrui.» — Plérôme.

[symbolisme]«Comme Berkeley l’a entrevu, le langage de la nature est le plus grand des symboles qu’il soit donné à l’homme d’interpréter: soma sema.» — Plérôme.

[temps]«L’expérience du temps est la manifestation subjective, appartenant proprement à la conscience des choses, de l’insertion de l’être de l’homme à l’intérieur du monde naturel des choses, possédant des propriétés et opérant selon des lois qui sont indépendantes de la conscience humaine, mais qui sont aussi, mais à un moindre degré, influençables et susceptibles d’être conditionnées par elles, tout en faisant naître en l’âme et en l’esprit des êtres vivants un sentiment qui est inhérent à leur qualité et une impression qui en constitue la vivacité dans l’imagination et la durée dans le souvenir.» — Plérôme.

[université]«Dans l’État profondément et radicalement laïc, l’université, fidèle en cela à son origine spirituelle et sacrée,  représente en réalité une forme de la théocratie et un temple du haut savoir, en lequel règnent les dieux de la connaissance que sont les théoriciens, le découvreurs et les auteurs de prestige, en qui les autorités intellectuelles et les traditions culturelles, dont les enseignants sont les ministres, les oracles, les prophètes et les sacerdotes.» — Plérôme.

[vérité]«Certains passeront des années, et peut-être même des décennies, à formuler une théorie sur la réalité et sur la vie, qui s’attendraient impatiemment à ce que la critique fasse preuve d’une désinvolture et qu’elle adopte ou qu’elle réfute instantanément leur conception, sans recourir à l’étude de ses propositions, à la délibération intérieure sur leur valeur ou même à un débat public qui permettrait d’apprécier sa validité ou son incorrection. Bref, l’exigence implicite qui est formulée, c’est que le public formule au sujet de ses idées une opinion sensée et pondérée, sans privilège d’examen et de réflexion, ce qui constitue le moyen le plus sûr d’atteindre à une polarité radicale des conceptions et à la division inhérente à une telle antinomie, fondées non pas sur des positions mûrement réfléchies, mais sur des parti-pris émotifs et éminemment subjectifs: pourtant, c’est la sagesse qui commande que le penseur pondéré et impartial procède à une telle évaluation, en sachant que le creuset de l’expérience, qui ne s’est peut-être même pas encore produite afin de remplir cette fonction utile, est le meilleur garant de sa vérité inconditionnelle et de sa validité réelle.» — Plérôme.

[vérité]«Il semble parfois que, afin de faire triompher la vérité, l’on ne doive pas uniquement en connaître tous les canons, afin de les énoncer clairement et de les illustrer adéquatement, tous les principes et toutes les nuances, mais encore tous les moyens, historiques et actuels, toutes les ruses et toutes les dénégations par lesquels ses adversaires réussissent à en occulter la réalité et à en discréditer l’importance, afin de déjouer leurs faux semblants et d’empêcher qu’ils n’en annulent les effets bénéfiques.» — Plérôme.

[vérité]«La vérité lie tous ceux qu’elle concerne, ou elle ne lie personne: car il est injuste de faire reposer sur le dos uniquement de celui qui la découvre et la révèle, l’entière responsabilité de vivre, à l’exclusion de tout autre, selon ses canons, lorsqu’elle a été ainsi produite au grand jour.» — Plérôme.

[vérité]«On n’exige souvent de connaître la vérité que pour mieux encore la nier, ainsi que son énonciateur, lorsqu’elle s’avère par trop inconvenante, pour les idées reçues et les conceptions acceptées, ou exigeante, pour les habitudes ancrées et les coutumes établies.» — Plérôme.

[vérité]«Seule la fausseté qui évite de se laisser apercevoir, et donc d’être reconnue, mérite de recevoir l’appellation de «fausseté», comme seule la vérité qui se manifeste pour ce qu’elle est, au grand jour, mérite d’être nommée «vérité»; car une vérité qui est tue, ou que l’on tient sciemment cachée, ne saurait être tenue généralement pour vraie, vu qu’elle ne soit connue que d’un petit nombre, comme une fausseté qui se déclare fausse, sans dire en quoi consiste cette fausseté, ne peut être estimée complètement fausse, puisqu’elle révèle un état qui n’a pas encore effectivement nié la vérité de la réalité qui l’intéresse et par conséquent laisse persister un doute quant à sa qualité.» — Plérôme.

[vérité]«Si parfois elle peut être utile, en raison des bienfaits politiques et économiques qui sont susceptibles d’en résulter, comme l’apaisement des populations et l’orientation de leurs désirs vers d’autres terrains d’exploration intellectuelle et d’autres spéculations imaginaires, la vérité, par la nature et l’ampleur des découvertes qui en procèdent, servira uniquement et véritablement à ceux qui veulent bien l’entendre, dans ce qu’elle comporte de plus fondamental et de plus essentiel à révéler.» — Plérôme.

[vérité]«Toute vérité serait factice et contradictoire, qui tendrait à ériger en matière indubitable les principes qui la fondent, tout en niant, au nom de la vérité qu’elle se représente comme étant complète, d’autres vérités qui sont toutes aussi vraies, mais qui se présentent sous d’autres aspects et sous d’autres apparences — philosophiques, religieux, culturels (linguistiques et symboliques), ainsi que littéraires — que celles qui sont habituelles pour elle et qui constituent l’objet de son expectative.» — Plérôme.

[vertu]  «La déconsidération avec laquelle les âmes bonnes, nobles et saintes, tiennent l’injustice érigée en norme d’action se manifeste dans la conviction qu’il vaille mieux être la victime d’une iniquité, particulière ou collective, que d’en être l’auteur et que, plutôt qu’agir en agent de l’injustice commise, il vaille mieux, comme l’enjoignait Blanche de Castille à son fils, supporter la maladie la plus ignoble et la plus dégradante.» — Plérôme.

[vertu]«Ami au prêter, ennemi au rendre: l’on est souvent plus prompt à exiger le désintéressement d’autrui, dans la considération dont il témoigne face à sa propre situation, que l’on ne l’est à se montrer soi-même désintéressé, lorsqu’il s’agit de comprendre avec justesse et sympathie la situation compliquée et les circonstances difficiles que peut affronter autrui.» — Plérôme.

[vertu]«Dans un monde idéal, le désir de la femme se réalise par l’attrait et le magnétisme qu’elle peut exercer sur autrui, lorsqu’elle exprime une qualité profonde, authentique et estimable; celui de l’homme, par l’extériorisation et l’illustration de qualités morales qui, étant honorables, réelles et admirables, impressionnent la conscience et l’imagination de ses semblables.» — Plérôme.

[vertu]«En raison des obligations qu’elle impose, de ne pas céder sans discrimination aux premières impulsions qui se présentent à l’âme, la vertu s’avère une contrainte parfois fâcheuse et à l’occasion incommodante, mais elle constitue aussi le moyen de la libération profonde de la personne, ce qui en confère la dignité et la grandeur, dans ce qu’elle comporte de plus fondamental, puisqu’elle touche aux virtualités essentielles de son essence.» — Plérôme.

[vertu]«L’on ne doit pas confondre les états de la dignité et de l’orgueil: la première accompagne la force de l’âme qui, face à l’adversité, conserve l’intégrité de sa pureté et poursuit sans défaillir son idéal d’impeccabilité; le second, la façade qui est élevée et cultivée afin de conserver l’illusion de réussir dans cet effort et dans cette entreprise.» — Plérôme.

[vertu]«La vertu feinte, qui fut l’effet de la mimique de Tartuffe, peut certes se révéler utile, lorsqu’elle est constituée en stratégie politique et existentielle, mais la vertu authentique est en définitive l’unique voie vers la finalité réelle qu’elle sert, laquelle est, en raison de sa sublimité, l’unique visée que peut choisir de réaliser une humanité qui aspire à la perfection et à l’achèvement de son essence: celle-ci commande donc de voir en elle le seul recours que la moralité puisse envisager, pour que la conscience incarne l’accomplissement des personnes qui s’inspirent de ses principes.» — Plérôme.

[vertu]«Le talent, comme toute qualité qui promet de se réaliser et qui renferme en soi la forme d’une existence particulière et spécifique, est une possibilité qui n’est pas encore complètement réalisée dont la vertu, qui en représente l’accomplissement, vient en confirmer la présence réelle par l’évidence de son actualisation: c’est ainsi que celle-ci vaut mieux que le talent, mais qu’elle ne saurait prétendre exister, en l’absence de sa virtualité et dont elle manifeste l’achèvement et la compétence de la conscience qui l’exprime. § Mais dans la la distinction et la division ontologique qui s’est effectuée entre la vertu sociale et la vertu personnelle, on en est venu à divorcer le talent de sa réalisation intégrale et effective. Car, en mettant l’emphase sur l’apparence qui se manifeste sur la place publique, indépendamment de la nature qui peut s’éprouver au plan intime et personnel, l’on cultive l’illusion que la seule perfection qui importe est celle qui consiste à intérioriser un rôle social, sans que ne reçoive d’importance l’accomplissement et la plénitude de la personne, tel qu’elle peut s’exprimer au plan individuel de la relation privée. § En raison de clivage donc, la société qui le perpétue dans ses activités, ses normes et ses structures tend à produire deux types d’individus, ceux qui excellent au plan de l’individualité, sans se préoccuper de rencontrer un stéréotype social qui en modèlerait extrinsèquement la forme idéale, et ceux qui savent cultiver une image sociale qui est adéquate à un idéal de perfection qui est valorisé officiellement par la collectivité, sans que cette apparence ne renvoie effectivement à un état d’accomplissement réel, tel que la personne individuelle pourrait l’exprimer dans l’actualité de son être véritable. D’où procède une culture du faux-semblant, du mensonge et de la théâtralité à l’intérieur de la société comme de celle qui se satisfait, dans le choix de ses élites, de faire la promotion d’être vertueux simplement au plan social — ceux qui cultivent le talent de l’entregent superficiel —, sans que cette vertu ne s’enracine dans une authenticité et une sincérité personnelles qui valorisent l’excellence de la perfection morale. Au plan de l’intimité, le mensonge social (d’une apparence superficielle qui n’émane d’aucune substance réelle) se révélera dans une culture de la mascarade et du cinéma, qui se contentera de transposer au plan personnel la fausseté qui émane d’un calque de la vertu sociale, officiellement proclamée dans ses normes légales et sociales, plutôt de vivre réellement selon les exigences de l’actualisation de la personne morale la plus accomplie et la plus parfaite possible, en vertu d’avoir développé au plus haut point ses virtualités personnelles, telles qu’elles appartiennent de manière innée à son individualité et qu’elles apparaissent à un observateur sympathique et désintéressé comme représentant son talent.» — Plérôme.

[vertu]«Pour les partisans de la prépondérance de la force, dont l’usage est soumis uniquement au caprice de son agent, ou encore conformément à une moralité fausse, dont les principes sont souvent invoqués a posteriori seulement, afin d’offrir une justification fictive à l’exercice incontrôlé d’une impulsion qui est pour l’essentiel amorale, qui est parce qu’elle est, sans égard à la bonté de la conséquence ou à une conception même informelle ou esquissée du bien, la vertu devient la manifestation évidente d’une faiblesse et d’une impuissance. Ainsi, une morale qui se comprend en réalité uniquement en se référant à une conception de la moralité dont le fondement échappe à une anthropodicée radicale et qui justifie l’usage de la force, exclusivement en vertu d’une conception transcendante du droit qui trouve son principe originel et son fondement dans la Divinité, dans l’état de la Bonté qui en est l’attribut et dans la conception qu’une conscience juste et informée est susceptible d’en établir, demeure totalement étrangère au culte de la force et de la puissance qui trouvent leur source et leur justification pour l’essentiel dans l’immanence et dans l’historicité de l’espèce humaine.» — Plérôme.

[vertu]«Si l’on considère la vertu dans son essence et que l’on voit en elle l’état profond d’une chose,  i.e. l’essence et la qualité intime par lesquelles celle-ci réalise la plénitude de son être et de sa présence optimale à l’intérieur de l’univers qui est le sien et à laquelle elle appartient, l’on s’aperçoit que, bien avant que d’être une fin en soi, elle est en réalité le moyen d’un accomplissement et d’une perfection et qu’elle acquiert, dans la conscience, le statut d’une fin légitime seulement en regard de la finalité ultime de la tendance qu’elle poursuit, consécutivement à l’illumination, à l’intuition ou à l’inspiration par laquelle l’intelligence reçut cette compréhension et cette conception.» — Plérôme.

[vie]«Toute vie, de son expression la plus simple à ses formes les plus évoluées, croît à la manière d’une plante: elle part d’une semence qui, lorsque les conditions ambiantes sont suffisantes et y prédisposent, sur une période de temps qui est appropriée à l’espèce, se développe pour atteindre la maturité, en vertu d’une disposition qui, étant propre à son essence, se réalise d’une manière qui est à la fois autonome et symbiotique, puisqu’elle repose sur une interdépendance plus ou moins grande avec ses congénères, tout en affrontant et en subissant, pour devoir les surmonter et les optimiser, les conditions de son existence, jusque parfois dans la plus grande des solitudes.» — Plérôme.